‹ julien l'apostatChapitre 96 sur 229 · Théodoret, Hist. eccl., 1IT · texte numérisé non relu

Théodoret, Hist. eccl., 1IT

Leur réponse à ses questions ne fut guère que la confirmation et la reproduction du propos incriminé. « Empereur, lui dirent-ils, nous avons été élevés dans la vraie piété, sous le régime des lois excellentes portées par Constantin et ses fils; nous déplorons aujourd’hui de voir que tout est rempli par toi d’abomination, au point que ce qu'on mange et ce qu’on boit est souilié par l’impureté des sacrifices. C’est là ce dont nous nous sommes plaints, et ce dont nous gémissons aujourd’hui devant toi, car c’est la seule chose que nous ayons à blâmer dans ton gouvernement !. » Ce langage indépendant n’était pas pour satisfaire Julien : avant même d’avoir instruit le procès, il prononca contre les deux soldats la peine de la confiscation. Leurs biens furent vendus aux enchères, et eux-mêmes mis en prison?.

Ils y demeurèrent quelque temps, pendant lequel se poursuivait l'instruction de l'affaire. Mais alors se produisit une manifestation inattendue. On sait que, dans l'antiquité romaine, l'accès des prisons était facile. L'histoire des persécutions à montré les accusés ou les condamnés chrétiens visités par la foule de leurs coreligionnaires?. La coutume était ici plus forte que toutes les consignes. Ce qui s'était vu aux siècles précédents se produisit pour Juventin et Maximin. « Toute la ville, » dit saint Jean Chrysostome, les visita, en dépit des défenses. On priait et l’on chantait avec eux; si bien que,

1. Saint Jean Chrysostome, In SS. Juventinum et Maximinum, 2.

2. Voir Histoire des persécutions pendant les deux premiers siècles, 3e éd., p. 194-195; Histoire des persécutions pendant la première moitié du troisième siècle, 3° éd., p. 111, 349, 350, 411; Les dernières persécutions du troisième siècle, 3° êd., p. 119, 130; La persécution de Dioclélien, 3°ed., t. 7, p.202, 2618 T-e1R p°4108.

« alors que l'église était fermée, c’est la prison qui devenait l'église, »

Si des hommes d’un caractère si ferme, et qu’entourait une telle popularité, pouvaient être déterminés à une apostasie publique, ce serait pour la cause des dieux, pensa Julien, un éclatant succès. Il mit tout en œuvre pour l'obtenir. Des agents secrets recurent l’ordre de se mêler aux visiteurs, et d’essayer de convaincre les deux accusés. « Si vous vous convertissez, leur direntils, non seulement vous apaiserez la colère de l’empereur, mais encore vous obtiendrez un plus haut grade. N'avez-vous pas vu d’autres de votre profession agir ainsi? — C’est là pour nous, répondirent les deux militaires, une raison de plus de résister virilement; il nous faut expier la chute de ceux-ci par notre sacrifice ?. » Les tortures n’eurent pas plus de succès que les promesses et les menaces ÿ.

Vaincu par la résistance courageuse de Juventin et de Maximin, Julien se décida à prononcer leur sentence. Il les condamna à mort. Bien entendu, le jugement fut motivé, non par la profession de foi chrétienne qu'ils avaient faite à plusieurs reprises, mais par l’inculpation « d’avoir prétendu à la tyrannie #, » c’est-à-dire d’avoir conspiré. Comme le remarque ici saint Jean Chrysostome aprèssaint Grégoire de Nazianze f, Julien n'avait rien tant à cœur que d'éviter de faire des martyrs, mais

. Saint Jean Chrysostome, In SS. Juventinum et Maximinum, 2. . Ibid.

. Théodoret, Hist. eccl., 11, 15.

. Saint Jean Chrysostome, Zn SS. Juventinum et Maximinum, 2. . Ibid., 1.

. Saint Grégoire de Nazianze, Oratio IV, 58; Oratio VIT, 11.

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