‹ julien l'apostatChapitre 72 sur 229 · Voir tomel, p · texte numérisé non relu

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4. Voir un curieux exemple de subtilité dans un passage de Julien (se rapportant vraisemblablement au second livre) qui est cité par Photius et ne se trouve pas dans Cyrille. Julien feint de considérer comme s’appliquant à tous le conseil de perfection évangélique (Matthieu, x1x, 21; Luc, x11, 33) : « Vendez ce que vous possédez, et donnez-le aux pauvres ; vous vous ferez ainsi des trésors qui ne périront pas. » Il omet le membre

ou les objections plus empruntées peut-être qu'originales, qui font la trame de cet ouvrage. Le sarcasme et les paroles outrageantes sont d’un militant tout à fait engagé dans la lutte, non de l’homme qui décrit les chemins qu'il a suivis pour passer d’une religion à une autre. Une seule phrase, peut-être, trahit une sincère réminiscence. Des anciens Hébreux, dit-il aux chrétiens de son temps, vous n’imitez que la colère et les fureurs. « Vous renversez les temples et les autels, et vous égorgez non seulement ceux de nous qui sont demeurés fidèles au culte des ancêtres, mais aussi bien ceux des vôtres qui sont appelés à tort hérétiques, parce qu’ils n'adorent pas le mort de la même manière que vous!. » Il est certain que les agitations religieuses du règne de Constance, les violences commises alors par des sectes chrétiennes, avaient dü frapper l'âme déjà ulcérée de Julien enfant, et lui être un scandale peut-être irrémédiable. Mais dans la phrase mème que nous venons de citer, Julien, à la manière tortueuse qui lui est habituelle, trouve moyen de mêler la vérité et l'erreur. Des

de phrase donné par saint Matthieu (xx, 21) : « Si vous voulez être parfaits, » qui en marque le caractère exceptionnel, et il raisonne ainsi : «Si tous te croyaient, qui serait acheteur? Quelqu'un approuverait-il cet enseignement, dont le succès empêcherait toute ville, toute nation, toute maison de subsister? Comment, si tout était vendu, pourrait-il y avoir une maison où une famille honorable? Car il est évident que si dans une ville tous vendaient, il ne se trouverait personne pour acheter. » Julien, dans Photius, Quæst. Amphil., 101; Migne, Patr. græc., t. CI, col. 617. — On trouve un semblable argument, exprimé en d'autres termes, dans la bouche du philosophe païen, réel ou imaginaire, auquel répond Macarius Magnès, écrivain chrétien de la fin du quatrième siècle. La question de savoir si les objections réfutées par Macarius dépendent en quelque chose du livre de Julien, ou viennent d’une source plus ancienne (Hiéroclès?) à laquelle Julien aurait aussi puisé, est à peu près insoluble. 1. Saint Cyrille, VI; Neumann, p. 199.

chrétiens trop ardents renversèrent, il est vrai, des temples et des autels; cependant l'histoire n’a pas conservé, du temps de Constantin ou même de Constance, le souvenir d’un seul païen égorgé pour cause de religion. Et quant aux chrétiens mis à mort comme hérétiques, l’histoire montre encore que les violences vinrent d'un seul côté, celui qui avait la faveur impériale et par elle la force matérielle, c’est-à-dire du côté des hérétiques eux-mêmes : le sang qui coula fut le sang des orthodoxes, immolés par des ariens. La phrase de Julien est fausse, en ce qui concerne les païens; en ce qui concerne les chrétiens, elle fait jaillir sur tous l’odieux qui appartient seulement à quelques-uns, et confond volontairement bourreaux et victimes.

Si, malgré les exagérations et les inexactitudes, on peut démêler dans cette phrase le souvenir de fâcheuses impressions d'enfance, qui contribuèrent peut-être à détacher Julien du christianisme, l’ensemble de son livre ne donne donc pas, malgré sa promesse, les « raisons » qui confirmèrent et rendirent définitive cette impression. Ce que nous y pouvons voir plutôt, c’est l'état d'esprit de Julien au moment où il l’écrivit.

M. Jules Simon a sévèrement jugé ce livre, qu'il considère comme inférieur à la plupart des autres ouvrages de Julien!. Il est certain que ce qui en reste est peu intéressant. La partie philosophique n’a ni profondeur, ni vastes horizons, et n'offre rien qui ne se retrouve ailleurs. La partie historique est nulle. La partie exégétique ne présente d'intérêt que sur quelques points de détail. Surtout l'esprit général manque de grandeur,

1. Jules Simon, Histoire de l'école d'Alexandrie, t, 1, p. 358.

et peut-être de loyauté. Julien qui, dans ses lettres, se montre préoccupé de réorganiser le paganisme sur le modèle de l'Église, et recommande aux prêtres des dieux limitation des vertus chrétiennes!, semble dans son livre refuser à la société chrétienne prise en masse, comme aux chrétiens individuellement, toute valeur intellectuelle et morale. Il parle d’une Église qui renferme maintenant plus de la moitié des habitants de l'Empire romain, et qui déborde sur les nations étrangères, — qui a doté le monde d'institutions charitables inconnues avant elle, — qui a produit en grand nombre des chefs-d'œuvre littéraires, qui, à l'heure même où il compose son livre, possède plus d'écrivains et d’orateurs, et autrement originaux et vivants, que n’en pourrait montrer la population païenne, — comme il parlerait d’une poignée de pêcheurs de Galilée ou d’un amas de « cabaretiers, publicains, danseurs, gens de tous métiers ?. » Ce serait une inconséquence inexplicable, si ce n’était plutôt une tactique trop visible. Mais elle parait si grossière qu’elle ne devait, ce semble, tromper personne. Ou s’il y avait, dans ce langage de Julien, autre chose qu’une tactique, il dénoterait, avec un étrange oubli des situations véritables, une singulière irritation.

La cause de cette irritation est peut-être dans le dépit que luifait éprouver le caractère historique de la religion chrétienne. Julien, nous dit Libanius, s'était surtout PEOROEe de démontrer l'impossibilité d’adorer comme un Dieu « un homme né en Palestine’. » Lui-même

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