Ibid
8. Racontant l'expédition de Carus, en 283, Eutrope (Breviarium, IX) dit: « Seleuciam et Ctesiphontem urbes nobilissimas cepit; » et Rufus (Breviarium, 28) : « Cochen et Ctesiphontas urbes Persarum nobilissimas cepit. » Sur l'identité probable de Coché et de Séleucie, voir Tillemont, Mémoires, t. VII, art. x sur saint Siméon de Perse, p. 97, et note vir sur le inême saint, p. 664.
9. Ilapadeicov BaotAtxdv. Zosime, IL. — Cf. Xénophon, Anabase, IIL, 4; Iist., IV ; Quinte-Curce, Alex., VIT, VIII; Dion Chrysostome, Orat. I.
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élégant pavillon, dont tous les appartements étaient ornés de fresques représentant des chasses royales : car les Perses, dit Ammien, ne peignent que des scènes de chasse, de guerre ou de massacre !. L'armée prit en ce lieu un jour de repos. Pendant ce temps Julien, dont l'esprit était toujours en travail, et que les premiers succès de l’expédition avaient exalté, conçut un audacieux dessein. C'était de traverser immédiatement le Tigre, sans s’attarder au siège de Coché ou de Séleucie, et d'aller tout de suite chercher les Perses à Ctésiphon. Il fit décharger de leurs approvisionnements les meilleurs transports de la flotte, partagea celle-ci en trois divisions, et commença à y embarquer des soldats, afin d'en faire passer une partie dès que la nuït serait venue. Moins confiants ou déjà fatigués, ses généraux le supplièrent de ne point tenter une aussi dangereuse traversée. Julien n’écouta pas leurs représentations. Probablement un esprit plus modéré se serait-il contenté d’avoir conquis tous les territoires situés entre les deux fleuves, et refoulé les Perses au delà du Tigre, devenu la frontière de l'Empire romain. Mais Julien, dit Ammien Marcellin, ne tenait plus compte des difficultés, il attendait tout désormais de la fortune, et ne mettait point de bornes à sa témérité?. Pendant qu’on amusait l'ennemi en donnant à sa vue, dans un hippodrome improvisé, des courses et des jeux militaires *, il envoya secrètement à
2. «… Augustus altius jam contra difficultates omnes incedens, tantumque a fortuna sperans nondum afflicta, ut propius temeritatem multa crebro auderet. » Ammien Marcellin, XXIV, 6.
3. ‘Inxopouév ve Aedvac, xal imnéas mn’ &yva xakécac, wai &ÛXX xÉAnoL feèc. Libanius, ÆEpitaphios Juliani. — ’Ayot te yuuvimoïe xà immuxoïc, à xarelewvro &nd Tüv éradËéewy oi Krnotpwvros oixfropec. Id., De Vita. —
une partie de ses navires l’ordre d’appareiïller. Mais la nuit ne put cacher leur manœuvre. Cinq d’entre eux, partis en avant, et portant chacun quatre-vingts soldats, furent assaillis par une pluie de matières incendiaires. De la rive droite, les Romains les virent brûler. Il y eût eu, probablement, une panique, si Julien, par un hardi stratagème, n'avait rassuré ses troupes. « Le feu qu’on aperçoit, fit-il dire, est le signal convenu : il annonce que notre avant-garde a débarqué. » En même temps, Julien commandait à la première division de la flotte, sous la conduite de Victor, de traverser le fleuve à force de rames. Malgré les traits lancés par les Perses, ses navires purent aborder. En peu de temps la rive gauche du Tigre fut couverte de soldats romains, représentant à peu près un tiers de l'armée.
Au point du jour, une bataille s’engagea. A la vue des Perses massés en avant de Ctésiphon, sous la conduite du suréna ct de deux de ses meilleurs généraux, Pigrane et Narsès, les nouveaux débarqués éprouvèrent quelque hésitation. C'était la première fois que les soldats de Julien se trouvaient aux prises, en bataille rangée, avec ceux de Sapor. Ces troupes qu'ils n'avaient encore aperçues que de loin les étonnaient par leur armement si différent du leur, par l'aspect étrange des cataphractaires qui semblaient ne faire avec leur cheval qu'une seule masse de fer, à la fois rigide et flexible, par la tenue de l'infanterie, abritée sous ses longs boucliers
« Ludos campestres... cum contra Ctesiphontem in Tigridis et Euphratis ripa castra haberet.» Rufus, Brev., 28. — Voir encore Eunape, Continualion de l'Histoire de Dexippe, fr. 22; dans Müller, Fragm. hist. græc., t. IV, p. 23; Sozomène, VI, 1.
d'osier! et de cuir, etsurtout par l'énormité des éléphants semblables à autant decollines mouvantes?. Mais la vaillance romaine prit vite le dessus. Le combat devint bientôt une mêlée, où Le corps à corps mettait les soldats de Julien à l'abri des flèches des archers persans. La première ligne des Perses fléchit enfin : d’un pas lent d’abord, puis accéléré, toute leur armée recula vers Ctésiphon, serrée de près par les troupes romaines. Celles-ci, malgré la fatigue de la lutte et l’excessive chaleur, seraient peut-être entrées dans la ville à la suite de l'ennemi, si Victor, qui avait eu l'épaule percée d’une flèche, n'avait du geste et de la voix arrêté leur élan : il craignait qu’une fois introduits dans ses murs, les Romains ne s’y trouvassent renfermés et n'y périssent accablés par le nombre. Tel est le récit d'Ammien; cependant, à en croire Libanius et Rufus, ce ne fut pas seulement la prudence de leur général qui arrêta les Romains aux portes de Ctésiphon : ils s’attardèrent en route pour piller, et manquèrent l’occasion de s'emparer de la ville par surprise.
La victoire des Romains n'était pas complète; mais elle avait été brillante, et leur avait relativement peu coûté. Soixante-dix seulement des leurs avaient péri, contre deux mille cinq cents Perses5. Le reste de leur
1. D'après Eunape (fr. 21 ; Müller, t. IV, p. 22), les Perses portaient non seulement des boucliers d’osier, mais aussi des casques d'osier.