‹ julien l'apostatChapitre 44 sur 229 · Cf. Julien, Oratio VII, Hertlein, p · texte numérisé non relu

Cf. Julien, Oratio VII, Hertlein, p

rellement, attribuaient plutôt l'incendie à la malveillance des chrétiens. Les uns y virent une vengeance, causée par l'enlèvement des reliques de Babylas; d'autres les dirent simplement jaloux de l’immensité du temple, de sa magnifique colonnade, dont les dimensions humiliaient la petite église voisine !. Libanius n’hésite pas à dénoncer « une entreprise impie, une âme scélérate, une main criminelle ?, » On ne recula devant aucun moyen pour découvrir un auteur à l'incendie. Julien, dans sa colère, avait déjà fait fouetter les gardiens du temple à, pour les punir de leur négligence. Il fit plus : par son ordre, le prêtre d’Apollon # fut mis à la torture. On lui tordit les bras, on l’éleva sur le chevalet en lui frappant les côtes. Mais on ne put obtenir qu'il désignât personne 5. Quant à Julien, ses soupçons se fixèrent sans hésiter sur les chrétiens. Il y en avait, à Antioche, de fort animés contre le culte des dieux. Plusieurs fois les autels neufs élevés en leur honneur avaient été renversés par des mains inconnues 6. Julien attribua à un complot de chrétiens fanatiques le nouvel attentat7.

Mais, avec une étrange maladresse, il prétendit que l'auteur du crime avait pour lui la majorité des habitants d'Antioche, et n’était parvenu à ses fins que parce

1. Ammien Marcellin, XXII, 13. — 2. Libanius, Monodia super Daphnæi templum; Reiske, t. IF, p. 335. — 3. Newxépous. Théodoret, II, 7. — À “Iepéæ. Saint Jean Chrysostome, Zn sanctum Babylam contra Julianum el Gentiles, 17; Sozomène, Il, 19. — 5. Ibid. — 6. Misopogon; Hertlein, p.467. — 7. Lors des incendies des temples antiques, des versions contradictoires eurent ordinairement cours. A Rome, en 83 avant J.-C., le temple de Jupiter Capitolin fut détruit par le feu. Les uns attribuèrent cet incendie à la foudre (Dion Cassius, Fragm. 106, 2), les autres à la négligence des gardiens (Cassiodore, Chron., ad ann.671; Julius Obsequens, Prodig., 59), d'autres à la malveillance (Denys d'Halicarnasse, Ant. Rom., 1V,62; Tacite, Æist., III, 72; Appien, De Bello civ., I, 86). Le temple de Jupiter Capitolin fut trois fois incendié et deux fois foudroyé (Rodocanachi, Le Capitole antique el moderne, 1904, p. XXIX-XXx).

qu'il avait rencontré des complices jusque dans le temple lui-même. C'est bien aux Antiochiens pris en masse qu'il parle en ces termes : « Après la translation du mort de Daphné, quelques-uns de vous, impies envers les dieux, ont livré le temple daphnéen à ceux qui s'étaient fâchés à propos des reliques du mort; et alors, soit négligence des uns, soit complicité des autres, ils ont mis le feu au temple !. » Ailleurs il déclare que le temple de Daphné a été « livré par la négligence des gardiens à l'audace des athées, qui l’ont réduit en cendres?. » Julien va jusqu’à dire que le sénat d’Antioche était demeuré indifférent au crime, et n’avait point cherché à trouver les coupables?.

Après avoir lancé de telles accusations, Néron n’eût point hésité : il eût ordonné le massacre des chrétiens. Mais Julien n'était pas un Néron, et ce qui était possible en 6% avait cessé de l’étre en 362. On le voit préoccupé de deux choses : défendre la puissance d’Apollon contre les railleries du peuple, qui ne prenait pas au sérieux un dieu incendié; venger la ruine du temple par des représailles sur les églises. Julien déclara publiquement qu’au moment de l'incendie, le dieu avait quitté son temple. « J’en suis certain, dit-il; dès mon entrée, son image * me le fit connaître, et j'invoque contre ceux qui ne me croiraient pas le témoignage du grand Soleil. » Mais surtout il voulut que des sanctuaires chrétiens éprouvassent un sort pareil à celui du temple de Daphné. Précisément à Milet, à peu de dis-

1. Misopogon; Hertlein, p. 467. — 2. Ibid., p. 446. — 3. Ibid., p. 467. — 4, To éyadus. "Ayaue ne veut pas dire ici « statue, » puisque celle d’Apollon était détruite; on doit traduire par spectre, fantôme, image, apparition.

tance du célèbre oracle d’Apollon Didyméen, où Julien avait rang de prophète!, des chapelles avaient été construites pour abriter des tombeaux de martyrs. Julien écrivit au gouverneur de la Carie de faire cesser ce scandale. Il lui donna l’ordre d’abattre ces chapelles, si elles étaient encore en construction; mais si elles ‘étaient achevées, couvertes d’un toit, et munies de la table sainte ?, on devait, en souvenir de l'incendie de Daphné, leur infliger la peine du talion : l’ordre était envoyé d'y mettre officiellement le feu?. Ainsi serait expié, sous les yeux de l’Apollon de Milet, un outrage subi par l’Apollon d’Antioche.

La crainte de l'opinion publique empècha Julien d'infliger un traitement semblable aux sanctuaires chrétiens d’Antioche. Mais il voulut que la principale église de la cité portât la marque de sa colère. Ammien Marcellin dit qu’il commanda de la fermer #. Les historiens ecclésiastiques ajoutent qu’il la fit dépouiller de ses ornements et de ses vases sacrés. Le principal auteur de cette spoliation fut le renégat Julien, oncle de l’empereur, qui, après avoir eu le commandement militaire de l'Égypte’, avait été élevé à la dignité de comte d’Orient, et résidait en cette qualité à Antioche, où il montra, dit son neveu, en matière économique les qualités d’un excellent administrateur 6. On dit qu'il eut

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