‹ julien l'apostatChapitre 85 sur 229 · LES PRÉLIMINAIRES · texte numérisé non relu

LES PRÉLIMINAIRES

que Je feu avait épargnées démolies ensuite jusqu'aux fondements!, la ville rasée à l’exception de trois tours et de quelques remparts?.

A partir de ce désastre, le jour anniversaire de la prise de Jérusalem et de la destruction du temple devint pour les Juifs jour de deuil national5. On les voyait alors, par groupes, pleurer sur les ruines du temple, ou arroser d'huile une pierre percée, qui indiquait l'emplacement du saint des saints#. Saint Jérôme, qui fut témoin de ce spectacle, l’a décrit en termes saisissants. « Une foule lugubre, un peuple misérable, mais qui ne faisait pas pitié, s’assemblait et s’approchait. IL y avait là des femmes décrépites, des vieillards en haillons. Tous pleuraient. Et pendant que des larmes inondaient leurs joues, qu’ils levaient leurs bras livides et tordaient leurs cheveux épars, le soldat s’approchait et leur demandait de payer pour avoir le droit de pleurer encore un peu’. » C'était le seul jour où, à prix d’argent, il fût permis aux Juifs de pénétrer dans Jérusalem. L’interdiction d’y rentrer avait paru, pendant le troisième siècle, tomber en désuétude : mais elle fut renouvelée par Constantin f, peut-être à la suite d’une nouvelle révolte dont parle saint Jean Chrysostome ?. Saint Grégoire de Nazianze affirme que l'interdiction existait encore de son temps$. Dans les desseins de Ju-

. Josèphe, De Bello Judaico, VII, 34.

Ibid.

. Tillemont, Histoire des Empereurs, t. I, p. 642.

. Pèlerin de Bordeaux, éd. Tobler, p. 17.

. Saint Jérôme, In Soph., I, 15. Cf. In Jerem., 18, 20, 30. . Eutychius, Ann., I, 466.

. Saint Jean Chrysostome, Ado. Judæos, V, 11.

. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio VI, 18.

lien, cet état d’humiliation, cette attestation vivante de l’accomplissement des prophéties devaient cesser. Les Juifs, au lieu de se lamenter sur les ruines du temple détruit, vont rentrer en vainqueurs dans un temple nouveau, et, peuple ressuscité, reprendre possession de leur ville sainte.

La lettre par laquelle Julien communiqua ses intentions à « la communauté juive » est une des plus curieuses qu'il ait écrites.

Il commence par annoncer la suppression d’une taxe spéciale sur les Juifs, dont les conseillers de son prédécesseur Constance avaient préparé les rôles, mais qui n'avait pas encore été appliquée. « J'ai trouvé, dit-il, ces rôles dans mes archives, et je les ai jetés au feu. » Ce lui est une occasion de flétrir encore une fois les malheureux conseillers, dont la plupart ont déjà été punis par lui de l'exil ou de la mort. « Vous avez moins à blâmer mon frère Constance que les barbares par l'intelligence et les athées par l’âme qui mangeaient à sa table. Je les ai saisis, et, les ayant jetés dans un gouffre, je les y ai fait périr de telle sorte, qu'il n'est même pas resté parmi nous le souvenir de leur disparition. »

1. Julien, Ep. 25; éd. Hertlein, p. 512. — L'authenticité de cette lettre a été contestée sans raisons sérieuses par Schwarz (De vita el scriptis Juliani imperatoris, p. 27). Franz Cumont la juge écrite, non par Julien, mais sous son inspiration par un secrétaire (Sur l'authenticité de quel- -ques lettres de Julien, p. 20). Elle est citée par les historiens du cinquième siècle, Socrate, III, 10, et Sozomène, V, 22,

S'immiscant alors, en ami, dans les affaires intérieures de la communauté, Julien fait part aux Juifs de ses efforts pour supprimer des abus reprochés par eux à leur patriarche et à ses agents. Depuis la ruine de Jérusalem, les Juifs avaient à leur tête un représentant de leur nation, officiellement reconnu de l’autorité romaine, qui portait le nom de patriarche, et auquel les empereurs accordaient le titre d’ « illustre, » comme aux grands personnages de l’Empire?. Celui-ci abusait quelquefois de son pouvoir pour augmenter le tribut annuel que lui devaient toutes les synagogues de l'Orient et de l'Occident. Il devenait alors, selon l'expression d'un empereur du quatrième siècle, le « pillard de sa nation”, » ou, comme l’a dit saint Jean Chrysostome en termes plus modérés, il se servait de ses prérogatives en commerçant#. La levée des subsides était faite en son nom par des agents que l’on appelait apôtres, et qui étaient envoyés dans les diverses provinces où il y avait des Juifs5. Ceux-là devenaient facilement impopulaires, comme tous les collecteurs d'impôts. Il est probable que, sous le règne de Julien, ils avaient plus fortement pressuré leurs coreligionnaires. Au moins les plaintes paraissent-elles avoir été vives. L'empereur s’empressa d'y prêter l'oreille. IL vit là une excellente occasion de flatter la masse de la population juive aux dépens de dignitaires qu’elle n’aimait pas6. « Voulant, écrit-il, vous

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