Sozomène, V
de la débauche, insinuait la piété !. » Le même orateur compare saint Babylas, installé en face d’Apollon, à un pêcheur qui jette ses filets, et y prend tous les jours quelques-uns de ceux que les délices du lieu avaient attirés?. C'était, en un mot, non la conquête encore, mais au moins une première prise de possession, par le christianisme, d’une terre toute imprégnée des impuretés païennes.
Comme l’on pouvait s’y attendre, Julien s’efforça de combattre ces influences nouvelles et de restituer au sanctuaire de Daphné son ancien éclat. Avant même de quitter Constantinople, il avait écrit sur ce sujet à son oncle, alors comte d'Orient, pour lui donner l’ordre de réparer « avant toutes choses » le portique de Daphné, empruntant des colonnes au palais, et remplaçant ces dernières par d’autres prises « aux édifices récemment occupés, » c’est-à-dire peut-être à des basiliques chrétiennes#. Cependant, tout absorbé, durant le premier mois de son séjour à Antioche, par la restauration du culte païen dans cette ville, il ne parait pas avoir fait le pèlerinage du célèbre faubourg avant le mois d'août #, époque où l’on y célébrait la fête du dieu. Le
1. Saint Jean Chrysostome, Zn sanctum Babylam contra Julianum et Gentiles, 13.
2, Ibid.
3, Todc xiovaç tobs Aupvaious 0où mpù Toy AV, Tobs êx Bacthstwv ro TavTaxoÙ Àubbv amoxépaoov, Ütocrnaov CE el Tac ÉxelvEV ywpas Todc Êx TGV Évayyoc xaTEtnuuévoy olxtév. Julien, Ep. 1°, dans Rev. di filologia, 1889, p. 292. — Julien ajoute que, si l’on ne trouve pas assez de colonnes pour remplacer celles qui auront été retirées du palais, on en fera, s’il le faut, en briques revètues de plâtre, « car la justice est préférable à la magnificence. » L
4. Le dixième mois du calendrier syrien, appelé Loüs : exdtw y4p tou Wnvi T@ mag” 0uiY ptÜpoumsévw AGov oiuar ToÙtoy dues roocayépevere. Julien, Misopogon ; Hertlein, p. 467.
jour même de la fête, il éprouva une pénible désil- Jusion.
« Du temple de Jupiter Casius, dit-il, j'étais accouru à Daphné, m'attendant à rencontrer là plus encore qu'ailleurs le spectacle de votre richesse et de votre magnificence. Je me figurais déjà la pompe sacrée : je rêvais de saintes images, de libations, de chœurs en l'honneur du dieu, d’encens, d'éphèbes rangés devant le temple, l'âme remplie de sentiments religieux, le corps revêtu de robes blanches et magnifiques. J'entre dans le temple : je ne trouve ni encens, ni gâteaux, ni victimes. Tout étonné, je m'imagine que vous êtes hors du temple, attendant, par respect pour ma dignité de souverain pontife, que je donne le signal. Je demande quel sacrifice la ville va offrir au dieu pour fêter cette solennité annuelle. Le prêtre me répond : « J'arrive apportant de chez moi une oie, que je vais immoler au dieu; car la ville n’a rien préparé pour la solennité!. » Composé en majeure partie de chrétiens, le sénat municipal, observant les lois de Constantin et de Constance, avait depuis longtemps cessé de faire les frais des sacrifices publics, et ne les avait pas de nouveau inscrits à son budget, en dépit des ordonnances de Julien.
IL semble, cependant, qu’une partie des décurions avait suivi Julien au temple, où sans doute quelques-uns jouissaient en secret de son désappointement. Debout aux pieds de la statue d’Apollon, et ayant devant lui l'autel du dieu, il adressa aux assistants, d’un ton irrité, un discours dont lui-même nous a conservé le texte :
« C’est une chose affreuse, dit-il, de voir une aussi