EN FAVEUR DES MÉDECINS
faites aux médecins, chirurgiens et apothicaires; de plus Lirot était hôte du défunt : ces deux qualités l'avaient réduit en sa dépendance, et en état de ne pouvoir lui refuser aucune chose, en sorte qu'il lui aurait été facile de suggérer au défunt le testament et codicille dont est question, et après sa mort, ayant tous ses effets en sa possession, d'en divertir la meilleure partie. — Ces moyens nous paraissent peu considérables , les médecins, les chirurgiens et apothicaires n'ayant jamais été jugés, par les arrêts, incapables de recevoir des legs, lorsqu'il s'est rencontré d'autres causes que leur art seul, qui les pouvaient avoir mérités comme en l'espèce qui se présente, où il est constant et justifié que le défunt et Lirot ont vécu ensemble pendant plusieurs années avec une civilité et une confiance tout entière. La qualité d'hôte, loin de faire préjudice à Lirot , rend au contraire la donation plus favorable et la justifie. Encore que ce ne soit pas le lieu d'examiner présentement ce qui peut résulter de l'enquête d'examen à futur, néanmoins, nous n'avons pas laissé de la voir, et la preuve de la suggestion se trouve fort légère : le testateur a survécu près de deux mois après le testament, et il l'a confirmé et expliqué par son codicille.... »
Le recueil de Soefve contient un autre arrêt, du i4 mars 1668, qui confirme un testament fait par un médecin au profit de son chirurgien qui ie soignait depuis vingt à vingt-cinq ans. Ce qu'il y avait de particulier en cette cause, et ce qui peut avoir servi de fondement à l'arrêt, était que le testateur n'était pas décédé de la maladie pendant laquelle il avait fait le testament, mais qu'il avait vécu depuis pendant deux ou trois ans, sans le révoquer, comme il l'aurait fait, si cette disposition eût été l'effet de quelque impression produite par le chirurgien sur son esprit.
2 56 DONATIONS ET TESTAMÈNS
L'affaire suivante présente un vif intérêt.
La dame le Gay de Ramecourt, veuve du sieur de Servins des Avesnes, gentilhomme d'une noblesse fort ancienne en Artois, fut, à l'âge de cinquante ans, attaquée d'un cancer. Les gens de l'art les plus habiles, et de la province et de la capitale, furent consultés sur la nature de ce mal. Le célèbre Louis décida qu'il tenait à un vice du sang qu'il fallait guérir, et que l'opération ne produirait aucun effet.
Le régiment de Condé était alors en garnison à Arras. Le sieur Raymondon, attaché à la suite de ce régiment en qualité de chirurgien, fut vanté par plusieurs officiers de ce régiment qui étaient reçus chez la dame de Servins.
Elle le fit appeler; le sieur Raymondon la flatta d'une guérison absolue, si ede se laissait opérer. La dame de Servins s'y détermina , il lui fit l'opération avec un succès apparent. La plaie se cicatrisa, mais le vice interne subsistait. Le sieur Raymondon ne sut pas le déraciner; peut-être n'était-il pas possible d'y réussir. La dame de Servins n'eut, depuis cette dernière opération, qu'une santé languissante et mauvaise : toujours obligée de faire des remèdes et de suivre un traitement , son chirurgien lui devint de jour en jour plus intéressant et plus nécessaire. %
Le sieur Raymondon profita rapidement de ces circonstances. Le 12 avril 1777, il fut passé entre lui et la dame de Servins un contrat de mariage par lequel il Se faisait donner la propriété de tous les meubles et effets mobiliers de celle-ci, avec une pension viagère de 2,000 livres, à prendre sur ses autres biens.
Les parens collatéraux de la dame de Servins formèrent opposition au mariage; et, assignés par elle en main-levée, ils demandèrent qu'elle fût interdite.