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nius est rempli de la pensée de Julien et qu'elle occupe une place considérable dans son œuvre. Nous avons dit la valeur historique des lettres où il est question de ce prince : il reste à dire celle des discours qui lui sont consacrés.

Elle est, naturellement, fort inégale. Certains aspects de la vie de Julien ont été vus directement par Libanius : pour d’autres, il n’a pu avoir que des renseignements de seconde main. On s’en rendra compte en jetant un rapide coup d'œil sur les diverses époques de la carrière du prince.

Sur la jeunesse de Julien, nous avons seulement à recueillir, dans le Ilpocpwvnrixos, un détail, que Libanius a certainement observé, bien que, selon toute apparence, il l'ait exagéré : les païens d’Antioche et de toute l’Asie avaient deviné, dans l’étudiant de Pergame ou d’Athènes, l’homme qui mettrait fin à la domination de Constance et rétablirait le culte des dieux.

Sur la période qui va depuis l'élévation de Julien au rang de César jusqu’à l’usurpation par lui du titre d’Auguste, Libanius est beaucoup plus abondant. Il parle, dans le Mpospwvnrixds, de Julien passant les Alpes pour entrer en Gaule. Dans l’Extréguo il raconte cette même entrée, peint l'aspect désolé de la province ravagée par ies Barbares, énumère les villes ruinées, rapporte un épisode du siège d’Autun par les Francs, fait allusion à un traité conclu par Julien avec un chef franc en 356, narre en détail la campagne de 357 et la bataille de Strasbourg, célèbre l’allégresse des Gaules après la rentrée des captifs délivrés par les victoires de Julien sur le Rhin, raconte l’usurpation de Julien proclamé Auguste à Paris par ses soldats. Dans lYrip ’Aptoropavous, il parle de la joie éprouvée par le parti païen d’Asie à la nouvelle des succès de Julien en Occident. Sauf ce dernier détail, Libanius, pour toute la partie du règne qui vient d’être résumée, n’est pas un témoin. Il dépend de la tradition orale et de sources écrites. Celles-ci se ramènent vraisemblablement aux suivantes : Ja

lettre conservée de Julien au sénat et au peuple d'Athènes, les leitres perdues aux Lacédémoniens, aux Corinthiens et à diverses villes de la Grèce; la relation (B6Alov) par Julien de la campagne de 357. Comme nous l’avons déjà remarqué après M. Koch, pour les événements de Gaule et de Germanie postérieurs à cette campagne Libanius est beaucoup plus vague, probablement parce que la source écrite s’arrêtait là.

Pour la période qui va des premiers démêlés avec Constance jusqu’au séjour de Julien à Antioche, Libanius n’est guère davantage un témoin direct. On trouve à celle-ci de nombreuses allusions dans l’Errrégros : soit que Libanius, répétant une assertion de l’Épitre aux Athéniens, accuse Constance d’avoir armé des Barbares contre Julien; soit qu’il peigne l'attitude de Julien quand la mort de Constance lui fut annoncée, qu'il approuve les condamnations prononcées par le tribunal de Chalcédoine, qu'il décrive l’épuration du palais débarrassé des serviteurs inutiles, qu’il parle des rapports de Julien avec le sénat de Constantinople, qu’il raconte la réception enthousiaste faite à Maxime. IL est difficile de savoir à quelles sources, pour ces détails, Libanius a puisé : les faits, ici, étaient pour la plupart connus de tous, et probablement faut-il faire la plus grande place à la tradition orale. Mais Libanius eut sans doute sous les yeux des textes officiels, quand il parle d’autres faits du même temps, tels que les réductions opérées par Julien dans le personnel administratif, les modifications apportées à l’usage des voitures publiques, la restitution aux villes de terrains qui leur avaient été enlevés, la suppression de l’immunité du décurionat dont avait joui le clergé chrétien. Enfin, Libanius devient tout à fait un témoin, lorsqu'il montre Julien rouvrant les temples et célèbre la renaissance du paganisme.

Son témoignage prend une valeur de premier ordre pour les huit mois du séjour de Julien à Antioche. Ce qu’il dit,

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surtout dans le discours Eis foutavov Ümarov et dans l’Exuiraguoc, des habitudes de Julien, de sa sobriété, de ses jeûnes, de ses pratiques religieuses, de son ardeur à offrir des sacrifices, de son activité législative, de son zèle à juger, de ses tentatives économiques, de ses travaux littéraires, est observé sur le vif. La Movwdta sur le temple de Daphné a trait à l’un des événements les plus importants du séjour de Julien à Antioche. Quelques incidents de la fin de ce séjour, comme les oracles promettant l’heureux succès de la guerre de Perse, les sacrifices offerts pour neutraliser des présages défavorables, une ambassade envoyée à Sapor par Julien, une conspiration militaire, sont relatés dans le Ilpecéeurixoc, dans le Ilpès vobc Avrioyéus, dans la Movwdia êxt ’Touhtavo, dans P’Erurégptos,

C’est surtout dans l’’Exrrégios que se rencontre, par Libanius, le récit de la guerre de Perse. Beaucoup de détails de cette funeste expédition y sont relatés : la sobriété de Julien en campagne, le renvoi par lui d’un convoi de vins, le siège d’Anathan, les épreuves causées à l’armée romaine par les bourrasques et les inondations, la découverte du canal de l'Euphrate au Tigre, la traversée du Tigre, une nouvelle ambassade envoyée par Sapor devant Ctésiphon, l'incendie de la flotte, la mort de Julien, etc. Quelles furent les sources de cette narration? Libanius mit plusieurs années à composer l’’Extréptos, qui est moins encore, nous l'avons dit, une oraison funèbre qu’une biographie de Julien : évidemment, il recueillit avec soin les souvenirs des compagnons d’armes de l’empereur, et surtout des philosophes qui l'avaient suivi. Lui-même raconte qu’il ne négligeait pas les récits des simples soldats, qui le renseignèrent sur les détails de l’armement et sur des noms de localités !. Cependant il reconnaît que les hommes plus considérables sur lesquels il comptait

surtout pour le renseigner mirent peu de bonne volonté à le faire, et que bien des points qu’il eût voulu éclaircir demeurèrent obscurs !. Il est impossible de faire, dans ses récits, le départ entre les sources écrites qui purent être mises à sa disposition et les renseignements oraux qu’il obtint. Son récit de la guerre de Perse représente, en définitive, la version païenne, partiale, remplie d'illusions, refusant d’admeitre aucune faute de la part de Julien, refusant même de voir dans sa mort le résultat des tragiques hasards d’un combat, et, comme les enfants ou les gens du peuple, Pattribuant sans preuves à la trahison. Libanius, ici, est intéressant, non seulement par les faits qu’il rapporte, mais encore par la disposition d’esprit dont il se montre le représentant.

C’est là, du reste, le caractère général de son témoignage historique. Par lui-même, Libanius n’3 rien d’un penseur original. On reconnaît en lui le pur rhéteur, tout de surface et de reïlet. Ne lui demandons en aucune circonstance un jugement personnel. S'il parle, par exemple, de la religion de Julien, il décrira les pratiques minutieuses auxquelles celui-ci se complaît : aucun mot n’indiquera qu'il ait compris le caractère mixte des réformes tentées par l’empereur, la formation complexe du système religieux que Julien s’est fait à lui-même. S'il s'occupe de la guerre civile menée par Julien contre Constance, il n’apercevra même pas l’impasse où Julien paraissait acculé au moment où la mort de son adversaire le tira subitement d’embarras : pour Libanius, la victoire de Julien, dans le cas où les deux armées se seraient trouvées aux prises, n’était pas douteuse. S'il raconte la guerre de Perse, c’est pour conclure que, sans le trépas imprévu de Julien, Sapor eût été nécessairement battu : il ne distingue pas les faits qui rendent la conclusion contraire à peu près évidente. C’est partout le même optimisme, béat,

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