‹ Jurisprudence de la médecineChapitre 16 sur 146 · PREMIÈRE ET DEUXIEME QUESTION · texte numérisé non relu

PREMIÈRE ET DEUXIEME QUESTION

« Il existe sur le front de M...., à la partie supérieure et droite du coronal, près la bosse frontale, une plaie longitudinale, se dirigeant un peu obliquement de haut en bas et de gauche à droite. Cette plaie, d'un pouce de long, partant de la naissance du cuir chevelu et se terminant à environ deux pouces au-dessus de l'arcade surcilière, n'intéresse que les tégumens et n'a pas dû les diviser bien avant, puisque, lors de notre visite, elle était déjà presque entièrement cicatrisée.

«Le chapeau, surtout son bord, est d'un feutre extrêmement mou et n'ayant aucune résistance; il présente une coupure de la longueur de deux pouces onze lignes , partant un peu au-dessus du cordon qui entoure le chapeau, divisant sur la longueur d'un pouce le cuir placé intérieurement, et divisant aussi le feutre jusqu'à l'extrémité du bord , de manière que la division de ce dernier est complète; sa coupure, qui vient d'être décrite, est oblique et se dirige de droite à gauche; le cordon qui entoure le chapeau présente une déchirure plutôt qu'une coupure dans le sens de sa largeur, et qui ne le divise qu'aux deux tiers à-peu-près. Lorsque le chapeau nous a été présenté la première fois, cette division du cordon était située à environ deux pouces à gauche de la coupure du bord, et nous ne nous rappelons pas si c'est nous ou M.... qui en faisant tourner le cordon, en avons placé ce point de manière à ce qu'il fût en rapport avec la coupure du feutre. Cette circonstance n'est pas d'ailleurs très importante, puisque le cordon, n'étant pas arrêté et n'étant pas non plus très serré, peut être tourné à volonté.

« La coupure du bonnet a deux pouces cinq lignes de

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long, elle ne nous paraît pas aussi nette que celle que produit un coup de sabre; elle n'est que peu ensanglantée, et du côté gauche de la coupure seulement.

« Le foulard ou mouchoir de soie est coupé très irrégulièrement, et dans une étendue assez considérable. La distance qui existe entre cette coupure et l'extrémité du mouchoir la plus rapprochée est de quinze pouces.

«M...., invité à placer sur sa tête le foulard, le bonnet et le chapeau tels qu'ils étaient dans le nuit du 16 au 27 décembre, y a procédé devant nous; mais il n'a pu parvenir à disposer le foulard tel qu'il était lorsque le coup de sabre, selon ce que nous a dit M...., a divisé le nœud de ce foulard. Il a placé le chapeau en arrière, de sorte que le bord ou la visière ne couvrait pas le front; cela était, en effet, impossible, attendu que la forme du chapeau n'était pas assez] large pour que la tête, couverte d'un foulard et d'un bonnet, ait pu y entrer comme elle entre ordinairement dans un chapeau fait pour la personne qui le pOTte.

« Les détails que nous venons d'exposer nous ont fourni les réflexions suivantes:

« i°On remarque un défaut de rapport entre la coupure du chapeau et la blessure au front; la première se dirige de droite à gauche, et l'autre de gauche à droite.

« i° On conçoit difficilement qu'un coup de sabre donné avec assez de force pour diviser le feutre d'un chapeau, un bonnet de coton et le nœud d'un mouchoir de soie placé soit dessus, soit dessous le bonnet, n'ait produit qu'une plaie superficielle et très légère à la peau.

« 3° On ne conçoit pas davantage, que soit le pourtour du fond du chapeau, soit la face de M...., ne présentent aucune trace de lésion; car, de deux choses l'une, ou le coup de sabre a été porté avec la portion delà lame la plus rapprochée de la garde, et alors le bord supérieur,

c'est-à-tlireje pourtour du fond du chapeau aurait dû être au moins entamé, ou bien le coup a été porté avec la portion de la lame la plus rapprochée de la pointe, et dans ce cas, on conçoit d'autant moins que l'œil et la joue n'aient pas été blessés, que la visière est d'une mollesse extrême, et que le plus léger effort aurait dû suffire pour la faire ployer et l'appliquer, la coller pour ainsi dire, sur la peau du front. Si le chapeau était placé en arrière, ainsi que le prétend M.... , comment, à plus forte raison, la face tout-à-fait découverte a-t-elle pu être garantie d'un si violent coup de sabre qui, d'ailleurs, et toujours dans la même supposition, aurait dû produire une blessure beaucoup plus profonde? Enfin si l'on objecte que le coup de sabre aurait pu être donné au moment où celui qui l'aurait reçu aurait, pour l'éviter, reculé et renversé la tête en arrière, de sorte que la pointe ou l'extrémité aurait seulement atteint le front, on ne voit pas comment cette pointe ou extrémité aura^pu diviser le feutre, le bonnet et le nœud du foulard.

« 4e H résulte de l'état du cordon du chapeau qu'il n'a pas été ou qu'il n'a été divisé qu'incomplètement par l'instrument tranchant, bien que le feutre et le cuir situés sous ce cordon et au-delà, l'aient été complètement; que l'entaille du cuir et du feutre a dû être faite de dedans en dehors, en entendant par le dedans le côté intérieur du chapeau , celui qui touche la tête ou le front, de sorte que si l'on veut admettre que le coup de sabre ait été donné, le chapeau étant placé sur la tête, ce coup aurait dû nécessairement avoir été porté de bas en haut et non de haut en bas. Or, dans cette supposition, qui n'est guère soutenable, il aurait fait voler le chapeau delà tête et n'aurait pu couper le noeud du foulard.

« 5° On ne peut tirer aucune conséquence positive de l'état du bonnet et du foulard, attendu que l'irrégularité

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des coupures qu'on y remarquait a pu dépendre des plis que formaient ces objets; seulement il est bon de faire observer que la coupure du foulard se trouvant à quinze pouces de son extrémité la plus rapprochée , on ne peut s'expliquer comment cette coupure se trouve si éloignée des extrémités, ou, pour employer l'expression technique, se trouve si éloignée des coins du foulard qui sont tout-à-fait intacts.

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