Saint Cyrille, Contra Julianum, 1; Neumann, p
milieu, soit à la fin du livre, l'argument rencontré au début. Cependant on doit reconnaitre que, dans le traité contre les chrétiens, Julien s'est efforcé de mettre plus de méthode et de clarté que dans ses autres ouvrages. Lui-même asenti qu'il nes’agissait plus, ici, d'exposer les rêves de son imagination, de raconter ses songeries mystiques ou d’improviser une théologie fantaisiste. Cette fois, il s'attaque tout ensemble à une histoire et à une doctrine. Il va heurter une foi qui a de savants et d’éloquents défenseurs. Il sait qu’à ses arguments on répondra par des arguments, à ses railleries par des railleries. S’il a le pouvoir de tout dire, il n'a pas encore eu les moyens de supprimer ses contradicteurs. Il n’aura pas seul la parole. Il écrit en présence d’adversaires, en
homme qui se sent surveillé par eux, et qui s'attend à ètre discuté. De là, chez lui, une préoccupation nouvelle, qui explique comment, pour la première fois peut-être, il s’est donné la peine d'élaborer un plan, d’avoir de son œuvre une conception réfléchie, sauf à revenir souvent, dans l'exécution, à ses anciens errements, à son incurable subjectivisme.
Le paganisme que Julien compare à la religion des Juifs et à celle des chrétiens n’est pas le paganisme populaire, les fables incroyables et monstrueuses, les contes des Grecs . C’est le platonisme étudié soit dans Platon lui-même, soit dans les commentaires des néoplatoniciens. Julien met en parallèle le récit de la création, tel que le présente la Genèse et tel que l'offre le Timée, et naturellement il donne la préférence au second. A Dieu
1. "Enves uèv Tobs ous EmAroav Ünèp Tv beGv &rlotous xoù TETPOTLO êetc. Saint Cyrille, I; Neumann, p. 167.
créant ex mhilo, comme l’affirme le dogme juif et chrétien, il oppose le système platonicien de l’émanation et des dieux intermédiaires, chargés d'organiser le monde matériel 1, Sa théologie du discours sur le Roi Soleil se retrouve ici, avec celle des dieux nationaux qui président aux destinées de chaque peuple et lui impriment son caractère particulier ?. Pour Julien, le Dieu des Juifs n’est qu'un de ceux-ci : il le dépouille de son caractère universel, pour en faire la divinité locale d’un petit peuple établi en Palestine. De là vient que, tout en raillant les récits de la Bible, la chute originelle, la tour de Babel, Julien ne condamne pas absolument le judaïsme. Celui-ci rentre, au contraire, dans son système, mais il le déclare inférieur à l’hellénisme.
Selon lui, les préceptes contenus dans le décalogue sont pratiqués par tous les peuples, à l'exception de ceux qui ont trait au monothéisme et à l'observation du sabbat. Mais à la dureté du Dieu hébraïque Julien oppose la douceur des mœurs chez les Grecs et les Romains. IL attribue ensuite aux uns et aux autres la supériorité intellectuelle sur les Hébreux. Seuls, ceux-là ont inventé les sciences, ont eu les philosophes, les chefs d’armée, les artistes, les législateurs, ont obtenu l'empire du monde. Julien, à qui le sens critique a toujours fait défaut, cite ici pêle-mêle les personnages historiques ou fabuleux, Persée, Minos, Éaque ou Dardanus à côté de Platon, de Socrate, d’Aristide, d'Alexandre ou de César, et s'étend sur «le plus grand bienfait du Soleil et de Jupiter, » c’est-à-dire Esculape, dont il raconte les voyages,