Revue historique, t. LXXVI, 1901, p
3. Éditions d'Ammien Marcellin : H. et A. de Valois, Paris, 1681 ; — Eyssenhardt, Berlin, 1871 ; — Gardthausen, Leipzig, 1874-1875. — Consulter deux thèses françaises sur Ammien : celle de M. l'abbé Gimazane, Toulouse, 1889, et celle de M. Dautremer, Lille, 1899.
MAMERTIN, HIMÈRE, MAGNUS, ETC. 375
IV. — Mamertin, Himère, Magnus, Eutychien, Eutrope, Rufus, Aurelius Victor, Eunape, Zosime.
Chez les autres contemporains païens de Julien, latins ou grecs, on ne trouve guère qu’à glaner.
Le rhéteur Mamertin, — peut-être originaire de Trèves et fils d'un rhéteur du même nom, qui prononça un panégyrique de Maximien Hercule, — avait franchi en un an tous les degrés de la hiérarchie administrative : nommé successivement par Julien intendant du trésor, préfet du prétoire d’Illyrie, consul, il fit, en 362, à cette occasion, un long discours de remerciement : Gratiarum actio pro consulatu ‘. C’est un morceau de bonne latinité, bien supérieur pour le style au livre d'Ammien Marcellin. Mais on y rencontre peu de choses qui ne soient dans cet historien. Ce n’est pas qu'Ammien, qui écrit plus de vingt ans après, ait imité Mamertin : on a vu, au contraire, que pour ce qui est le sujet principal'du panégyrique, l’expédition contre Constance à travers les provinces danubiennes, il s’écarte du récit de Mamertin, et, bien qu'optimiste luimême, laisse deviner une chanceuse aventure là où Mamertin avait montré un continuel triomphe. Les points de ressemblance, provenant d’une tradition commune, sont dans ce qu’ils disent l’un et l’autre des armées gallo-romaines frustrées de leur solde sous Constance, de la jalousie de celui-ci excitée par les insinuations des courtisans, de la sobriété et de la vertu de Julien. Ce qu’il y a de personnel à Mamertin, c’est le tableau déclamatoire, et sans précision, de la navigation de Julien sur le Danube, les détails sur les bienfaits octroyés par
Jui aux villes et aux provinces environnantes, les ordres
1. Publié avec les autres Panegyrici veleres à la suite du Pline le Jeune de Casaubon, 1604, et dans l'édition des Panegyrici de Bæhrens Leipzig, 1874.
376 SOURCES PAIENNES.
donnés par Julien pour l'alimentation de Rome pendant son séjour sur la frontière de la Thrace, l’envoi à Constantinople de la flotte frumentaire africaine, le rappel des exilés, la remise en honneur de la divination, les égards prodigués aux nouveaux consuls.
Le sophiste Himère est encore moins intéressant. Comme talent, comme sens historique, il se place au-dessous de Libanius. C’est un pur déclamateur. Bien qu'il ait été appelé par Julien à Constantinople, et attaché dès lors à sa cour, on ne trouve guère, dans les divers discours de fastidieuse rhétorique prononcés par lui, à retenir, pour le sujet qui nous occupe, que le début de l’Oratio VII.
Les historiens contemporains de Julien ont peu d’importance, comparés à Ammien Marcellin.
De deux d’entre eux on n’a que de très courts fragments : de Magnus de Carrhes, qui prit part à l'expédition de Perse, 8 Guvüv dti "Loultavé Baouet, quelques lignes concises et précises sur celte expédition? ; d'un des officiers de Julien, qui l'y suivit aussi, Eutychien de Cappadoce, un passage plus mutilé encore, où se trouve, cependant, un détail intéressant sur la mort du prince *.
Eutrope, qui devint en 380 préfet du prétoire, consacre à Julien quelques lignes, au livre X de son Abrégé (Breviarium) d'histoire romaine ‘. Elles sont remarquables par la sobriété et l’impartialité du jugement. Le portrait de Julien par Eutrope ressemble à un médaillon où la ressemblance serait obtenue par quelques traits essentiels, dont le fort relief fait saillir à la fois les ombres et les lumières. Eutrope prit part aussi à l'expédition contre les Perses : « cui expe-
1. Edit. Dübner, Paris, 1849, dans la collection des auteurs grecs de Didot.
2, Dans Müller, Frag. historicorum græcorum, t. IV, p. 4-6. 3. Ibid., p. 6.