‹ julien l'apostatChapitre 210 sur 229 · Misopogon;, Hertlein, p · texte numérisé non relu

Misopogon;, Hertlein, p

360 SOURCES PAIENNES.

prenne garde d’avaler à mon insu des poils avec ma barbe !.

Il me semble même apercevoir ici « la lèvre inférieure tom- ‘bante» dont parle Ammien Marcellin (XX V, 4), et que les médailles ne reproduisent pas ?.

Ce qu’elles rendent très exactement, ce sont les cheveux. Ceux-ci, tout au contraire de la barbe, sont soyeux et flexibles. Julien, dans la dernière partie de sa vie, les peignait probablement fort peu : il se les faisait, dit-il, rarement couper : il parle même de la « crasse » dont ils étaient remplis $. Mais ces cheveux étaient si fins, qu'ils semblaient peignés naturellement, dit Ammien Marcellin : capillis tanquam pexisset mollibus (XXV, 4). C’est bien ainsi que les montrent les effigies monétaires, aussi bien les gracieux profils de Julien César que les hirsutes figures de 362 et 363. |

Beaucoup de questions encore pourraient se poser au sujet de la numismatique de Julien. 1l serait intéressant de rechercher pourquoi (à l'exception des médailles alexandrines, qui le représentent en Sérapis, et quelquefois accompagné d’I-

- sis 4) on ne rencontre sur ses médailles d’autres signes de paganisme que le bœuf Apisÿ, gravé au revers de grands bronzes portant la légende SEGVRITAS REIP VBLICAE. Il serait surtout intéressant de reconstituer l’iconographie monétaire d'Hélène, l’infortunée femme de Julien. Mais, comme on vient de le voir, le travail est presque complètement fait pour l’iconographie monétaire de cet empereur, et, si les statues et les bustes manquent, les médailles forment un commentaire très clair et même très vivant de son histoire 6.

1. Misopogon; Hertlein, p. 434. — 2. « Ore paullo majore, labro inferius demisso, » Ammien Marcellin, XXV, 4. Une note de Valois sur ce passage (éd. 1681, p. 428) dit: « Certe in veteribus nummis Juliani etiamnum apparet labeonem eum fuisse. » Je ne sais à quels nummi fait allusion le commentateur, et j'appelle sur ce passage l'attention des numismates. — 3. Misopogon; Hertlein, p. 436. — 4. Babelon, pl. X, nos 12, 13. — 5. Cf. Socrate, Hist. eccl., IIT, 17; Sozomène, Hist. ECCUS ANS 19. — 6. Voir encore, sur la numismatique ‘de Julien, Eckhel, Doctrina nummorum velerum, 1792-1798, t. VII]; Cohen, Médailles impériales, NE,

IT. — Libanius.

Au premier rang des contemporains qui ont parlé de Julien est Libanius. De tous les écrivains du quatrième siècle aucun ne s’est plus assimilé à Julien, n’a plus étroitement épousé ses idées et ses passions, et, ajoutons-le, ne l’a plus sincèrement aimé. Les renseignements qu’il nous donne sur la vie de son prince sont comme la suite naturelle de ceux qu'a laissés Julien lui-même : ils ne forment, pour ainsi dire, qu’un tout avec ceux-ci. Libanius se présente à nous comme l’homme qui fut peut-être le moins capable de juger Julien, mais aussi comme le seul de son intimité dont les écrits nous soient parvenus. Les discours et les épîtres de Libanius sont, en quelque sorte, inséparables des discours et des épîtres de Julien.

Une partie considérable de son œuvre est, en effet, consacrée à celui-ci. Libanius entra, nous l’avons dit plus haut, en relations épistolaires avec Julien dès que le cousin de Constance fut devenu César. Il demeura son correspondant jusqu’à la mort tragique du prince. On a quelques lettres de Julien à Libanius (Hertlein, 3, 14-74, 27) 1. Mais on a beaucoup plus de lettres de Libanius à Julien, depuis celle de 358, citée plus haut, où il fait allusion au livre sur la guerre de Germanie, jusqu’à celles qu’il lui écrivait encore d’Antioche pendant la guerre de Perse. On a surtout de très nombreuses lettres de Libanius relatives aux événements du règne de Julien, quelques-unes par lesquelles il intervient près de ma-

1862; le paragraphe Coins, rédigé en partie d’après les médailles de Julien conservées au British Museum, dans le Julianus de Wordsworth, Dictionary of christian biography, t. TX, p. 523-595.

1. La lettre 44, qui porte en divers manuscrits le nom de Libanius, paraît adressée à Priscus; la lettre 72, adressée à Libanius, est peut-être d'Eustathe. Voir Hertlein, p. 548, 594. Cependant MM. Bidez et Cumont (Recherches, p. 75) croient la lettre 72 adressée à Julien.

362 * SOURCES PAIENNES.

gistrats en faveur de chrétiens persécutés, dans des circonstances qui lui font honneur. On a enfin des lettres émues où se peignent sa douleur de la mort du prince, son indignation contre d’infidèles amis de Julien, la crainte que lui inspire Ja réaction dont il s’attend à être victime. On peut dire que la plupart des lettres écrites par Libanius en 361, 362 et 363 aident à connaître l’époque de Julien et sont, directement ou indirectement, des documents sur son règne 1.

Au témoignage des lettres, plus vivant que fout autre, mais, malgré l'abondance qu’il offre ici, nécessairement court et fragmentaire, se joint celui, en apparence plus considérable, d’ouvrages de longue haleine. Dans une autobiographie, Bios à Aoyos nept rc auto rüyns (Reiske, t. I, p. 1-117), Libanius raconte avec détails, malheureusement dans un style plein d’allusions et d’obscurités, ses rapports avec Julien. Quatre discours ont directement la vie de Julien pour sujet. Quatre autres se rapportent à des événements de son règne. Quinze ans après la mort de Julien, un discours est encore consacré à celle-ci; un autre discours, moins tardif, est sur la mort de sa femme Hélène.

Dans ie premier groupe de discours se présente d’abord le Adyos mpocpwvnrixès (Reiske, t. I, p. 405-493), prononcé devant Julien, en juillet 362, après son entrée à Antioche ?. Le discours Et ’Touhtavov ümarov (Reiske, t. 1, p. 366-405) fut prononcé dans cette ville au commencement de janvier 363, pour le quatrième consulat de Julien $. La Mowpdla èrt ’Iou- Auvÿ (Reiske, t. I, p. 507-521) fut écrite, vers la fin de juillet de la même année, pour pleurer la mort de l’empereur {. L’Erivagtos êmt ’loukavé (Reiske, t. 1, p. 521-626) est une

1. On trouvera des renvois aux plus importantes Gans les chapitres x, x1 et x du livre de Sievers.

Page 1