‹ julien l'apostatChapitre 6 sur 229 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

appartient à l'empereur : cependant, tu ne sers pas à la manière des adulateurs du moment présent : tu te conduis en ami du bien et en grand cœur; détestant la servilité, tu gardes ta bienveillance à ta patrie. Tu mérites cette louange, qu'au sein d’une aussi grande puissance, tu conserves les égards dus à l'amitié... Pour tant de mérites, je ne t’offrirai qu’un souhaït : non que quelque chose s’ajoute à ta gloire, car, si tu peux recevoir encore un accroissement de dignité, tu ne saurais grandir en vertus; mais que tu obtiennes le bien qui dépasse tous les autres, c'est-à-dire que tu viennes un jour avec nous dans les rangs des adorateurs de Dieu, et que du parti de ceux qui persécutent tu passes au parti des persécutés ; car l’un dépend du temps, l’autre est assuré du salut éternel !. »

Une lettre écrite par Julien, lors de son passage à travers la Cappadoce, laisse voir qu’il était peu satisfait des habitants de cette province. Il ne les trouvait pas assez Grecs. La plupart refusaient de se rendre aux autels des dieux : d’autres montraient dans leur empressement une gaucherie, qui révélait une ferveur de trop fraiche date pour être sincère. C’est ce qu’il écrit à un philosophe inconnu, nommé Aristoxène, en l'invitant dans les termes les plus pressants à se joindre à sa cour. Il craint que celui-ci n’ait attendu une invitation, comme si, entre amis, on devait tenir compte de l’étiquette. « Si tu dois venir sans invitation, accours : si tu en attends une, la voici. Viens donc nous retrouver à Tyane, au nom de Jupiter, dieu des amis! Montre-nous parmi les Cappadociens un vrai Grec. Car jusqu'ici je

L'ARRIVÉE EN SYRIE. Pi

vois, ou des gens qui ne veulent pas sacrifier, ou bien un petit nombre qui voudrait, mais ne sait comment s’y prendre !. »

Tyane retint probablement pendant quelque temps Julien ; il voulut y vénérer le souvenir d’Apollonius, que ses prestiges, son charlatanisme mystique, et aussi sa dévotion pour le dieu Soleil, devaient lui rendre particulièrement cher. Mais on ne nous donne aucun détail sur son séjour dans cette ville. Quandil l’eut quittée, et fut arrivé à Pylas, dans la chaîne du Taurus, à la jonction de la Cappadoce et de la Cilicie, il eut une agréable surprise. Le gouverneur de cette dernière province, Celse, l’un de ses plus chers compagnons d’études aux écoles d'Athènes ?, et aussi élève, ami et admirateur de Libanius *, vint le saluer au passage. Près d’un autel, sur lequel fumait l’encens d’un sacrifice, Celse harangua l’empereur À. Par une faveur rare, Julien le fit monter dans sa voiture, et voyagea avec lui jusqu’à Tarse 5.

On n’a, sur son passage à Tarse, qu’une anecdote racontée par Zonare 6. Un prêtre d’Esculape vint le trouver, pour lui demander de contraindre l’évêque de Tarse à rendre des colonnes provenant d’un temple de ce dieu, et employées dans la construction d’une basilique chrétienne. Julien décida que l'enlèvement de ces colonnes serait fait aux dépens de l’évêque, et qu’elles se-

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