Libanius, Antiochicus
non seulement dans les faubourgs éloignés, mais même au centre de la cité, subissait le contre-coup de la grève des commerçants. Ceux-ci n’étalant plus sur l’agora ou dans leurs boutiques, l’abaissement des prix ne profita point aux consommateurs, puisqu'ils ne trouvèrent rien à acheter !. Ils se plaignirent; mais Julien se moquait de leurs doléances. Sa frugalité, qu’il vantait à tout propos, narguait les exigences et la sensualité des habitants d’Antioche. Si l’on se plaignait de ce qu’on ne trouvât plus au marché ni volaille ni poisson, — le poisson autrefois si abondant à Antioche?, — il se mettait à rire, disant qu'une ville frugale devait se contenter de pain, de vin et d'huile 5. Avec sa manie de citer à tout propos Homère, il ajoutait que manger de la viande, c’est faire le délicat, mais demander du poisson et de la volaille, c’est un raffinement de luxe, inconnu même aux prétendants de Pénélope#. Ces railleries portaient au comble le mécontentement du peuple. Et ainsi, conclut Ammien, « de lédit de Julien, comme de toutes les mesures prises maladroitement pour amener l’avilissement des prix, découlèrent seulement lamisère et la famine. » Libaniusluimême perd de son optimisme : Julien, dit-il, a été inspiré dans cet acte par « un démon ennemi de la ville. »
. Tà vix meheineto. Socrale, III, 17.
. Libanius, Antiochicus.
. Misopogon ; Hertlein, p. 451.
. Ibid.
. € Inter præcipua tamen et seria illud agere superfluum videbatur, quod, nulla probabili ratione suscepta, popularitatis amore vilitati studebat venalium rerum, quæ nonnunquam secus, quam convenit, ordinata, inopiam gignere solet et famem. » Ammien Marcellin, XXIL, 14. — « Depuis le maximum, tout manque à Marseille, » écrit-on de cette grande ville en 1793. Voir Taine, la Révolution, t. III, p. 490.