CHAPITRE VI
Des officiers de santé.
L'exercice de la médecine comprend en ce moment trois grandes catégories : î° les docteurs en médecine ou en chirurgie; 2° les officiers de santé; 3° les sages-femmes.
Le doctorat est conféré aux élèves qui ont suivi pendant quatre années l'une des écoles de médecine établies en France, et qui ont subi cinq examens et une thèse, dans les formes et sur les sujets indiqués par les lois et réglemens; les officiers de santé sont reçus par des jurys médicaux établis dans le chef-lieu de chaque département, après avoir subi trois examens. Ceux-ci ne sont point obligés d'étudier dans les écoles de médecine : ils peuvent être reçus après avoir été attachés pendant six années, comme élèves, à des docteurs, ou après a voir suivi pendant cinq années consécutives la pratique des hôpitaux civils ou militaires. Une étude de trois années consécutives dans les écoles de médecine , leur tient lieu de la résidence de six années chez les docteurs, ou de cinq années dans les hospices; les sages-femmes sont admises après un examen devant le jury médical du département.
En exceptant les sages-femmes, qui ne font qu'exercer,
sous certaines réserves, l'une des branches de la chirurgie, il existe donc deux ordres de médecins présentant des garanties inégales, puisqu'ils n'ont pas fait les mêmes études, et ayant cependant les mêmes droits en ce qui concerne l'exercice de l'art; car les limites que l'on a voulu y apporter sont illusoires, ainsi que nous l'avons vu au chapitre de la responsabilité. Nous disons deux ordres de médecins, confondant les chirurgiens sous cette dénomination. Aujourd'hui, il n'existe aucune différence entre la chirurgie et la médecine. Le titre de docteur en médecine est même celui généralement pris, même par les chirurgiens qui ont le droit d'exercer la médecine comme les médecins ont celui d'exercer la chirurgie. Toute distinction entre ces deux branches de l'art de guérir est donc anéantie par le fait : elle n'est plus que nominale, et n'est conservée que par une suite de l'habitude.
Depuis leur institution, ou plutôt depuis les nouveaux statuts dontils on tété l'objet, caron les retrouve chez les chirurgiens qui étaient autrefois reçus par les communautés et par les lieutenans du premier chirurgien du roi, les officiers de santé, qui doivent leur dénomination à cette époque où toute la France était sous les armes, et où on recherchait ce titre pour échapper à-la-fois aux persécutions et à la conscription , n'ont cessé de subir tous les dédains du corps médical , d'être frappés d'une déconsidération humiliante, et de soulever de vives clameurs. On a considéré ce grade comme incompatible avec la dignité médicale , comme dangereux pour la société, comme la source du charlatanisme, comme iineùuitile, unecrueïïe exagération des disparités et des privations qyefail peser sur les classes pauvres l'inévitable condition des inégalités sociales. On a donc lieu d'être étonné de trouver cette institution à côté des sages dispositions de la loi pour former des docteurs; et il a fallu sans doute de graves motifs
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pour faire consacrer un état de choses qui présente au premier abord de si grands inconvéniens pour la santé publique. « Il fallait, disent les législateurs qui ont fait la loi, pourvoira une autre nécessité plus pressante peut-être encore que celle de former et de recevoir des docteurs en médecine et en chirurgie. Les soins dus aux habitans des campagnes, le traitement* des maladies légères, celui d'une foule de maux qui , pour céder à des moyens simples, n'en demandent pas moins quelques lumières supérieures à celles du commun des hommes, exigeaient qu'on substituât aux chirurgiens anciennement reçus dans les communautés, des hommes assez éclairés pour ne pas compromettre sans cesse la santé de leurs concitoyens. On propose à cet effet, d'établir dans chaque département un jury chargé de recevoir les jeunes gens que les moyens de leurs parens ne permettraient pas d'entretenir dans des études très dispendieuses, mais qui, par six ans de travaux assidus auprès des docteurs, ou cinq années de résidence dans les hôpitaux civils ou militaires, auront acquis assez de connaissances pratiques, et auront été à portée de faire assez d'applications utiles, pour être devenus capables de soigner les malades, et d'éviter les erreurs funestes que l'ignorance et l'impéritie ne commettent que trop souvent. Il porteront le nom d'officiers de santé. »
C'est donc dans le seul but de procurer aux pauvres et aux habitans des campagnes les secours nécessaires, et ensuite de rendre l'étude de la médecine accessible aux classes peu aisées, que l'on adopta cette disposition.
Mais ces motifs n'étaient pas les seuls qui militaient alors en faveur de ce grade, et de graves circonstances rendaient cette mesure nécessaire.
Une multitude innombrable d'officiers de santéavaient. reflué des armées et couvraient nos campagnes. Les uns
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avaient été gradés par les écoles créées par la loi du 14 frimaire an ni ; d'autres n'étaient porteurs que d'états de services délivrés aux armées, un plus grand nombre avait embrassé la profession de médecin sans titre et sans instruction.
Il fallait remédier à cet état d'anarchie , vérifier tous les titres et en fournir à ceux qui n'en avaient pas. On ne pouvait exiger de la part de ces hommes, dont la plupart avaient rendu des services aux armées ou qui s'étaient établis depuis long -temps, ni un déplacement long et coûteux, ni une instruction bien étendue : on se borna donc à établir un jury médical dans chaque département, où, après un léger examen, on recevait le titre d'officier de santé.
Cette mesure était alors nécessaire, et la loi eût été parfaite si elle se fût bornée à régulariser ce qui existait et à légitimer l'exercice de la médecine chez ceux qui la pratiquaient sans aucun titre; mais elle étendit la prérogative des jurys jusqu'à pouvoir conférer des grades aux jeunes élèves qui n'avaient pas les mêmes titres que les anciens praticiens, et c'est en cela qu'elle fut mauvaise.
Depuis 2.5 ans cette loi peuple nos campagnes de médecins médiocres. Les officiers de santé qui avaient servi dans nos armées y avaient au moins acquis quelque expérience, et plusieurs d'entre eux ont mérité la confiance de leurs concitoyens; mais quelques jeunes gens qui , sans études préliminaires, sans pratique, et souvent sans éducation, sont reçus par lesjurys, deviennent, pour la plupart, le fléau de l'arrondissement qu'ils sont autorisés à exploiter.
Ainsi s'exprimait dans la chambre des pairs M. le comte Chaptal, lors de la discussion qui eut lieu en 1826, à l'occasion d'un projet de loi qui portait la suppression
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des officiers de santé. Et toutefois, cette discussion prouva que la suppression de ce grade n'était pas sans inconvéniens. «Quelque répugnance qu'on éprouve d'abord à penser, disait, dans la même séance, M. le comte de Tournon, que la nombreuse population des campagnes doive livrer sa santé à des sous-docteurs d'une instruction fort incomplète, tandis que les médecins habiles sont réservés à la partie riche de la société, bientôt on est forcé de reconnaître que c'est encore là un des effets de l'inégalité des conditions. La nature des choses le veut ainsi et les lois n'y peuvent rien. De tout temps on a vu les campagnes livrées d'abord aux jongleurs de toute espèce, puis aux chirurgiens-barbiers , qui , après avoir suivi la pratique équivoque de quelques maîtres en chirurgie, venaient dans nos villages manier tour-à-tour le rasoir, la lancette et le peigne. La révolution les remplaça par ces officiers de santé, qui, trouvant sur le champ de bataille d'effroyables moyens d'expérience, avaient fait leur cours de clinique sous le feu des batteries, et en avaient rapporté une habileté pratique qui tourna au profit de nos campagnes. De nouveaux officiers de santé , reçus chaque année par les jurys, vont à leur tour remplir les lacunes dans les villages , tandis que les hommes mieux traités de la fortune , et disposés , par une instruction première, à monter aux honneurs du doctorat, occupent, après avoir été revêtus du bonnet, les postes vacans dans les villes. La division entre le service des cités et celui des campagnes s'opère ainsi naturellement. Ce sont les malades, comme on l'a dit, qui font les médecins; et, pour des malades pauvres et répandus sur de vastes surfaces, il faut des hommes que toutes leurs habitudes aient rendus peu exi * geans des avantages pécuniaires et des douceurs de la vie. C'est d'ailleurs une remarque commune à toutes les professions libres. Quelle que soit l'abondance des habiles
ouvriers en tout genre , eu est-il un seul qui fixe sa résidence dans les plaines stériles ou dans les montagnes glacées de nos provinces ? Il faut donc se résoudre , quoi qu'on fasse , à ne voir dans les campagnes que les médecins qui n'ont pu trouver place dans les villes; et en admettant avec le gouvernement la division des médecins en deux classes, la commission n'a fait que reconnaître une vérité de fait et d'expérience. » — « Jamais, disait encore le ministre de l'intérieur, on ne déterminera les habiles médecins de nos cités à se fixer dans les campagnes, où ils ne trouveraient ni la juste récompense de leurs longs travaux, ni les relations sociales dont une éducation soignée et des connaissances étendues leur ont fait un besoin. D'un autre côté, il y aurait plus que de la hardiesse à priver entièrement les campagnes de ces médecins du second ordre qu'elles possèdent aujourd'hui. Si on les leur retire, l'habitant des villages s'adressera au charlatan. L'animal souffre et se tient coi, l'homme ne se résigne pas à la maladie. Dès qu'il en est atteint , il veut qu'on lui procure la guérison, ou du moins qu'on la lui promette; et plutôt que de ne faire aucun remède, il se fera estropier par le rebouteur ou empoisonner par l'empirique. Laissons donc aux villages ces médecins d'une instruction modeste, qui, s'ils ne guérissent pas toujours, ne risquent pas du moins la vie de leurs malades par des remèdes .hasardés. »
Nous sommes loin d'admettre en tous points les raisonnemens qui précèdent, quelque spécieux qu'ils nous paraissent. Cependant, nous le reconnaissons, les officiers Ae santé ont rendu des services, et s'il est nécessaire de faire disparaître un titre qui ne présente pas à la société des garanties d'instruction suffisantes, il ne faut pas oublier d'un autre côté que, parmi cette classe de médecins, il se trouve un grand nombre de geas instruits, laborieux.
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voués dans les campagnes et dans les villes de peu d'importance à des travaux pénibles et souvent sans profit pour leur fortune et pour leur réputation. Il ne faut pas les accuser surtout de discréditer la profession par leur charlatanisme; car, en général, les officiers de santé des campagnes s'y conduisent bien; le charlatanisme ne se trouve guère que dans les villes; et là, il faut le dire, quelques docteurs l'exploitent tout aussi bien que les officiers de santé. Rappelons-nous ces paroles que prononçait à la Chambre des pairs l'illustre Cuvier à l'occasion du projet dont nous venons de parler.
« On a dit que les écoles secondaires produisaient des demi - médecins pour soigner les demi-malades des campagnes. Le mot est plaisant ; mais l'idée en est plus juste que ne le croyait celui qui Fa proféré, et nous acceptons la proposition dans son intégralité. Nos élèves n'auront ni le savoir varié, ni le langage spirituel et élégant des docteurs des villes; ils ne traiteront pas ces maladies fugaces, multiformes des riches, les maux de nerfs de femmes délicates, ni cette souffrance des hommes disgraciés qu'un ministre philosophe appelait l'ambition rentrée; mais ils n'auront pas besoin de les traiter; elles ne se présenteront point à eux; ce seront des hommes modestes ; parlant le langage de ceux à qui ils auront à porter des secours ; ayant une pratique solide , sachant distinguer les maladies simples , qui sont ordinaires aux gens de la campagne, et y appliquer à l'instant les remèdes simples qui leur conviennent; car même pour les maladies chroniques, on aura le temps de réclamer les conseils des médecins de la ville. La médecine est comme les autres sciences ; il n'est pas nécessaire que tous ceux qui l'appliquent en possèdent scientifiquement l'ensemble et les principes, et pour remettre une jambe, pour saigner à propos dans une pleurésie, il
n'est pas plus nécessaire d'être un Haller ou un Boerhaave, qu'il ne faut être un Archimède pour arpenter un champ , ou un Newton pour calculer un alnianach.
« Mais , messieurs, c'est ne rien dire que d'affirmer que ces médecins d'un ordre secondaire ne laisseront pas que d'être utiles ; une chose non moins certaine , c'est qu'ils sont indispensables, qu'il l'ont toujours été, qu'ils le seront toujours; en sorte que quelques bornes que puisse avoir leur utilité, encore faut -il en tirer parti, ou condamner le peuple à se jeter dans les bras des plus misérables charlatans. On vous a représenté les officiers de santé comme une invention révolutionnaire. Le nom est nouveau, il avait été imaginé par cette manie d'égalité qui ne roulait pas même de distinction entre le savoir et l'ignorance, mais la chose n'est pas nouvelle. Il existait de ces médecins sous le titre de chirurgiens , de maîtres en chirurgie, et de barbiers; ils se formaient dans des écoles infiniment plus nombreuses que celles que l'on nous reproche de vouloir conserver; les grandes villes possédaient des collèges royaux de chirurgie pourvus chacun de cinq ou six professeurs; une communauté de chirurgiens était établie dans toutes les villes qui avaient un évêché, un bailliage ou une sénéchaussée, et chacune de ces communautés était tenue de nommer trois ou quatre de ses maîtres pour faire des leçons aux apprentis. Ainsi la France avait dans l'ancien régime plus de deux cents écoles secondaires, et des écoles qui n'enseignaient que la chirurgie, quoique les élèves qui en sortaient fussent continuellement obligés de pratiquer la médecine. Or , chacun se souvient que c'étaient ces petits chirurgiens qui peuplaient seuls les campagnes; ils ne valaient pas, à beaucoup près, les bons officiers de santé d'aujourd'hui , qui au moins ont eu des leçons sur la. médecine interne; ceux que
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nous voulons former leur seront bien supérieurs encore , puisqu'ils auront été tenus de pratiquer ces leçons au lit des malades.
« S'il avait été possible que des docteurs en médecine se fixassent dans les bourgs et dans les villages, les moyens d'en former ne manquaient certainement pas. Votre noble rapporteur vous l'a dit : « quinze facultés de médecine sur dix - huit offraient le bonnet de docteur à bon marché, et plusieurs l'offraient à bon marché dans tous les sens ; rien n'était plus facile que leurs examinateurs. Pourquoi donc ne s'y présentait - on pas? pourquoi , deux ou trois exceptées , étaient-elles désertes? par les mêmes raisons qui rendraient désertes celles que l'on voudrait ériger aujourd'hui.
« La commission vous a fait un tableau éloquent de l'élévation et de l'étendue de l'art de la médecine. Nous applaudissons de bon cœur à tout ce qu'elle en a dit; nous enchéririons encore sur elle s'il était possible : rien ne nous paraît plus admirable qu'un médecin qui serait ce qu'il devrait être. Un vrai médecin est un homme qui, préparé par des études sévères dans les lettres et dans les sciences , possédant les langues anciennes , et les auteurs classiques , a approfondi les deux plus grands problèmes de la nature, le cœur et le corps de l'homme; il doit s'élever à toutes les hauteurs de la métaphysique, à ce qu'elle a de plus incompréhensible , l'union de l'âme et du corps. Il doit connaître tous les replis , toutes les bizarreries du cœur; il doit savoir compatir à ses faiblesses, en deviner les secrets et les garder; dans la partie purement physique de ses travaux, il embrasse encore la science la plus compliquée de toutes ; celle à laquelle la plus longue vie suffirait à peine ; celle de tous ces innombrables ressorts qui agissent et réagissent dans le corps animé, des rapports qui les unis-
sent, des causes qui président à leur action, qui l'affaiblissent ou l'exaltent outre mesure ; il faut enfin qu'il soit chimiste , naturaliste , physicien. On est véritablement effrayé de tout ce qu'un vrai médecin doit savoir, du temps, des efforts qu'il doit consacrer à son objet; et l'on n'est pas moins en admiration devant le courage de ceux qui entrent dans cette carrière , que devant le génie et le talent de ceux qui parviennent à y réussir.
« Maintenant, messieurs, est-il naturel d'espérer qu'un homme élevé à ce degré au- dessus de ses semblables, qu'un homme qui trouve à peine dans la société la plus distinguée, à converser, à placer ses idées, veuille se confiner à la campagne, au milieu d'êtres hors d'état de comprendre son langage, réduit à vivre avec lui seul, loin de tout ce qui avait fait le charme et le bonheur de sa jeunesse? n'est -il pas tout simple, au contraire, qu'il aime mieux végéter dans une ville où il peut du moins occuper son esprit, que de s'établir dans une campagne où il n'aurait que quelques avantages lucratifs?
« Mais, encore, messieurs, ces avantages quels seraientils? Et ici je dois entrer dans des considérations qui, pour être moins nobles, n'en sont pas moins légitimes. Les avances considérables qu'un docteur est obligé de faire pendant douze ou quinze ans, au moins, que doivent nécessairement durer ses études littéraires et scientifiques, son séjour dans une grande ville, les frais de ses inscriptions, de ses examens, des cours particuliers qu'il est toujours obligé de suivre pour suppléer à ces improvisations éloquentes tant vantées, mais si peu utiles pour une instruction solide, ces avances ^ disons - nous, trouveront - elles la juste compensation qui leur est due dans les misérables rétributions que peuvent lui offrir les ouvriers des campagnes?
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« La commission reconnaît elle-même que l'on ne peut espérer de donner des docteurs aux campagnes, puisqu'elle propose d'établir une classe de médecins secondaires qu'elle nomme licenciés. Que seraient ces licenciés, qui n'auraient ni l'instruction littéraire, ni l'instruction scientifique préalable , sinon les officiers de santé? Le nom ne change pas la chose. »
Comme on le voit, la question des officiers de santé est une question grave, du plus haut intérêt; et, dans ce moment, où elle est mise de nouveau à l'ordre du jour, il nous a paru opportun de reproduire quelques-uns des discours les plus remarquables qui ont été prononcés dans la Chambre des pairs lorsqu'elle fut agitée; ils sont de nature à jeter une vive lumière sur cet important sujet.
Quels que soient cependant les motifs que l'on a pu faire valoir en faveur des officiers de santé , nous appelons de tous nos vœux le moment où leur suppression pourra être prononcée. Mais ce n'est qu'en relevant l'exercice de la médeeine par des institutions en harmonie avec les progrès de la science et les besoins de la société qu'on pourra espérer d'avoir des hommes instruits dans les campagnes , où ils sont peut-être plus nécessaires que partouta illeurs. Danslp«vil|ps, il triste de* pharmaciens éclairés et surveillés; le médecin peut s'en rapporter à eux sur la bonté des remèdes et la fidélité des préparations; dans les villes, le médecin peut appeler des chirurgiens pour exécuter des opérations , s'éclairer auprès de ses collègues; mais dans les campagnes, il se trouve livré à lui-même, dépourvu de tout conseil, de tout secours étranger; il y est souvent à-la- fois, médecin, chirurgien, pharmacien et herboriste, etse voit entouré des charlatans et des empiriques qui inondent les communes rurales et les infectent de leur médecine ambulante. Aussi on ne
peut le dissimuler , le temps seul pourra vaincre la répugnance que la plupart des médecins éprouvent à s'isoler dans les campagnes, au milieu de populations ignorantes et misérables; là se trouve t une insurmontable difficulté.
En théorie, les perfections législatives sont faciles, mais il faut prévoir aussi les chances de l'exécution. Certes , il faut envoyer des docteurs dans les campagnes, qui représentent 20 millions d'individus, dont la plupart sont privés des secours de la médecine; mais il faut aussi qu'ils puissent y trouver quelques compensations, qu'il leur soit facile d'y cultiver la science; car quelle peut être la coirdition d'un docteur en médecine dans une localité où il manque de tout, même de l'avantage de converser avec quelques personnes instruites? que deviendra un jeune médecin dans le fond de la Bretagne, par exemple, obligé de se suffire à lui-même, privé de tout appui, de tout conseil, n'ayant à sa disposition, ni bibliothèque, ni pharmacie, ni cabinet anatomique? Eclairez donc nos campages, etablissez-y des conseils d'instruction et de civilisation, des hôpitaux, des maisons de charité, faites que leur séjour puisse offrir quelque attrait à l'homme éclairé qui voudra s'y fixer, fondez -y des institutions fortes et libérales; instituez dans chaque département des conseils de salubrité ayant des correspondans dans les communes rurales, dont l'hygiène et la salubrité sont dans un déplorable état d'abandon. Les médecins qui y seront établis, auront au moins l'occasion de s'y faire connaître; ils s'y trouveront en rapport avec les hommes distingués du département; ils auront un nouveau but à leurs travaux, et pourront entrevoir l'espérance de voir attacher à leurs fonctions une honorable compensation. Alors seulement vous pourrez espérer d'y attirer des médecins; mais
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jusque-là nous craignons bien que tous nos raisonnemens ne soient en pure perte, et que les campagnes attendent encore long-temps l'homme vraiment instruit, dont la présence y devient cependant de jour en jour plus nécessaire. On propose en ce moment la création de médecins cantonnaux , qui seraient établis dans les communes rurales , et qui recevraient un traitement fixé d'après l'importance des communes. Sans contredit, cette innovation, malgré les difficultés qu'elle présente, permettrait de supprimer les officiers de santé. Nous pensons qu'elle produirait les plus heureux résultats , en assurant aux localités qui en sont privées les secours de la médecine, et en appelant sur tous les points de la France des hommes probes et éclairés.