‹ Julienne, ou, La servante de DieuChapitre 6 sur 11 · M-2 JULIENNE · texte numérisé non relu

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paroles en étaient simples et à la portée de tous; c'étaient presque toujours des élans d'admiration devant les grands aspects de la nature et d'amour envers le Créateur.

Le matin , le soir , et souvent même pendant le calme inspirateur des nuits, la poétique flUe du hameau des Saules élevait la voix et chantait en s'accompagnant sur la guitare de Joachimo. Alors tous les jeux, tous les exercices, toutes les causeries, toutes les distractions des zingari et des Bohèmes ces.saient , et ils venaient , avides et altérés de musique , se coucher nonchalamment autour de Julienne , passant du silence de l'extase aux transports bruyants des applaudissements quand la jeune fille avait touché les cœurs par quelque pensée sublime.

Ces chants n'étaient que de saints préludes. Quand Julienne se taisait , le vieux moine prenait la parole et répandait la semence de la religion dans ces âmes attendries et préparées.

Il n'y avait pas deux mois que la bande nomade avait quitté le vaisseau, qu'elle était déjà moins oisive et moins ignorante; leurs jeux, leurs danses et leurs chants avaient changé de caractère. Peppitta, Joachimo, Pedro, Januaria et plusieurs autres s'agenouillaient maintenant matin et soir, et priaient en commun.

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Une petite paj-saniie, une noble orpheline, un religieux avaient opéré ce miraculeux changement.

Que le noiu de Dieu soit béni!

Pendant que le frère Anselme était à Londres , Julienne et Amélie virent la troupe des gypsies et des Bohèmes s'accroître de beaucoup de nouveaux venus; ils arrivaient par des sentiers détournés et nuitamment, évitant les grandes routes et l'éclat du soleil. Beaucoup d'entre eux venaient de l'Ecosse , d'Irlande et même de Suède et du Danemark. Depuis plus de six mois que Bensam était mort , les navires abordant en Angleterre amenaient pres- 'juetous quelques familles de la grande tribu des -ypsies. Ce surcroît de mouvement parmi ces bandes provenait de la prochaine élection du roi nu du chef de cette nation sans patrie, qui avait pris le titre d'Enfanls de /'espace, de l'air et de kl liberfé.

L'ancien A\aïdda aurait eu des préfets et des ous-préfets , que la notification de sa mort n'eût pas ■lé plus fidèlement transmise par ses fonctionnaires, qu'elle ne le fut par. , . . je ne sais qui , par je ne sais inels moyens. En même temps arrivaient aux gypsies de Londres et des provinces , des villes et les campagnes, des monts et des vallées, la nouvelle officielle de la mort de leur chef et l'assig-na-

tion pour la grande élection de son successeur. Avec nos mœurs à nous les hommes seuls se seraient mis en mouvement pour cette affaire politique , et même on n'y aurait laissé voter que les plus riches; mais les Bohémiens , malgré leur corruption , ne pensent pas que l'or soit tout et que les femmes ne soient rien. Aussi, dans les bandes arrivantes, se voyaient de vieilles matrones et déjeunes filles, des adolescents et de petits enfants; et pour se réunir dans les bruyères d'Holy-Head tous ces groupes nomades avaient traversé la largeur et la longueur de l'Angleterre sans avoir foulé aux pieds la poussière de ses grandes routes et sans avoir couché dans ses hôtelleries.

C'est dans la plus vaste clairière de la forêt de Glenmore , et tout à fait sur la cime décharnée du roc , entouré à distance de sapins séculaires formant un immense cirque, qu'a lieu la solennité sauvage du sacre du roi vagabond. Pour cette pompe, vous le devinez, les apprêts ne pouvaient être ni longs , ni somptueux , ni magîiifiques.

Les jeunes hommes ont nettoyé la vaste clairière; ils en ont arraché les épines et les ronces , pour que la grande ronde puisse s'y former tans obstacle et que dans la chaîne du peuple , indistinctement composée de vieillards , de femmes , de garçons et

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SATJVACE DU SACRS DU ROI VAGABOND

de filles , d'hommes dans la force de l'âge et de petits enfants, il n'y ait pas d'espaces vides. Cette chaîne est triple , et quand elle est rompue , c'est signe de malheur.

C'est sur le roc nu et grisâtre qui s'élève audessus de la bruyère que l'élu ira s'asseoir comme sur un trône , quand il aura été reconnu digne du commandement.

Qui interrogera les candidats à la royauté nomade 1

Ces trois vieillards assis à la base du rocher.

Ils ont été choisis par toutes les tribus, comme les plus capables, les plus experts. Si ce n'était leur grand âge , eux aussi pourraient prétendre à devenir waïdda; mais à une nation qui ne s'assied jamais longtemps nulle part il faut un chef agile et dans toute la vigueur de la vie. Un waïdda ne doit pas mourir dans son lit ; aussi la plupart sont-ils lancés dans Vèiernitè du haut d'une potence.

Ceux que les voix du plus grand nombre désignent comme pouvant aspirer au suprême pouvoir ^ iendront révéler leur vie aux vieux juges , habiles en déceptions, en tricheries, en vols adroits, en j)erfides vengeances , en tours cruels , en félonies , toutes choses que notre société chrétienne repousse,

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condamne et punit, mais que les gypsies mettent à la place de la probité et de la inorale , et souhaitent à leurs enfants comme les premières qualités pour faire leur chemin.

En attendant que les votes commencent , voyezvous ces jeunes filles avec leurs grands yeux noirs et leurs cheveux lisses et flottants, leurs lèvres entr'ouvertes et laissant voir des dents étincelantes de blancheur ; leur cou , leur bras , leurs jambes , leurs pieds sont nus. Voyez -les danser : elles courbent à peine sous leurs pas légers les fleurs de pourpre de la bruyère.

C'est sans doute après avoir vu une de ces rondes bohémiennes, qu'un compositeur de nos jours aura inventé son galop infernal , galop digne de ce nom par le délire, le vertige, la folie qu'il donne à ceux qui s'y livrent. Ecoutez cette bizarre musique. Je ne sais si elle est savante ; mais elle enivre , étourdit , entraîne et enlève. Des clairons , des guitares , de petites harpes galloises , des flûtes de Pan , des fifres aigus , des tambourins à grelots , des cornemuses , des bag-pipes et des cimbales résonnant comme des tam-tam, composent un ensemble qui ne manque pas de grandiose et qui agit puissamment sur ceux qui l'entendent...

Regardez, regardez comme le délire gagne et

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s'étend: la jeunesse tourne, tourbillonne en jetant au ciel des paroles et des refreins qu'emporte la brise de la nuit, et voilà maintenant jusqu'aux vieillards qui hochent de la tête et qui battent des mains.

Chaque famille a son gobelet d'argent qu'elle a volé à quelque chrétien; il passe demain en main. Les femmes , les adolescents y boivent tour à tour ; c'est cependant du brandy , de l'eau-de-vie , de l'essence de feu, qu'on leur a versé. Mais les gvpsies disent : " Une ivresse complète , c'est la mort de l'âme; une demi-ivresse, c'est l'inspiration de l'esprit, et pour les grandes affaires du monde il faut s'inspirer. -

Les danses ont cessé; et un clairon qui avait appartenu au dernier waïdda , et qui appartiendra à celui qui va être nommé , est remis par un des trois vieillards à un jeune brigand qui sonne par trois fois l'ouverture de la séance d'élection.

A ce son retentissant les hommes, qui vont se révéler aux juges s'avancent vers le trône de rocher.

Un d'entre eux, presque aussi beau que Joachimo, et qui, sitôt après les danses, était venu s'étendre sur la mousse rase qui croît sous les grands arbres, voulut se lever; la femme placée à ses côtés le retint

en lui disant : " Adonaï, est-ce que tu veux être waïdda?

— Depuis que je me connais , tout ce que j'ai fait l'a été dans ce but.

— Mais, pour juger si tu mérites ce poste, ils vont te demander tout ce que tu as fait.

— Je le sais.

— Et le diras-tu l

— Oui!

— Quoi! tu révéleras tout?

— Mon devoir est de ne rien cacher. Je dirai tout!

— Oh ! tu ne diras pas le désespoir de ma mère ; tu ne diras pas les malédictions de mon vieux père, quand l'un et l'autre ont appris comment tu avais abusé de leur hospitalité. Adonaï, Adonaï, ah! je t'en conjure, ne parle pas de chez nous! »

Disant ces mots, la pauvre jeune femme était tombée à genoux pleurant et sanglotant , et cherchant à retenir le Bohême. Le clairon retentit une seconde fois. Alors le jeune homme, la repoussant rudement , la jeta contre un tronc d'arbre. . . La tête de la malheureuse alla frapper la pointe d'une branche cassée. Le sang jaillit... la douleur lui arracha un cri aigu; mais Adonaï n'y fit aucune attention , et marcha vers les trois juges sans détourner la tête.

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Entourée d'étoiles comme mie reine au milieu de sa cour , la lune resplendissait alors sur l'azur foncé du ciel , et sa lueur tranquille contrastait fortement avec l'agitation de l'assemblée. Le centre du cercle, la pierre qui devait servir de trône , était blanc sous la lumière de l'astre des nuits. On vit à cet instant des hommes traverser cette partie éclairée ; c'étaient les candidats, ceux qui ambitionnaient le bâton noir du waïdda. A cette vue, le silence remplaça le murmure confus qui S'élevait de la multitude ; silence si grand, si profond, qu'on pouvait entendre audessus de toutes les têtes bruire les feuilles que le vent agitait.

Quand les aspirants à la royauté des Enfants de l'espace furent arrivés près des trois vieillards , le doyen des juges, élevant la voix, les invita à révéler ce qu'ils avaient fait pour mériter la puissance , " et cette fois , ajouta l'ancien des Bohèmes, renonce/ à mentir , car le peuple est là qui vous a vus , qui vous connaît et qui vous jugera. ••

Nous ne redirons point les titres que plusieurs de ces hommes révélèrent pour obtenir le commandement des hordes vagabondes ; titres appuyés sur le vice et le crime , racontés et énumérés à la face de tous par le cynisme et l'impudeur. Ce seraient de longues et honteuses histoires à répéter que celles

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qu'entendirent, dans cette nuit, les vieux arbfes de la forêt de Glenmore. D'autres pages que les miennes les recueilleront peut-être ; noais moi je ne les transcrirai pas ; car c'étaient la hideuse morale de la ruse et de la fausseté , les affreux principes de la cupidité et de l'intérêt , de l'avarice et du crime, mis en action.

Plusieurs des brigands qui croyaient avoir droit à remporter le prix promis à toutes ces mauvaises passion i , furent tour à tour entendus par les vieillards ; et comme nul ne s'était montré , dans sa vie et dans ses révélations , aussi faux, aussi adroit, aussi habile en mensonges et en tromperies, aussi h^^ocrite, aussi ingrat, aussi criminel qu'Adonaï, ce fut à lui que les juges remirent le bâton du pouvoir , qui depuis la mort de Bensam était resté caché dans une des cavernes de cette nation de voleurs.

Quand cet insigne de la puissance eut été remis aux mains d' Adonaï , la foule poussa de telles acclamations; les fifres, les tambours à grelots , les cornemuses , les harpes galloises et les clairons , unissant, confondant tous leurs rudes accords, firent monter dans les airs une si bruyante harmonie , que tous les corbeaux, toutes les corneilles de la forêt, perchés sur la cime des arbres, s' envolèrent en croassant, et (]uc sur la montagne de Glenmore,

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depuis sa base jusqu'à sa crête , toute créature vivante s'éveilla; le renard dans son terrier , le grillon sous l'herbe, le hibou dans le creux du rocher, le petit oiseau dans son nid de mousse.

Le nouvel élu venait d'être invité par les juges à prendre place sur un brancard formé de branches d'arbres et recouvert d'un manteau brun ; à cette draperie trop sombre, pour l'égayer et l'enjoliver, les femmes avaient attaché des rubans rouges et des fleurs sauvages. C'était là toute la pompe de l'intronisation du chef des gypsies, des zingari , des gitani et des Bohémiens.

Adonaï, recevant au pied des autels du vrai Dieu une vraie couronne, n'aurait pas été plus fier, plus palpitant de joie qu'il ne l'était sur ce pavois improvisé. Dans son amour effréné d'indépendance, il se répétait au dedans de lui : " Je n'obéirai plus , je commanderai aux autres , " et cette idée faisait jaillir de ses yeux un orgueil sans pareil , un orgueil qui ne pouvait être comparé qu'à celui de Satan quand il commande aux démons de l'abîme.

Comme pour accroître l'exaltation et la superbe du nouveau chef, des chœurs de jeunes hommes et de jeunes femmes chantaient autour de lui des refrains que les gypsies ont appris de leurs devanciers et qu'ils enseigneront à leurs enfants.

Roi de la nuit, enfant de l'ombre, tu as reçu le bâton noir du waïdda, et nous, qui ne voulons obéir a aucune puissance, nous allons l'obéir. Roi de la nuit, enfant de l'ombre, marche avec la ruse, l'adresse et la prudence; marche toujours.

Nous t'avons choisi jeune, robuste et agile, pour que tu trompes mieux ceux qui veulent dompter l'homme et lui donner un frein. Ton bras est fort, marche pour briser les fers; ton àrae est rusée, marche pour tromper nos ennemis.

Roi de la nuit , enfant de l'ombre , marche avec la ruse , l'adresse et la prudence; marche toujours.

ils ont mis des rois sur les Irùnes, des magistrats dans les villes, des juges dans les tribunaux, des geôliers aux guichets des prisons et des exécuteurs sur les échafauds; ils ont créé tous ces tyranniques pouvoirs pour rendre l'homme esclave ; mais toi , nouvel élu , nous t'avons choisi pour lutter contre tous ces ennemis.

Roi de la nuit, enfant de l'ombre , marche avec la ruse, l'adresse et la prudence; marche toujours.

Le soleil est k eux ; mais la nuit est k nous; et la nuit est la mère des grandes choses; elle prête des ombres k ceux qui cherchent la délivrance et l'affranchissement; l'affrancliissoment et la délivrance nous arriveront enfin,

et alors le soleil sera aussi h nous. En attendant, soyons rusés comme les renards; plus lard nous serons terribles comme les lions.

Roi de la nuit , enfant de l'ombre , marche avec la ruse , l'adresse et la prudence; marche, marche toujours.

Pendant ce chant sauvage, le cortège s'en allait par la forêt. Sa marche sous les grands arbres était éclairée par des branches de sapin que les gypsies avaient embrasées, et qu'elles prenaient plaisir à agiter pour raviver leurs lueurs , faire jaillir leurs étincelles et faire jouer leurs longues chevelures de flammes.

En passant près d'un arbre que la foudre avait brisé, Adonaï, du haut de son brancard, aperçut une femme gisante, et, dans sa joie de triomphe et d'orgueil, son cœur se serra tout à coup. Cette femme c'était Jariy , celle qui avait voulu l'empêcher d'aller révéler sa vie aux trois juges , la malheureuse qu'il avait repoussée et frappée.

" Arrêtez ! cria-t-il aux hommes qui le portaient, arrêtez ! "

Sa voix avait déjà l'accent de la puissance et du commandement; ses nouveaux sujets obéirent, et Adonaï, descendu du brancard, était déjà auprès de celle qu'il avait enlevée à sa faniille.

Mais la pauvre jeune fille avait perdu tant de sang qu'elle était déjà glacée, sans connaissance et sans mouvement. Toute pâle, tout inanimée qu'elle était , Adonaï la prit dans ses bras et la plaça sur le brancard; puis d'un bond il s'y élança et s'assit auprès d'elle ; car il fallait que la marche triomphale fît trois fois le tour de l'enceinte de l'élection.

De ce moment tout l'aspect du cortège changea. Ce corps sans mouvement sur lequel le jeune et nouveau waïdda se penchait , donnait à la procession quelque chose de funèbre ; et les vieilles gypsies , en secouant la tête , se disaient entre elles : " C'est comme si la mort était venue à la fête ; Adonaï ne sera pas heureux ! "

La lune baissait à l'horizon , les étoiles s'éteignaient au firmament , quand les solennités de l'intronisation finirent.

Jany avait enfin recouvré un peu de force «et de raison; et quand, en revenant à elle, elle se vit seule auprès d' Adonaï, le silence était rendu aux solitudes de la forêt; les bruits de la fête s'y étaient assoupis , et tous les enfants de la tribu nomade , après leurs jeux, leurs danses et leurs copieuses libations de brandy et de givre, étaient allés se livrer au sommeil.

Le frère Anselme avait hâté son départ pour

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Londres, afin de se sauver de l'obligation qu'on aurait voulu lui imposer d'assister à l'élection du waïdda ; mais ni Amélie ni Julienne ne purent s'y soustraire. Joachimo et Peppitta leur dirent : " Nous sommes maintenant dans votre secret, et pour que votre influence s'accroisse, ainsi que vous le voulez, sur les malheureuses tribus auxquelles vous êtes liées pour quelque temps encore , il faut que vous fassiez acte d'apparition à ce que nos camarades appellent leur grande journée. "

Mab Cunning, qui commençait à prêter l'oreille et à ouvrir son intelligence et son cœur aux pieuses instructions de Julienne, l'avait aussi instamment suppliée de venir avec elle à la forêt de Glenmore.

Toute bizarre et sauvage que fut la solennité de l'élection du waïdda , elle donna des distractions à la profonde douleur de l'orpheline, et fournit à la poétique fille du hameau des Saules de graves sujets d'observation. Les deux amies surtout furent vivement émues des mauvais traitements exercés par Adonaï sur cette pauvre femme qu'elles virent porter quelques instants après, toute meurtrie et tout ensanglantée , sur le pavois du triomphe. Aussi , quand tout fut rentre dans le calme , Julienne et Amélie prièrent la veuve de Bensam d'inviter

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Jany à venir à sa cabane passer des veillées avec elles; et, on le devine, cette invitation avait un double but, de secourir sa douleur et de consoler son âme.

Mab Cunning, répondant au désir des deux jeunes filles , leur dit :

" Dans la troupe Jany est surnommée la belle pleureuse; depuis qu'elle y a été amenée, aucun de nous ne l'a vue sourire. D'après nos statuts et nos règlements (car il y en a ici comme dans la société où vous avez vécu) , il faut que chaque membre de la bande s'utilise et fasse quelque chose qui rapporte à la caisse commune. Jany a une belle voix; elle est très-bonne musicienne. Le chef avait donc ordonné qu'elle chantât aux foires, aux marchés , aux fêtes des villes ou villages que nous traversions; car, sa beauté et ses doux accents attirant la foule autour d'elle , il y avait des bonnes aventures à dire, de l'espérance à vendre, et de l'argent à gagner. Mais la pauvre femme, se souvenant trop de la maison paternelle et de la manière dont elle en avait été arrachée , ne pouvait jamais aller jusqu'au second couplet de la chanson commencée ; ses larmes lui retombaient sur le cœur , et les sanglots étouffaient sa voix. Le Juif Adonaï la battait alors , lui reprochant de manger le pain des Enfants de

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