‹ julien l'apostatChapitre 61 sur 229 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

quant les lois, qui lui attribuaient le droit et lui imposaient le devoir de juger les crimes commis dans sa province. «Est-ce donc un crime, lui répondit Julien, si un Grec tue dix Galiléens !? » Peu s’en fallut que lui-même fût condamné à mort : l’empereur crut faire acte de clémence en l’exilant?.

Un tel exemple était pour décourager les fonctionnaires prudents. Cependant un d’entre eux, que l'éclat de ses services et l’importance de sa situation mettaient hors de pair, essaya encore de rappeler Julien au sentiment de ses devoirs de souverain. C'était le préfet du prétoire d'Orient, Salluste. Il prit prétexte des événements d’Aréthuse, de ce duel de toute une populace avec un vieillard, de la défaite morale des séditieux, pour l'avertir. « Empereur, dit-il, n’avons-nous pas de honte de nous montrer à ce point inférieurs aux chrétiens, que nous soyons incapables de vaincre même un vieillard, après lui avoir fait souffrir toute espèce de tourments? Il n’y aurait pas eu beaucoup de gloire à triompher de lui : mais être vaincus par lui, n’est-ce pas une véritable calamité ? » Julien ne paraît pas s’être ému de ces remontrances. Sa passion religieuse le dominait maintenant tout entier. I1ne gouvernait plus, si ce n’est contre les chrétiens. « Il mettait sa gloire dans ce qui faisait rou-

1. 'E yüo uéya, pnoiv Ô dixauos dtxaoThs, koi Un doxwy Xprotiavods Et Taluaious déxe pia yelo “Elinux xatepyacaro; Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 93. Sozomène, V, 9, rapporte un peu différemment ce propos : Ti yüp, pnoiv, £der adrobs andyeodar, si l'élthaiouc 8Xyous dvb? &v told ets adrodc, xai toc Oeodc AdixNnGaV, AUUVAYTO.

3. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 92: Rufin, X, 36; Sozomène, Nan9;

98 n L'ANARCHIE.

gir ses préfets !. » Et, raillant, il disait : « Ces Galiléens ‘devraient se réjouir : la loi de l'Évangile ne leur ordonne-t-elle pas de souffrir les maux que Dieu leur envoie 2? »

Dans son entourage le plus intime, cependant, s’élevaient aussi des protestations discrètes. J'ai assez montré les ridicules de Libanius, pour ne pas être heureux de faire voir les qualités réelles qui les rachetaient. Le vaniteux sophiste était un brave homme. Le zélé païen* prenait au sérieux les maximes de tolérance affichées par Julien. S'il ne se hasardait pas à les rappeler à celui-ci, quand il l'y voyait infidèle, au moins ne craignait-il pas d’user de son influence auprès des prètres ou des magistrats, pour obtenir en faveur des chrétiens un traitement équitable ou une protection efficace. A l’un, qu'il voyait trop âpre à exiger d’un chrétien Ia somme à laquelle celui-ci avait été condamné pour dommages autrefois causés à un temple, il écrit : « Montrez, mon cher Barrhius, votre zèle pour les choses sacrées en multipliant les sacrifices, en accomplissant avec exactitude les cérémonies, en rétablissant les temples détruits. Car il faut bien honorer les dieux, plaire à l’empereur et embellir sa patrie. Montrez-vous très exact à servir les Grâces, car elles sont déesses, et il faut les honorer. Mais

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