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ANALYSE CHIMIQUE

“ Nous soussignés, Orfila, doyen de la faculté

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de médecine de Paris.et Ambroise Tardieux, professeur agrégé à la dite faculté et médecin des hôpitaux, commis par ordonnance de M. le duc Pasquier, chancelier de France, président de la cour des Pairs, en date du 25 août 1847, : l'effet ‘ de procéder à l'analyse des parties intérieures du corps de M. le duc de Praslin, dans le but de constater les causes de sa mort, de rechercher à quelles substances elle doit être attribuée, à quelle époque les substances auraient pu être iagérées par le défunt, et si leur action . pu être contrariée ou détruite par d'autres agents,

“ Nous sommes réunis le lendemain, 26 août, dans le Laboratoire de la faculté de médecine, où M. Légonidec, juge d'instruction près le tribunal de première instance du département de la Seine, délégué par M. le chancelier, après avoir reçu notre serment, nous a fait remise des quatre bocaux contenant, lo. le foie, 20. l’estomac et les matières qu’il contenait, 30. les intestins extraits du cadavre de M. le duc dé Praslin, 40. une certaine quantité d'urine rendue par lui dans les derniers momens de sa vie. L'intégrité des scellés ayant été constatée, M. le juge d’instruction les a rompus et a enlevé les étiquettes indicatives ; et immédiatement nous avons commencé nos opérations.”

Après s'être assuré de la pureté des réactifs qu’ils devaient employer dans le cours de leurs expériences chimiques, les médecins procédèrent à l’analyse du foie d’abord, et ensuite à celle des autres parties de l’intérieur du cadavre ; mais sa: donner ces différentes opérations, je cite le résumé de la première: (1)

“ Le liquide surnageant, filtré, a été mis dans un appareil de Marsh, préalablement essayé, qui an donné un très grand nombre de taches recueillies sur l'assiette B.

‘Examen des taches. Nous avons soumis les

taches provenant de ces deux opérations à un

examen attentif, et nous avons reconnu que :

“ Elles offrent l'aspect miroitant propre aux | taches d'arsenic.

“Elles se volatilisent facilement au contact d'une flamme hydrogène.

‘Elles disparaissent immédiatement dès qu’elles sont touchées par quelques gouttes d’acide azotique pur.

‘En faisant évaporer cette solution jusqu'à siccité, on obtient un léger résidu blanc, lequel, traité, après refroidissement, par l’azotate d’argent neutre très concentré, fournit de l’arséniate argent rouge brique.

& En dissolvant dans l’eau distillée bouillante une autre portion du résidu blanc obtenu par la | réaction de l’acide azotique sur les taches, et: en | faisant passer dans la dissolution, préalablement

additionnée d’une goutte d’acide sulfureux, un

(1) Voyez l'appendice A. Procédés de décomposition des matières organiques pour être. | ensuire soumises aux divers moyens d’analyse.

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à l'instant du sulfurs d’arsenic jaune, soluble, | outre cette épreuve, et parmi eux, le procé

avec décoloration dans l'ammoniaque.

“ Ces caractères établissent, de la manière la plus incontestable, que les taches recueillies par nous, et provenant de la double analyse du foie, sont formées par de l'arsenic.”

Le résultat de ces premières opérations constate la présence de l’arsenic dans le foie ; l’analyse des autres parties des matières remises à l'expertise, fournit aussi des taches arsénicales. Les experts dans leurs réponses aux questions qui leur avaient été posées dans l’ordonnance de M. ie chancelier, répondent à la première question, savoir :

“ Constater les causes de lu mort de M. le duc de

‘L'analyse chimique a pleinement confirmer les données de l'autopsie cadavérique, et permet d'affirmer que la mort de M. le duc de Praslin est le résultat d’un empoisonnement.”

En voilà assez pour faire voir la précision des procédés que l’on doit suivre dans une expertise lorsqu’il s’agit d’une acc'sation capitale.

& Que le médecin soit consulté par la défense, par le ministère public, son devoir est le même ; il faut qu il se renferme dans la stricte appréciation des fuits, néanmoins dans les cas douteux la bülance doit toujours pencher en faveur de l'accusé/’—Duverais, Munuel de la Cour d’Assises.

Les procédés du Dr. Jackson ont-ils donné un résultat satisfaisant? D’après le procédé de Reinsch, il a obtenu un dépot, dont la forme et l'apparence étaient celles que donne l’arsenic, volatil par l’action de la chaleur, et en se déposant sur les parois du tube formait des petits points blancs, qui, par la forme de leur cristallisation, représentaient des cristaux arsénicaux. L'arsenic a une cristallisation particulière, savoir la forme octaëdre.

Voilà en résumé, une partie du résultat que lui ont donné le procédé de Reinsch et ses opérations chimiques.

Mais l’antimoine fournit des taches qui se volatilisent, et il y a aussi les taches de crasse dont parle Orfila : comment les distinguer de la couleur de plomb ou de fer à surface polie? Le Dr. Jacson a employé d’autres moyens que l’épreuve de Reinsch, sans résultat satisfaisant, malgré cela, ses conclusions sont aflirmatives et il trouve de l’arsenic. Voici ce qu'il dit :

‘“ J'employai encore plusieurs autres moyu

é Marsh, qui ne m'ont donné aucuns résultats ph Jüaisants. J'employai aussi un autre moyen qui consiste à passer un courant d'hydrogène sulfuré à travers le liquide soupçonné contenir l'arsenic et je n'ai pas obtenu de résultat marqué. Ce sont des épreuves moins délicates que celle de Reinsch, dont j'ai parlé.”

Néanmoins, le Dr. Jackson se déclare satisfait de ses expériences, en disant : “ Je suis d'opinion que les lames de cuivre étaient couvertes du métal arsenic, qui en s'unissant à l’oxigène de l'air, a formé l'acide arsénieux qui s’est déposé sur les parois du tube.”

Je n’appuierai pas sur la valeur des procédés dont parle le Dr. Jackson ; seulement, j° dirai que le procédé de Marsh paraît être préféré par des anteurs très distingués, professeurs de chimie et de médecine légale ; au contraire, celui de Reinsch est moins recommandé. J’arive à la conclusion que l’on ne doit se prononcer sur la nature d’un poison qu'après en uvoir reconnu les principaux caractères physiques et chimiques. Et voici ce que dit Orfila au sujet de l’arsenic :

“On ne saurait donc être trop circonspect lorsqu'on aura à se décider sur la nature des taches obtenues ; l'expert ne devra jumais dire qu'elles sont arsénicales s'il ne leur a pas reconnu fous les caractères que je leur ai assignés.” Orfila. méd. lég. tom. 3, p. 763.

“ Taches arsénicales. 1° Ces taches sont d’un brun fauve, miroitantes et excessiv:ment bril!antes; quand l'arsenic est abondant, elles sont noirâtres et brillantes. 2° Il suffit d’une demiminute à une minute pour volatiliser et faire disparaître complètement une tache arsénicale.

3? Les taches d arsen:: se dissolvent aisément dans deux cu trois gouttes d'acide azotique concentré en chauffant à la lampe à alcool, la petite capsule, on dégage l'acide excédant et l’on obtient un résidu blanc ou d'un ülanc jaunâtre (acide arsenique et arsénieux) : en versant une goutte d'azotate d'argent dans la capsule, le composé arsénical fournit un précipité rouge brique. d’arseniate d’argent mêlé quelquefois de points jaunes d’arsenite d'argent; si l’on ajoute une goutte d'ammoniate liquide sur l'arseniate rouge brique, on le rend d'un rouge plus clair.” —OrriLA, Méd. Lég., t. 3. p. 759, et suivantes.

Nous voyons d’après ce qui précède, que le Dr. Jackson n’a pas prouvé d’une manière satisfaisante la présence de l’arsenic dans le résultat de ses opéra-

tions, et que son témoignage a dû pré-

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juger les jurés, malgré qu’il fut nul aux eux de la loi.

Il n’y a pas que les médecins de l’ex-

rtise qui ont porté leur jugement d’après des renseignements inadmissibles, et qui ont déclaré que la défunte Sophie Taibot était morte d’une inflammation des organes de la digestion, causée par l’action d’une substance corrosive, en un mot qu’elle était morte empoisonnée ! Le Dr. Marquis, coronaire, et le Dr. Michaud de Kamouraska ont aussi comrais la méme erreur en disant : l’un, que la défunte était morte d’une gastro-entérite causée par l'empoisonnement au moyen d’une substance corrosive ; et l’autre, qu’elle était morte d'une inflammation aiguë de la membrane muqueuse des premières voies et du rectum, causée par l’ingestion d’une substance corrosive.

D'abord, voici ce qu’a dit le Dr. Marquis :

“ Lors de l’autopsie du corps de la défunte Sophie Talbot, qui a été faite lors de l’enquête que j'ai tenue, comme coronaire, à l'Isle-Verte, le deux avril dernier, j’ai jeté un coup-d’œil sur l'intérieur de l’estomac, et sur les intestins du cadavre. Je n’ai pas fait un examen bien minutieux. D'après cette iispection, et d'après la description cadavérique donnée par les médecins, et aussi d’après les symptômes de la maladie de la défante décrits par les témoins, je suis d'opinion que la défunte est morte d’une gastro-entérite, ou inflammation d'estomac et des intestins,et je suis aussi d'opinion que cette gastro-entérite a été causée par l’empoisonnement au moyen d’une substance corrosive.”

Le Dr. Marquis devait-il se contenter de jeter un coup-d'œil sur l’intérieur de l'estomac et des intestins pour dire que la défunte était morte empoisonnée ? ne devait-il pas, au contraire, examiner attentivement les tissus cadavériques, et suivre les procédés des médecins de l’ex-

rtise s’il voulait se prononcer comme 3! l’a fait dans son témoignage ? Le Dr.

Marquis, comme coronaire, lors de l’enquête, a sans doute donné ses instructions aux jurés, selon son jugement et d’après l’ensemble des témoignages qu’il avait entendus dans l’affuire ; mais, lors du procè-, comme médecin, il ne devait donner son opinion qu’avec la plus grande reserve, et comme témoin, rendre son témoignage non n°: d’après un examen superficiel, mais un examen attentifet ri-

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