‹ julien l'apostatChapitre 47 sur 229 · SO · texte numérisé non relu

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4. Sozomène, V, 8, l'appelle gÜkaxa Tov xetunAiwv, Ce qui équivaudrait à prêtre sacristain. Les Actes de saint Théodoret ne lui donnent pas celte qualité. Rien ne dit clairement s’il fut attaché à la basilique principale ou à l’une des églises qui servaient aux réunions des orthodoxes méléciens et pauliniens. Voir, à ce sujet, les réflexions de Tillemont, Mémoires, t. VII, p. 393 et 738, et de Ruinart, Acia sincera, p. 658.

5. Passio sancti Theodorili, dans Ruinart, p. 658-662. Voir sur cette Passion le jugement de Tillemont, t. VII, p. 735-736.

reflètent probablement des traditions anciennes : Sozomène parait les avoir connus. L’interrogatoire du prêtre par le magistrat porte bien le caractère de l’époque et des circonstances.

«Tu es, demande le comte, ce Théodoret qui, au temps de Constance, empèchait d’adorer les dieux, détruisait les autels et les temples, bâtissait des églises et des sépulcres de morts? — Jai, autant que je l'ai pu, construit des églises et des basiliques de martyrs, et j'ai détruit les idoles et les autels des démons, afin de délivrer les âmes de ceux.qui étaient dans l'erreur, — Puisque tu as avoué, honore maintenant les dieux. — Sache que j'ai agi comme tu l’as dit au temps de l’empereur Constance, et que personne alors ne m’en à empêché. Je m'étonne aujourd’hui de te voir devenu renégat et vengeur des dieux. » Julien commanda de le frapper sur la plante des pieds et sur le visage ; puis, comme Théodoret continuait à affirmer sa foi, et à condamner l’apostasie de son juge, il l'interrompit brusquement : « Tu dissertes, sacrilège, comme si tu venais d'arriver d'Athènes. — Je n’ai étudié ni à Athènes, ni à l’école d'aucun rhéteur; mais, abreuvé des divines Écritures, par la grâce de l’Esprit-Saint, je répondrai à tes questions en souhaitant de te voir revenir à des sentiments meilleurs. »

Le comte fit mettre Théodoret sur le chevalet, où son corps fut tellement tiré, qu'il semblait, dit le narrateur, devenu long de huit pieds. « Sens-tu la souffrance? demanda Julien. Quitte donc la doctrine d’un mort, sacrifie et vis. — Tu oublies, répondit le martyr, ce que je t'ai dit : N’appelle pas dieux les œuvres de tes mains, mais reconnais le Meu qui a fait le ciel et la terre, et Jésus-

Christ, son Fils, dont le sang précieux t'avait racheté. — Tu donnes à un crucifié, mort et enterré, le nom de créateur du monde? — Je prêche un crucifié, mort et enterré, qui est ressuscité d’entre les morts, par qui tout a été fait, qui est le Verbe et la Sagesse du Père, et que toi-même adorais quand tu étais sage, si vraiment tu as pu un jour être sage. — Crains maintenant les dieux et obéis aux ordres de l’empereur, car il est écrit : Le cœur du roi est dans la main de Dieu. — Il est écrit que le cœur du roi qui adore Dieu est dans la main de Dieu, mais non le cœur d’un tyran qui adore les idoles. — Insensé, traites-tu l'empereur de tyran? — S'il ordonne de telles choses, et s’il est tel que tu le dis, ce n'est pas seulement tyran qu'il faut l'appeler, mais encore le plus malheureux de tous les hommes. »

Tout, dans ce dialogue, est en situation. Le comte Julien parle le langage de son impérial neveu : comme lui, il donne aux basiliques des martyrs le nom méprisant de « sépulcres; » comme lui, il se plait à citer à un chrétien l'Écriture sainte. La controverse se continue sur ce ton entre le magistrat et Le prètre !. « Misérable, dit Julien, comment peux-tu proclamer créateur et rémunérateur celui que nous savons être né d’une femme, il y a

1. Ici se place un épisode. Les bourreaux, chargés d'approcher des flancs du martyr des lampes ou des torches ardentes, tombent la face contre terre, et refusent de continuer, parce qu'ils ont vu quatre anges, vêtus de robes blanches, qui conversaient avec lui. Julien, alors, commande de jeter les bourreaux dans la mer, « jussit eos in pelagum mitti. » Malgré l'autorité arbitraire dont était invesli un aussi haut fonctionnaire que le comes Orientis, on à peine à croire qu'il ait, emporté par la colère, sans en référer à l'empereur, et dans la ville même où résidait celui-ci, commandé une telle exécution... Cependant, la conversion subite d'officiers de justice ou de bourreaux, pendant le procès de martyrs, n'est pas sans exemple.

environ trois cents ans !? — Quoique tu sois indigne, répond Théodoret, d'entendre la parole de Dieu, cependant, à cause des serviteurs de Dieu qui sont ici présents, et de peur qu'ils ne me croient vaincu, apprends ce que tu as perdu. Dieu, qui a fait toutes choses par son Verbe, a eu pitié des hommes, qu’il voyait asservis aux idoles, après avoir abandonné sa foi : envoyant son Verbe, il prit dans le sein d’une vierge une chair humaine, afin de rendre visible la divinité : et, ayant ensuite volontairement souffert, il a daigné nous donner le salut que tu as perdu. — Je vois que tu persistes dans tes arguments. Obéis, et sacrifie, de peur que je ne te fasse frapper du glaive, puisque tu méprises la torture. — J'ai renoncé à ton père le diable. Je demande à achever ma course en présence de Dieu, et à ne pas trouver grâce devant le tyran. — Dis tout ce que tu voudras; je ne te ferai pas tuer. »

Cette parole est conforme aux instructions de l'empereur, qui, dans sa lutte contre les chrétiens, répugnait à l’effusion du sang. Mais, si l’on en croit le récit des Actes, une parole du martyr changea la résolution du juge. « Toi, Julien, dit-il, tu mourras dans ton lit, en proie à de grandes souffrances. Mais ton tyran, qui se flatte de faire gagner la victoire aux païens, ne pourra pas vaincre. Il périra de telle sorte, que nul ne saura par qui il aura été tué. Il ne reviendra pas dans le pays des Romains. » Épouvanté de ces paroles, et « craignant que Théodoret n’en dit de plus terribles encore, » le comte le condamna à être décapité. « Je rends grâces à Dieu, qui a

1. Même argument dans le livre de Julien Contre les Chrétiens, dont il sera question au chapitre suivant

daigné mettre une fin à mes souffrances, » dit le martyr!.

. Les Actes racontent qu'après que Julien eut fait, le lendemain, son rapport sur la confiscation du mobilier des églises et sur l'exécution de Théodoret, l’empereur se montra fort mécontent. « Tu as agi contrairement à ma politique, dit-il. Je me suis efforcé de détruire par tous les moyens la loi des Galiléens; mais je n'ai commandé de violenter ou de tuer aucun d’eux. Tu as mal agi, en donnant aux Galiléens l’occasion d’écrire contre moi, comme ils ont fait contre mes prédécesseurs, et d'attribuer le titre de martyrs aux malfaiteurs qui ont été mis à mort. Vois à ne faire périr aucun d'eux, et donne à tes subordonnés des instructions semblables ?. » On ne saurait affirmer que ces paroles aient été prononcées; mais elles sont tout à fait dans les sentiments de Julien, qui, dit saint Grégoire de Nazianze, « faisait tous ses efforts pour enlever aux athlètes du Christ les honneurs dus aux martyrs ?. »

Les chrétiens remarquèrent qu'à la suite des profanations par lesquelles Julien essaya de venger l’incendie

1. Sozomène (VIII, 5) résume ainsi la Passion de Théodoret : « Il (le comte Julien) commanda de le décapiter avec le glaive, après qu'il eut répondu courageusement parmi toute espèce de torture, et glorieusement confessé le dogme chrétien. » — La date du martyre de Théodoret est difficile à déterminer, La Passion la place au X des calendes d'avril (23 mars). Au même jour, on lit dans le martyrologe hiéronymien : « Antiochia Theodori preshi(teri). » Ce ne peut être le 23 mars 363, car à cette date le comte Julien était mort. Le 23 mars 362, l'empereur Julien n'était pas encore à Antioche. Si l’on admet, avec la Passion, sa présence dans cette ville au moment de la mort de Théodoret, et si l'on rattache celle-ci à la recherche des vases sacrés qui suivit l'incendie du temple de Daphné. il faut effacer la date du 23 mars, ou, avec Tillemont, y voir celle d'une translation des reliques du saint, non de son martyre. Les martyrologes d’Adon et d'Usuard mettent saint Théodoret au 23 octobre.

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