‹ julien l'apostatChapitre 7 sur 229 · Zonare, XIII · texte numérisé non relu

Zonare, XIII

Le L'ARRIVÉE EN SYRIE.

raient transportées jusqu’à Égée, pour servir à la reconstruction d’un célèbre sanctuaire d’Esculape démoli en 330, par l’ordre de Constantin !. Les païens de Tarse se chargèrent d'exécuter eux-mêmes la sentence de Julien : ils abattirent une des colonnes, qui soutenait la nef de la basilique, et la trainèrent avec beaucoup de peine jusqu’à la porte de celle-ci. Mais ils ne purent, dit-on, la tirer plus loin, et durent la laisser sur place. On ajoute qu'après la mort de Julien, l’évêque la releva sans peine, et la remit à son rang dans la colonnade de son église.

De Tarse, Julien se rendit à Antioche « par la route accoutumée, » dit Ammien, c’est-à-dire en suivant la chaussée qui, après avoir traversé le Saros, puis le Pyrame, longe à partir de Kastabala le littoral, et pénètre dans la capitale syrienne par un pont sur l’Oronte. Tout le peuple était allé hors de la ville à sa rencontre : on le reçut avec des acclamations, « comme un astre nouveau qui se levait sur l’Orient, » dit encore Ammien, dans un poétique langage qui ne lui était pas habituel. Cependant, malgré la chaleur de cet accueil, les Romains, toujours attentifs aux présages, ne purent s'empêcher d'en remarquer de sinistres. On était dans les brülantes journées d'été, consacrées aux fêtes d’Adonis. Précisément, l'entrée de Julien dans Antioche coïncidait avec la partie triste de ces fêtes, avec le jour où de toutes parts sont exposées les images du jeune chasseur couché sur son lit de mort, et où, alentour de ces reposoirs, les dévots pleurent bruyamment la fin tragique de l’amant de Vénus. Au moment où Julien mit le pied dans le palais

1NEVOITE TA pe 01

impérial, on entendait retentir, en signe de deuil, les cris aigus des femmes païennes, mêlés au sifflement lugubre et bruyant des flûtes. Les gens superstitieux purent croire qu'un autre Adonis verrait bientôt ses jours tranchés aussi dans leur fleur !.

Au premier rang de la foule qui se pressait sur le passage de Julien, quand il fit son entrée dans Antioche, était Libanius. On se rappelle les circonstances qui avaient, d’abord, empêché les rapports personnels du prince avec le célèbre rhéteur ?. Quand Julien, en 353, étudia les lettres à Nicomédie, un ordre de Constance lui interdit de suivre les cours que Libanius professait alors dans cette ville. Il dut se contenter de lire avec passion ses écrits, au point, rapporte Libanius, de s’en approprier tout à fait le style, et de devenir par là le disciple de celui qu'on ne lui permettait pas de connaître. De Nicomédie, le professeur fut rappelé à Constantinople, puis, après y avoir enseigné quelques mois ?, vint se fixer pour le reste de ses jours à Antioche, sa ville natale #. Pendant ce temps, une fortune inespérée entraînait Julien en Occident, puis le ramenait en Orient, où il entreprenait l’œuvre de restauration religieuse qui

DNOirets I p.301.

3. Sievers, Das Leben des Libanius, p. 57 et suiv. 4. Ibid., p. 61 et suiv.

réjouissait le cœur et excitait les applaudissements de Libanius. Mais celui-ci, se jugeant sans doute trop 1mportant pour faire l’'empressé, ne s'était point hâté de se

rendre auprès du nouvel Auguste. Depuis longtemps il entretenait avec Julien, même quand il y avait eu péril à le faire !, un commerce de lettres ?. Ce commerce devint plus chaleureux encore, après que Julien eut conquis le pouvoir suprême. L'empereur est en coquetterie avec le sophiste. Il lui demande ses discours, le prie de lui com- muniquer des copies de sa correspondance, semble se mettre encore à son école 3, l'appelle « frère très souhaité et très aimé #. » De telles démonstrations étaient bien faites pour exalter l’orgueil de Libanius. Aussi, dans ses Mémoires, celui-ci dit-il avec une naïveté qui désarme la critique : « Du voyage qui le conduisit à Antioche, Julien attendait, entre autres, cet avantage : me voir, et m’entendre parler ?. »

Ce fut, en effet. le mot que Julien, trop rhéteur luimême pour ne pas savoir l’art de flatter un rhéteur, lui adressa devant tout le peuple, dès qu'il l’aperçut. « Quand t'entendrons-nous? » lui demanda-t-116, employant habilement un mot déjà dit par Hérode Atticus à Philémon, et par Marc-Aurèle à Aristide 7. Ilsemble que

Page 1