La question de l'assistance aux indigents soulève des
Problèmes fort intéressants. Le droit à l'assistance est très iscuté : c'est, disent les uns, un encouragement à l'imprévoyance et à la multiplication du nombre des indigents, au détriment de ceux sur qui pèsent les frais de leur entretien; c'est, répondent les autres, une dette pour la société de secourir ceux qui sont trop faibles pour se suffire à euxmêmes, et cette obligation sociale a pour contre-partie un droit correspondant. — La principale difficulté est de déterminer les conditions à requérir pour l'exercice du droit à l'assistance ; celle-ci doit avoir pour but et pour effet de secourir et de relever les victimes de circonstances défavorables, telles qu'accidents, maladies, etc., non de subvenir à l'entretien des ivrognes et des paresseux, ni de donner une prime & l'insouciance. Tel droit proclamé en faveur des indigents en général risque de manquer le but, et de profiter aux moins intéressants; ce sont ces considérations qui ont fait dire parfois que l'assistance est un devoir pour la société, mais ne constitue point un droit en faveur de celui qui la reçoit. On fait remarquer que»
si la société doit secourir, il est quelque peu subtil d'alléguer que personne n'a droit d'être secouru. En réalité» la formule cntiauée doit être entendue en ce sens qu'il est difficile de préciser dans un texte qui a droit d'être assisté et dans quelle mesure ce droit peut s'exercer.
L'assistance obligatoire existe en Angleterre et, généralement, dans les pays protestants. En s'empârant des biens des congrégations religieuses auparavant chargées du soin des indigents, les Etats qui ont embrassé la réforme ont, en Pfénéral, accepté cette charge; dans les pays catholiques, au contraire, l'obligation de l'assistance n'a pas été inscrite dans la loi. En France, la confiscation des biens des ordres religieux n'a pas eu pour contre-partie l'assistance obligatoire : l'assistance publique est lacultative pour les communes; dans les campagnes, elle est insignifiante. On a parfois signalé ce fait comme une des causes qui contribuent à augmenter l'émigration des campagnes vers les villes. Ce n'est pas cependant que, même dans ces dernières, l'assistance publique soit à la hauteur de tous les besoins. La charité privée concourt dans une large mesure à Passistance; elle a même, pour Texercer d'une manière utile, une aptitude oui fait souvent défaut aux administrations publiques. L'assistance publique et la charité privée se prêtent parfois un concours mutuel dont les résultats sont très satisfaisants; c'est ce qui a fait la supériorité du svstème d'Elberfeld (V. dans la Revue cV économie politique de 1887 : Le système d*Elberfeld, par M. Saint-Marc).
On peut consulter sur les questions relatives à l'assistance les livres suivants : Ë. Robin, Hospitalité et travail, 1887; comte d'Haussonville, Etudes sociales. Misère et remèdes,iSSù ; Maximedu Camp, LacharitéprivéeàParis, 1887 ; Hubert- Valleroux, La charité avant et depuis 1789 dans les campagnes de France, 1890; Saunois de Ghevert, L'indigence et VassUttance dans les campagnes depuis 1789 jusqu^à nos jours, 1889; E. Cheysson, L'assistance rurale et le groupement des communes, Extrait de \^ Ré forme sociale, 1886.
Art. ^. — De la consommation et de la population (Rép. n">» 119 à 128).
36. Les richesses ne sont produites qu'en vue de satisfaire nos besoins ; elles ne satisfont ces besoins qu'en se détruisant, qu'en se consommant plus ou moins rapidement. La consommation, but de la production, exerce sur celleci une action considérable ; à son tour, la production a une grande influence sur la consommation : c'est parce que la consommation prend telle ou telle direction que la production se développe en tel ou tel sens ; c'est parce que la production a fait tels progrès, et que le prix de tels produits s'est abaissé, que la consommation, devenue moins coûteuse, devient plus générale (Rép. n^* 120 et suiv.). La consommation, ainsi que nous avons eu occasion de le dire, dépend aussi dans une large mesure de la répartition ; suivant que telle ou telle classe de la société prend une part plus ou moins large dans la répartition, suivant que l'Etat dépense plus ou moins en prélevant des impôts plus ou moins considérables, la consommation rechercne tels ou tels produits, s'étend à telles ou telles catégories d'objets. — L'action réciproque de la consommation sur la production et de la production sur la consommation, ainsi que l'influence moins étudiée delà répartition sur la consommation, sont extrêmement difficiles a dégager à travers la complexité des phénomènes économic^ues. Leur rôle n'a pas été jusqu'à présent suffisamment mis en lumière ; au contraire, on a trop souvent opposé le consommateur au producteur et les intérêts de l'un a ceux de l'autre. Les termes de consommateur et de producteur ainsi opposés l'un à l'autre ne sont que de pures abstractions; chacun est à la fois (sauf très rares exceptions) producteur et consommateur; il est vrai qu'en général chacun n'a d'intérêts que dans la production d'un petit nombre d'objets et consomme des produits beaucoup plus variés que ceux à la création desquels il contribue, que, par suite, chacun est porté à attacher plus d'importance aux bénéfices des industries où il est producteur qu'au prix de vente de ces produits, et s'inquiète plus du prix des objets qu'il achète sans avoir part aux profits de leur vente que du taux des bénéfices que procure celle-ci ; mais, si l'on considère l'ensemble de la société, il est impossible
ÉCONOMIE POLITIQUE. — Art. 5.
de concevoir le progrès général de la production sans un développement parallèle de la consommation ; si donc cer^ taines personnes peuvent avoir, comme consommateurs, des intérêts contraires à ceux de certains producteurs, on n'en saurait conclure que le consommateur en général ait un intérêt opposé à celui du producteur.
37. Les consommations sont improductives ou produc^ tives, selon qu'elles ont pour effet de détrmre toute l'utilité de la chose à laquelle elles s'appliquent ou de contribuer à la transformation de cette chose en tel objet plus utile. Les deux questions sur lesquelles s'élèvent les difficultés à ce propos sont les «questions du luxe et de l'épargne. La première a été examinée au Rép, n« 122, où l'on a reproduit les arguments que font valoir soit les partisans, soit les adversaires du luxe. La controverse dure encore ; il semble Qu'elle devrait s'apaiser si l'on s'entendait sur le sens exact au mot luxe. Le luxe est chose relative plutôt qu'absolue. On a maintes fois observé que certains objets de luxe à certaines époques sont devenus plus tard des objets de consommation courante ; or le dévelopement de la consommation d'objets non indispensables, mais propres à augmenter le bien-être ou à procurer de saines jouissances, ne peut nuire à la prospérité économique d'un peuple, s'il coïncide avec un progrès dans la production et dans la puissance du travail ; il devient ruineux, au contrake, s'il n'est pas en rapport avec un progrès correspondant des moyens de production, car alors il ne peut se faire qu'au détriment de consommations plus utiles et entreûne une destruction partielle de capitaux affectés à la production. On peut dire que le luxe est nuisible pour la société de même que pour les particuliers, si l'on désigne sous le nom de luxe l'excès des consommations sans utilité par rapport à la fortune publique ou privée. L'exagération des dépenses publiques peut être considérée comme un luxe déplorable, et d'autant plus dangereux que ses conséquences sont moins apparentes; l'on doit faire rentrer dans la catégorie des dépenses du luxe public celles même qui paraissent le mieux j.ustifiées, telles que les dépenses faites pour les travaux publics ou l'instruction publique, lorsque ces dépenses sont hors de proportion avec rôtat économique de la nation qui les fait et qu'elles n'ont point pour corollaire un accroissement de la fortune publique (V. suprà, n° 33).— V. sur la question du luxe les traités généraux d'économie politique et H. Baudrillart, Histoire du luxe privé et public depuis V antiquité jusqu'à nos jours, 4 vol., 1881.
38. On désigne souvent sous le seul nom d'épargne deux opérations très distinctes par leur caractère et leurs eftets ; la première consiste à mettre de côté ime richesse quelconque, a la réserver pour l'avenir au lieu de la consommer immédiatement, c'est l'épargne proprement dite; la seconde consiste à employer la richesse mise de côté d'une manière productive. — L'épargne est singulièrement facilitée aujouroTiui grâce à la multiplication des caisses d'épargne où les déposants peuvent amasser peu à peu une certaine somme en faisant successivement des versements minimes ; l'intérêt servi pour les sommes déposées est, en outre, un stimulant pour les déposants. Les sociétés coopératives de consommation réalisent l'épargne d'une manière pour ainsi dire automatique. Ces sociétés achètent en gros les marchandises de consommation usuelles, les revendent à -leurs membres au prix du détail et répartissent entre ces derniers, & la fin de l'exercice, le bénéfice résultant de la difi'érence du prix d'achat au prix de vente, frais d'administration déduits ; les dividendes ainsi remis aux associés représentent l'épargne réalisée pour leur compte par la société, sans qu'ils aient eu la peine de réduire leurs consommations {W. suprà, n« 20; et sur les sociétés coopératives de consommation, V. Francesco Vigano, Histoire des équitables pionniers de Rochâale^ de Holycake, 1881 ; Vouvrier coopérateur, ou traité d^éeonomie populaire avec des dialogues sur la coopération, 1881 ; E. Brelay, Les associations populaires de consommation et de crédit mutuel en 1882, 1883).
39. L'épargne a été exaltée par certains économistes comme une source en quelque sorte inépuisable de richesses ; il importe de se garder à cet égard d'erreurs trop répandues. L'épargne ne vaut que par l'emploi qui en est fait ; elle peut constituer des capitaux considérables, mais elle ne donne pas le moven de les mettre en valeur, et les capitaux qu'elle crée ne deviennent une source de richesses que s'ils sont
ECONOMIE POLITIQUE. — Tables.
mis en œuvre par un travail rémunérateur. Pour que TéparRne soit productive, il faut qu'à l'augmentation du capital qui en résulte corresponde un accroissement dans la puissance du travail; sinon, elle ne fait -que grever les travailleurs du poids des intérêts qu'elle réclame, sans augmenter la richesse publique. L'emploi des fonds des caisses d'épargne est donc une question fort grave ; elle
{tarait avoir été résolue de la manière la plus heureuse en talie où ces fonds ont servi à réaliser le crédit mutuel agricole, et où leur emploi s'est ainsi le plus rapproché de l'emploi par l'épargneur môme, qui est le meilleur mode de mise en valeur de l'épargne. L'anectation des épargnes à des prêts hypothécaires est utile, lorsque le travail est assez puissant pour en tirer parti, augmenter par des améliorations réelles la valeur de la propriété, et pourvoir sans peine au service des intérêts et au remboursement du capital ; en dehors de ces conditions, cette affectation est ruineuse pour l'emprunteur qui finit par être dépouillé de sa propriété au profit du prêteur, sans que celui-ci doive en tirer grand bénéfice s'il n a pas les aptitudes nécessaires pour l'exploiter. En France, les fonds des caisses d'épargne sont versés aux mains de l'Etat qui en sert l'intérêt : ce procédé est dangereux en ce ou'il donne à l'Etat un moyen facile de faire des emprunts aéguisés, et le grève de la charge des intérêts, le plus souvent sans que l'emploi des fonds détermine im accroissement de richesses qm permette au pays de sup-
Sorter ce supplément de dette ; une augmentation d'impôts oit pourvoir au payement des intérêts, et l'épargne qui n'a rien produit devient pour la nation une source d'appauvrissement et non une source de richesses. — L'exagération du rôle de l'épargne est due à l'habitude aue l'on a d'isoler les phénomènes économiques au lieu détudier leur action réciproque. Il en est de l'épargne, du prêt à intérêt comme
des moyens de transport : ce sont des instruments qui n'ont d'autre valeur que celle que leur donne le travail; leur attribuer une valeur propre, une vertu particulière en faisant abstraction du travail qui les met en œuvre, c'est se faire rillusion la plus dangereuse et se préparer les déceptions les plus graves (V. en ce qui concerne l'épargne, outre les traités généraux : A. Jourdan, Epargne et capital^ ou du meilleur emploi de la richesse y 1878; Société d'économie sociale. Les yarantiespour les fonds de prévoyance et d^ épargne. Rapport de M. A. Gibon et observations de MM. Badon-Pascaf, Malapert, Gruner, Cacheux, Garreau, Gheysson, Extrait de la Réforme sociale, 1888).
40. La théorie de Malthus sur la population [Rép. n^ 128) procédait d'une observation incomplète. La quantité de subsistances dont dispose une nation est loin d'être la seule cause qui influe sur le développement de sa population ; des peuples riches se sont affaiblis et ont peu a peu disparu, tanais que d'autres ont vu leur population croître avec des ressources beaucoup moindres. D'autre part, dans certaines circonstances, la quantité des subsistances peut croître plus rapidement que la population. En France, aujourd'hui, l'on se préoccupe plus de l'insuffisance des progrès de la population que de 1 insuffisance des objets d'alimentation. La population s'accroît, lorsque la production augmente dans une mesure plus large que les besoins de la consommation individuelle et que l'esprit de famille est en progrès ; elle diminue, lorsaue les besoins de chacun croissent dans une proportion plus grande que la production et font redouter les charges de la famille comme une source de privations fV.les traités généraux et E. Gheysson, La question de pripulation en France et à l'étranger, 1883; Jos. Garnier, Du^pnncipe dépopulation, 2« éd., 1885 ; A. Sudre, Le libre-échange et la dépopulatiot de la France, 1879).
Table sommaire
des matières contenues dans le Supplément et le Répertoire.
(Lm chiffres précédés do la lettre S reoToieat au Supplément; les chiffres précédés de la lettre R renvoient au Répertoire.)
Act TorrenM. V. Propriété.
Amodiation. V. Terre.
Argent. V. Monnaie.
Aisiitanoe publique S. 35 ; h, 28.
— chanté privée S. 33.
-— pays catholiques, pars
protestants S, 33.
— villes et campagnes
A98ooiations
— sociétés par actions S.
— sociétés cooiMSratives
— svadicats agricoles S.
Banques. V. Crédit.
Bibliographie
— diverses écoles économiques S. 6 g., 15 s., 22 s., 29 s., 34 s., 39 s.
Blè. V. Valeur.
Caisses de retraite
Capital R. 32 s., 57 s.
— avances A. 61.
— capital fixe R. 62.
— capital-instrameut R.
— capital-matière R. 58.
— capital circulant R.
— capital immatériel R.
— caractère R. 57 s.
— capital matériel R.
— déÛnition R. 33, 57.
— diverses branches R.
— diverses espèces R,
— emploi R, 62 s.
— matières premières /{
— profit R. 34.
— qualité R. 57.
— salaire R. 61.
— V. Monnaie, Produc-
tion.
Chemins de fer. V.
Machines.
Chèques. V. Crédit.
CoUeotirisme. V.
Propriété.
Colonies. V. Echange.
Communisme. V. Propriété, Systèmes économiques.
Cenourrenoe. V. Travail.
Consommation 5. 36 s. ; R. 119 s.
— consommation impro-
ductive,destraction S. 37 iR. 121.
— consommation indus-
trielle /2. 120.
— consommations pri-
vées R. 124.
— consommation pro-
ductive S. 37 ; R.
— consommations publi-
ques R. 124 s.
- emprunts 72. 127 ; (intérêts) A. 127.
— production 5. 36 ; R.