‹ julien l'apostatChapitre 74 sur 229 · Voir t. II, p · texte numérisé non relu

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9. To toû oravpoë mposxuveïte Ehov. Saint Cyrille, VI; Neumann, p. 196.

EE Ve.

les parcelles furent répandues dans l'Empire dès le milieu du quatrième siècle!, le fâche comme un nouveau rappel de la réalité du supplice infligé au fils de Marie. Tout lui montre l'impossibilité de rejeter la religion chrétienne dans le vague de la légende. A son pied, habitué aux nuages mouvants de la Fable, cette religion offre le terrain solide, le choc blessant de l'histoire.

Si la vie de Jésus avait ressemblé à celle de quelqu'un des dieux morts et ressuscités de la mythologie, un Attis, un Adonis, Julien tolérerait vraisemblablement ses adorateurs. Si Marie était un mythe, comme Cybèle, il ne protesterait probablement pas, ainsi qu'il le fait à plusieurs reprises, contre le titre de « mère de Dieu » que lui donnaient les chrétiens ?. Mais une religion historique, fondée sur des livres dont les auteurs sont connus, ayant des témoins qui déclarent avoir « vu de leurs yeux et touché de leurs mains, » s'appuyant sur une tradition encore récente, puisqu'elle suppose un petitnombre de générations, contredit maintenant toutes ses habitudes de pensée.

Devenu hellène avec Homère ou Hésiode, et philosophe avec les docteurs du néoplatonisme, Julien voyait

— Julien ajoute que les chrétiens font sur eux-mêmes le signe de la croix, ou le tracent sur leurs maisons; voir de fréquents exemples de maisons antiques ornées de croix, dans Vogüé, Syrie centrale, architecture civile et religieuse du premier au septième siècle (Paris, 1865-1877).

1. Dès 359, on trouve vénéré à Sataf, en Maurétanie, un fragment DE LIGNV CRVCIS. Voir une communication de Msr Duchesne à l’Académie des Inscriptions, 13 mai 1900.Onlira dans Sainte Hélène, par le P. Rouillon (1908, p. 130-172), un appendice intéressant sur la découverte de la croix:

2, @eoréxoy 0ù duetc où maveode Mapiav xahodvres... Oeotékoy DpEïs tv rapBévoy eïvor are. Saint Cyrille, VIII ; Neumann, p. 214.

dans les dieux tantôt l’allégorie des phénomènes naturels, tantôt des émanations du Dieu suprème, peuplant d’essences intelligibles le ciel des idées, ou éclairant le ciel matériel de leurs rayons d’astres divinisés. Son esprit s'était, en quelque sorte, affaibli par ce dissolvant éclectisme : il restait désormais trop indécis ou trop flottant, trop habitué à fondre ensemble des théories contradictoires, pour comprendre la précision de la doctrine chrétienne, et pour admettre la légitimité d'un système religieux fondé sur l'indissoluble union du dogme et du fait. L'’adepte du panthéisme néoplatonicien, pour lequel l'homme, au lieu d'être le roi de la création, n'est qu'une partie insignifiante du grand tout, et aux yeux de qui la notion même de la personnalité humaine se perd dans la fuite perpétuelle des choses, n’a plus aucun point de contact avec les disciples du Dieu qui s’est incarné dans le seul but de racheter l’humanité pécheresse, qui est né d’une femme, a vécu en Judée, est mort sur Le Calvaire, a ressuscité dans sa chair, et promet aux hommes une semblable résurrection. Les idées mèmes de péché, d’expiation, de rédemption, si sensibles en certaines religions de l'antiquité, si répandues, en particulier, parmi Les païens du quatrième siècle, et qui rendent, partout où elles se rencontrent, ce son d' «âme naturellement chrétienne » dont parle Tertullien, sont devenues tout à fait étrangères à Julien. On ne les retrouve ni dans le livre que nous venons d’analyser, ni dans aucun de ses écrits. IL semble même qu'il y ait, en ceci, comme la trace d’un effort volontaire. Ce que Julien a demandé, de son propre aveu, aux tauroboles, aux mystères, ce n’a pas été, comme tant de ses contemporains, une purification analogue à celle

que promettaient les chrétiens !, mais au contraire le moyen d'effacer jusqu'à la dernière goutte de leur baptême. Son paganisme à lui s’est, de parti pris, fermé à tout souvenir de son ancienne foi. IL a expulsé les notions qui en restaient. Même ce « parfum d’un vase vide, » où d’autres trouvèrent un charme douloureux, lui a fait horreur. Aucun renégat, peut-être, n’est plus « déchristianisé » que Julien. Il a vidé son âme de tout, même du parfum.

Julien aftendit probablement un grand effet de son livre contre les chrétiens. On ne saurait dire, aujourd’hui, si celui-ci eut beaucoup de lecteurs, et servit utilement la cause de la réaction païenne. Si ce résultat fut obtenu, il ne semble pas qu'il ait été très durable : la vogue du livre, en admettant qu’il en ait eu quelqu’une, ne survécut sans doute point aux quelques mois qui séparent sa publication de la fin du règne de Julien. Les événements incertains d’abord, puis tragiques, qui vont remplir ces derniers mois détourneront forcément l'attention publique d’un écrit dont la valeur intrinsèque n’était pas assez grande pour surmonter des circonstances aussi défavorables. Le succès des livres anciens s’usait vite. Les copistes n’en pouvaient fournir d’abord que peu d'exemplaires, et ne continuaient à les reproduire qu’au fur et à mesure des demandes. Dès que l’intérêt du public se lassait, on cessait de copier. De là

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