Monodia super Nicomediam ; Reiske, t. IIL, p
l'incendie de Daphné l’occasion de donner un pendant à cette pièce élégante, en écrivant une seconde déclamation, qui reçut, comme la première, le titre de « monodie !. »
Cette élégie en prose est une des compositions littéraires Les plus factices et les plus froides qui se puissent lire. Pour y trouver quelque animation, il faut en suivre le texte, non isolé dans les œuvres de Libanius, mais intercalé et comme enchâssé dans le discours de saint Jean Chrysostome sur le martyr Babylas. L'orateur chrétien n'a pas craint de citer, dans son homélie, une grande partie de l’œuvre du rhéteur païen, la commentant avec verve, la réfutant d’une main légère, et comme avec le sourire sur les lèvres. Il se trouve donner ainsi de la vie, de la passion, de l'intérêt, à un écrit qui par lui-même en était tout à fait dénué. Les seuls traits historiques que celui-ci contienne sont la description de la statue d’Apollon et le tableau de l’affolement de Julien et de la foule païenne à la vue de l'incendie. On y trouve encore cependant un aveu qui mérite d’être noté. C’est la reconnaissance du discrédit où était tombé, à Daphné, le culte d’Apollon, avant que Julien vint le ranimer :
« Tu étais demeuré, à Apollon, le sûr et vigilant gardien de Daphné, au temps où tes autels avaient soif de sang. Alors les adorateurs te négligeaient : quelquefois même on t'adressait de honteux outrages : tes ornements extérieurs avaient été détachés ou brisés : tu avais tout supporté avec patience. De nos jours, au contraire, beaucoup d’agneaux, des bœufs en grand nombre t'ont
été immolés : la bouche auguste du roi baisaït ton pied :
1. Monodia super Daphnæi templum ; Reiske, t. [LI, p. 332, JULIEN L'APOSTAT. — III. 6
tu voyais celui que tu avais prédit, tu étais vu de celui que tu avais annoncé : tu venais d’être délivré du voisinage d’un mort importun : et voilà que tu fuis soudain notre hommage et notre culte!! »
Julien admira beaucoup la monodie de Libanius. « Tu as composé sur Daphné, lui écrit-il, un discours tel qu'aucun des mortels qui vivent aujourd’hui n’aurait été capable d’en faire un semblable, même au prix des plus grands efforts, et je crois que se seraient trouvés, parmi les anciens, bien peu d’écrivains en état de rivaliser en ceci avec toi?. » Mais on a remarqué avec surprise que Julien, qui bâtissait si volontiers des édifices nouveaux en l'honneur des dieux, ne fit aucun effort pour réparer le temple de Daphné. 11 demeura quatre mois encore à Ântioche, et survécut sept mois à l'incendie. Mais il ne donna point l’ordre de recouvrir l'édifice. Vingt ans après, les murailles étaient encore debout, toutes les colonnes en place, sauf une, qui s’était détachée de sa base et appuyée contre la paroi de la cella : seul manquait le toit, que l’on n'avait pas essayé de refaire?, On ne sait de qui avait eu peur Julien : des chrétiens, du feu du ciel, du martyr Babylas, ou de la colère d’Apollon.
Je ne vois aucun mot convenant, autant que celui d’anarchie, à l'état où La politique religieuse suivie par Ju-
1. Libanius, Monodia super Daphnæi templum ; Reiske, t. III, p. 333. 2. Julien, Ep. 27; Hertlein, p. 517.
3. Saint Jean Chrysostome, Zn sanctum Babylam contra Julianum et Gentiles, 21.
lien durant son séjour à Antioche mit l'Orient romain.
C’est une lutte des villes entre elles, d’une partie de la population d’une même ville contre une autre partie, de l’empereur contre ses sujets ou contre ses magistrats. La guerre religieuse, que Julien a allumée, met en fermentation et en conflit tous les éléments de la société : ceuxlà mêmes qui devraient assurer l’ordre, prévenir ou réprimer, excitent le désordre, se jettent dans la mêlée, substituent leurs préférences personnelles au souci de l’mtérêt commun. Les habitants d’Antioche ne se trompent pas autant que le croit Julien, en l’accusant de « bouleverser le mondef. » Et saint Grégoire de Nazianze eut probablement une vue juste, quand il fit un crime au souverain sectaire d’avoir, par le sacrifice de tout autre intérêt à celui de la réaction païenne, « ébranlé l'Empire romain, mis la société en péril, et fait souffrir à une partie de ses sujets plus de maux que n’en aurait produits une invasion d’ennemis ?. »
Célébrant la tolérance de Julien, Libanius a dit : « Il se réjouissait de visiter les cités qui avaient conservé leurs temples, et les jugeait dignes de ses bienfaits ; celles qui, en tout ou en partie, s’étaient détachées du culte des dieux, il les regardait comme impures, mais leur donnait, comme à ses autres sujets, tout ce dont elles avaient besoin, bien qu'il le fit à contre-cœur*. » C'est le contraire qui est vrai. Nous voyons Julien se montrer hostile ou favorable aux cités, selon la religion professée par la majorité de leurs habitants, et quelquefois l'hostilité contre
1. Iap’ êuè Tù Toù xéouou rpéyuara ävatétoantot. Julien, Misopogon ; Hertlein, p. 465.