Ammien Marcellin, XXV, 1; Zosime, LI
des statues de fer, archers tenant déjà bandés leurs grands arcs, la corde appuyée sur le sein droit, la flèche tenue dans la main gauche, éléphants montés par leurs gardiens, qui portaient, lié au poignet, le couteau avec lequel ils leur trancheraient la vertèbre cervicale si ces animaux, pris de peur, venaient à se renverser sur les escadrons, comme en 350 au siège de Nisibe!. L'armée persane avait pour chef Merene, commandant général de la cavalerie : sous ses ordres étaient deux des fils de Sapor, avec un grand nombre de nobles. Les Romains, que la splendeur barbare des troupes persanes intimidaït toujours au premier abord, eurent un court moment d'hésitation ; mais Julien les anima tout de suite. Entouré d'une nombreuse escorte et de ses principaux officiers, il rangea son armée en forme de croissant et la lança contre les Perses. L'expérience du combat livré précédemment près de Ctésiphon lui avait appris que le moyen de rendreinutiles les redoutables archers persans, c'était de diminuer tout de suite Les distances et de faire la mêlée. Ceux-ci, alors, ne pouvaient tirer, et, comme les Perses, habitués à combattre de loin, et plus adroits que braves?, résistaient difficilement au choc des Romains, et ne savaient pas disputer le terrain pied à pied, la victoire était assurée. C’est ce qui eut lieu cette fois encore. Attaqués de près, les Perses plièrent vite, et bientôt reculèrent, protégés comme toujours dans leur retraite par la grêle de flèches que lançaient en se reti-
2. « Acerrimi bellatores, sed magis artifices quam fortes, eminusque terribiles. » Ammien Marcellin, XXII, 6. — « Sæpe languidis in conflictu,.. pugnare fortiter eminus consuetis. » Ibid., XXV, 1.
rant les compagnies d’archers. Les Romains demeurèrent maîtres du champ de bataille. Un seul officier marquant, Vetranion, commandant les Zianes auxiliaires ! avait péri dans ce combat.
La vue de la plaine jonchée de cadavres persans, parmi lesquels les morts romains étaient relativement peu nombreux*, ranima l'espérance des soldats. Mais cette impression heureuse s’effaça vite. Pendant les trois jours de repos que Julien accorda à ses troupes, elles commencèrent à souffrir de la faim. L'absence des approvisionnements autrefois convoyés par la flotte mettait l’armée dans la situation la plus critique. Hommes et chevaux dépérissaient ?. Les officiers, et surtout Julien, montrèrent un grand dévouement. Les vivres spécialement destinés aux tribuns et aux comtes furent distribués aux soldats. Julien se contentait: toujours, en campagne, de l'ordinaire le plus modeste, mangé debout, selon l’ancienne coutume militaire “ : maintenant il se nourrissait d’une bouillie de gruau « dont n'aurait pas voulu un valet d'armée, » afin de réserver aux plus malheureux les provisions de sa table 5. Lui-même, affaibli par le manque de nourriture, harassé de regrets et d’inquiétudes, avait des hallucinations. On ne s'étonnera pas que, s'étant toujours cru entouré d'êtres surnaturels,
1. « Eminuit tamen inter varios certaminum casus Vetranionis mors viri pugnacis, qui legionem Ziannorum regebat. » Zbid., XXV, 1. — Les Zianes ou Tzanes, peuplade voisine de l'Arménie, fournissaient une cohorte auxiliaire, que l'on trouve nommée dans la Notitia dignitatum et dans la Novelle 28 de Justinien.
2. «Persarum major, ut dictum est, apparuit strages, nostrorum admodum levis. » Ammien Marcellin, XXV, 1.