Sozomène, VI
3. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 19. — Voir t. I, p. 266.
4. C'est ce que laisse entendre saint Grégoire de Nazianze, dans un sentiment très délicat : « IL (Marc d’Aréthuse) résolui d’abord de fuir, non pas tant par peur que pour obéir au précepte qui nous ordonne de fuir de ville en ville et de nous retirer devant les persécuteurs. Car il ne convient pas que les chrétiens, si forts et si endurants qu'ils puissent être, pensent seulement à eux-mêmes, mais il leur faut épargner aussi les per-
il apprit qu’à son défaut de nombreux chrétiens étaient arrêtés, traduits en justice, mis à la torture. Il revint alors s’offrir aux fureurs de la multitude. Au lieu d’être touchée par cette démarche courageuse, la foule des païens se rua sur lui : on le trainait dans les rues et sur les places : on le battait, on lui arrachait les cheveux et la barbe. Hommes, femmes, dignitaires de la cité, magistrats, se le disputaient avec fureur : il n’était pas de tourments qu'on ne lui infligeât, jusqu’à lui serrer les jambes avec des cordes, ou lui scier les oreilles au moyen de fils. Les enfants des écoles l'avaient pris pour jouet : ils le jetaient en l’air, le faisaient tourner sur lui-même, se le poussaient de l’un à l’autre, et le recevaient sur leurs stylets à écrire. Quand il fut couvert de blessures, on enduisit son corps de miel et de saumure, et on le
suspendit dans une corbeille, exposé, sous un soleil
brülant, aux piqüres des abeilles et des guêpes. Lui, cependant, ne perdait rien de son courage; quand il eut été élevé dans la corbeille, il dit à ses bourreaux d’une voix dédaigneuse : « Je vous regarde d’en haut, et je vous vois bas et petits. » Tant de fierté émut quelques assistants : on essaya de marchander avec Marc. La somme à laquelle avait été estimée la valeur du temple détruit fut baissée à plusieurs reprises : on en arriva à la réduire presque à rien, et encore plusieurs personnes offraient-elles de la lui fournir; mais l’évêque, voyant là, comme nous dirions aujourd’hui, une question de principe, refusait de payer même une obole. Les fanatiques d’Aréthuse finirent par se reconnaître vaincus :
sécuteurs, afin que, autant qu'il dépend d'eux, ils n’ajoutent pas au péril encouru par leurs ennemis. » Oratio IV, 88.
ils rendirent à Marc sa liberté. Beaucoup, dans la suite, se feront chrétiens.
Ces excès sans contrôle, ces cruautés sans répression, ces émeutes qui ne s’apaisaient que par la lassitude ou le repentir spontané des émeutiers, blessaient l'opinion des hommes modérés, même parmi les païens. Les magistrats vraiment soucieux de la paix publique s’en montraient émus. Mais la permission d'intervenir leur était refusée. Ils n'avaient pas le droit de réprimer les délits ou les crimes, quand les victimes étaient des chrétiens. Le gouverneur de la Palestine, sous l'administration de qui était Gaza, en fit l'expérience à ses dépens. C'était un fonctionnaire opportuniste, qui avait donné tous les gages possibles à la réaction païenne. « Il avait louvoyé entre les circonstances et les lois, dit un contemporain, s’asservissant aux nécessités du temps et se souciant médiocrement de la légalité ?. » Sous divers prétextes, il avait déjà jugé et condamné des chrétiens ?. Mais il gardait quelques scrupules, et pensait que même aux désordres suscités par les païens, il devait y avoir des limites. Aussi, le lendemain du massacre d'Eusèbe, de Nestabius et de Zénon, fit-1l arrêter quelques-uns des plus compromis parmi les émeutiers, ceux qui étaient soupçonnés d’avoir porté aux victimes le coup mortel. Leur procès allait s’instruire, quand lui-même, pour ce fait, fut dénoncé à l’empereur. Julien le fit comparaître en accusé. Le gouverneur défendit sa conduite en invo-
1. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 88-90 ; Théodoret, IL, 3 ; Sozomène, V , 10.