Philostrate, Vifæ sophist. (éd. Kayser, p. 230 et
l’amour-propre de Libanius eût dû être comblé par un compliment aussi délicat. Mais ce type achevé de l’homme de lettres avait à la fois des vanités de pédant et des coquetteries de femme. Il prit plaisir à irriter pendant quelque temps l’impatience de Julien. Il chercha, par des retraites savantes, à se faire désirer. Aussi naïf dans le récit que roué dans la conduite, Libanius nous a mis lui-même au courant de ses ruses. Il voulait amener l’empereur à souffrir de son éloignement, età multiplier les avances. Il eut satisfaction, un jour que Julien, sacrifiant en public dans le temple de Jupiter Philius, s’étonnait de ne pas l’apercevoir, mêlé à la foule des courtisans qui se pressaient autour de lui, moins encore pour voir que pour être vus. Julien prit ses tablettes, y écrivit un mot aimable, et les envoya à Libanius. Celui-ci répondit sur la même page, gracieusement et spirituellement, mais ne se pressa pas de venir. Un ami commun, le philosophe Priscus, fit comprendre à Julien le motif de cette abstention. Libanius ne se trouvait pas suffisamment invité. Julien lui adressa alors une invitation formelle, et le convia au repas de midi. Libanius fit réponse qu'il ne mangeait que le soir. Invité à souper, il s'excusa, sous prétexte de migraine. Avec une étonnante patience, Julien renouvela ses invitations, et eut enfin la joie de. les voir acceptées. À partir de ce moment, Libanius s’assit souvent à la table de l’empereur, à ces « fêtes de la raison, » comme il appelait les festins offerts par le philosophe couronné f.
Du reste, d’un désintéressement égal à sa fatuité, Libanius, s’il faut l’en croire, n’accepta de Julien d’autre