‹ julien l'apostatChapitre 176 sur 229 · Honoralior aliquis miles. » Ammien Marcellin, XXV · texte numérisé non relu

Honoralior aliquis miles. » Ammien Marcellin, XXV

a dit à thés

peine à trouver assez grand pour sa taille, la stature longue et déjà courbée de Jovien !. « Un observateur de bonne foi, dit Ammien, accusera justement des matelots qui, ayant perdu un vigoureux pilote, choisissent au milieu de la tempête le premier venu pour lui confier le gouvernail. »

La parole est amère; mais, dans cette partie de son histoire, Ammien, chose rare, cesse d’être impartial. Lui qui a pris jusque-là, avec un regard si juste et si droit, la mesure de Julien, et qui s’est appliqué à mettre dans une lumière égale ses qualités et ses défauts, semble préoccupé maintenant d’écarter de l’empereur qui vient de mourir la responsabilité du lamentable échec où va se briser l'expédition de Perse. Il voudrait prouver que celui-ci est dù à la médiocrité ou à la mollesse de Jovien, incapable de ces éclairs de volonté et de courage qui eussent pu encore, dit-il, sauver l’armée. La suite des. événements, exposée d’après Ammien lui-même, permettra au lecteur de se faire une opinion à ce sujet.

Malgré la foi chrétienne professée par Jovien, l’armée vivait encore sous le régime païen. Aussi, dès le lendemain de l'élection, les prêtres officiels offrirent-ils pour le nouveau prince un sacrifice, à la suite duquel les entrailles des victimes furent examinées par les haruspices. Ceux-ci déclarèrent que l’armée était perdue, si elle prolongeait son séjour dans le camp, mais que la victoire était assurée, si elle en sortait ?. Leur avis fut écouté : le 28 juin, les troupes se mirent en marche. Mais les Perses ne leur laissèrent plus un moment de

1. Il n'avait cependant que l'âge de Julien, élant né comme lui en 331 Ammien Marcellin, XXV, 10.

tranquillité. Le remplacement de Julien par un nouveau prince, que des transfuges représentaient comme timide et sans vigueur {, engageait Sapor à pousser plus vigoureusement que jamais l'offensive. Les premiers bataillons qui franchirent les limites du camp rencontrèrent une ligne d’éléphants, derrière laquelle s’abritaient des escadrons de cataphractaires. Comme toujours, la vue des gigantesques animaux produisit dans les rangs des Romains, sur les chevaux et les hommes, un moment de désarroi : mais des soldats intrépides, appartenant aux cohortes des Joviens et des Herculiens, tuèrent quelques éléphants, et continrent l’élan des cataphractaires. Bientôt sortirent les légions des Joves et des Victorieux; deux éléphants périrent encore, avec beaucoup de Perses. Les Romains eurent de leur côté à déplorer la mort de quelques-uns de leurs officiers les plus renommés, Julien, Macrobe, Maxime, tribuns légionnaires. On les enterra à la hâte, et, par la route maintenant déblayée d’ennemis, on reprit la marche. Au bout de quelques pas, l’armée romaine reconnut le cadavre du maitre des offices Anatole, tué dans le combat de l’avant-veille : elle lui rendit rapidement les derniers honneurs. C’est à ce moment qu’elle fut rejointe par Les soixante braves qui, dans ce même combat, avaient occupé un château persan, le fort de Vacca ?.

Le lendemain, 29 juin, l’armée campa dans une vallée : tout alentour du campement furent dressés des pieux aiguisés en forme de piques, composant une muraille continue, dans laquelle s’ouvrait une seule issue. Des

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