‹ julien l'apostatChapitre 34 sur 229 · Socrate, III · texte numérisé non relu

Socrate, III

4, Noir dans Champagny, les Césars du troisième siècle, t. III, p. 314- 317, la comparaison entre l'édit de maximum rendu en 301 ou 302 par Dioclétien et la loi révolutionnaire du 8 vendémiaire an II.

5. Cf. Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 2°*6d., p. 200.

6. Corpus inscr. lat., t. III, p. 801-841, et Hermès, 1890; p. 16-35.

d'arrêter toutcommerce, et d'empêcher les marchandises les plus nécessaires de paraitre sur les marchés, par conséquent d’aggraver la disette : malgré les sanctions terribles qui l’accompagnaient, la taxe fut vite abrogée par la force des choses!. Sans profiter de cet exemple encore peu ancien, le frère de Julien, le César Gallus, tenta aussi à Antioche, en 354, de remédier à l'élévation du prix des vivres par des mesures semblables, et, comme les magistrats municipaux s’y opposaient, il prononça contre eux une sentence de mort, que seule l'intervention du comte d'Orient, Honoratus, empêcha d'exécuter?. On avait vu alors le danger qu'il y a, pour un prince, à porter les questions de ce genre à la connaissance du peuple, et à lui dénoncer de prétendus accapareurs : la plèbe d’Antioche avait mis le feu à la maison d'un des principaux propriétaires de la ville, et avait assassiné le gouverneur de la Syrie, signalé à ses fureurs par l'inepte et lâche César ?. Chose incroyable, Julien, emporté à son tour par une sorte d'aberration démocratique, ne désapprouvait pas les excès commis alors, et n’en redoutait pas le renouvellement. Il ne craignait pas de rappeler publiquement aux habitants d’Antioche « l'acte de justice accompli neuf ans plus tôt, quand le peuple se rua, la flamme à la main, avec des cris, sur les maisons des riches, et massacra le gouverneur#. » Cette colère, disait-il, avait été excessive dans sa manifestation, mais juste dans son principe®. C'est avec ces sentiments, et

. Lactance, De mort. pers., 7.

. Ammien Marcellin, XIV, 7.

. Ibid.

Julien, Wisopogon ; Hertlein, p. 478.

. Atraiws Etpabev oÙxETt metpiws. Ibid.

sans crainte des conséquences, que, s’imaginant ne léser

dans leurs intérêts que les grands propriétaires d'Antioche, dont les domaines fournissaient la plupart des denrées apportées au marché, Julien « taxa chacune d'elles au prix convenable, par un tarif rendu public!. »

Cette faute économique n’eut pas, heureusement, Les lamentables conséquences qu'avait eues la tentative de taxation de Gallus. Si elle montra chez Julien « le même entêtement que chez son frère, au moins n’amena-t-elle pas, cette fois, d’effusion de sang?. » Mais elle produisit, à un double point de vue, un résultat tout autre que celui qu'attendait son auteur. Il avait pensé frapper seulement la grande propriété et la grande culture : il atteignit surtout le petit commerce. Ceux qui vivaient de la vente en détail des marchandises achetées en gros aux producteurs directs durent suspendre leurs affaires. Ce sont les échoppiers, les revendeurs#, c’est-à-dire les moins capables de supporter une perte, qui perdirent le plus, et conçurent le plus d’irritation contre Julien. L'aspect d’Antioche était tout changé. Autrefois, « les marchan-

dises y abondaïent tellement, qu’il n’y avait pas un point de la ville qui ne fût un marché : on n’avait pas besoin d'aller au loin acheter des denrées. On en trouvait partout devant soi, près de sa porte, et l'on n'avait qu’à étendre la main. » Maintenant la masse de la population,

1. "Eroéa pétproy Exéotou tiunva xai dkov émounoa näotv. Ibid.; Hertlein, p. 476. :

2. « Galli similis fratris, licet incruentus. » Ammien Marcellin, XXII, {4.

3. « Le tour des pelits est venu, » dit Taine au moment de parler de l’édit de maximum établi par la Convention; {a Révolution, t. II, p. 488.

Page 1