PROCES-VERBAL D'AUTOPSIE, ETC
{Sur la requisition de M. le commissaire de police, ete., ete., nous, soussignés, A. Willermin, docteur en médecine, G. Tourdes, professeur de médecine-légale à la faculté de Strasbourg, avous procédé, du 6 au 8 novembre 1845, aux opérations suivantes :”
da te, Lcd
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Après avoir fait connaître l’état du cadavre, les circonstances qui ont pr霫 ‘é et suivi la mort et avoir décrit les opérations de l’autopsie et l’examen des différents viscères, ils disent:
“Après avoir examiné les viscères, ncus avons recueilli et mis à part dans des vases fermés, cachetés et scellés par nous : 1° les matières intestinales ; 2° l'estomac et les intestins ; 3? le foie, la rate et le pancréas ; 4° le cœur et les reins.’ —FLANDIN, Trailé des poisons, t. ler, page 363-371.
In drawing up a report on the results of a chemical analysis. The following rules may be born in mind. A liquid or solide is reserved for analysis, 1° when, and of whom, or how receiveu ? 2° in what state was itrect ; d,secured in any way, or exposed? 3° if more than one substance received, each to be separately and distinctly labelled ; appearance of the vessel, its capacity, and the quantity of liquide (by meaaure) or solid (by weight) contained therein, etc.”’—TayLor, Maud. Jur., p. 58.
L'auteur continue à donner les différentes règles à suivre pour compléter l'examen et les analyses chimiques, mais je n’ai point cru devoir les rapporter plus au long.
Les matières suspectes sont donc recueillies et placées avec le plus grand soin dans des vases qui leur sont destinés ; l’on se garderait bien de les placer dans un seul vase comme on l’a fait dans l’autopsie du corps de Bisson.
Le contenu de chaque vase doit être analysé séparément, et dans un cas d’empoisonnement, les matières recueillies fourniront presqu’infailliblement le poison : si c’est l’arsenic qui a été employé, on le trouvera en plus grande quantité dans le foie.
Après l’empoisonnement, si la morten a été ul
testablement des traces du poison dans les organes.—FLANDIN, traité des poisons, Tom. 1, p. 215.
‘IL est à peine besoin de dire aujourd'huique les épreuves de l'expert doivent porter d'abord sur le tube digestif, puis sur le foie, la zate, les reins, les poumons.—Idem, p. 634.
# Quelle que soit la voie par laquelle l'empoisonnement ait été produit, c'est toujours dans le foie qu'existe la plus forte proportion d’'arsenic. C'est donc là qu’il faut de préférence chercher la preuve du crime."—[dem, p. 635.
In toxicological investigation, it becomes necessary to submit to examination, not only the solids or liquids in which the poison is suspected to have been administered, and the con-
mach itself, the liver, the muscles and other animal tissues, the blood, and the urine.”—Penrema, mat. therap., vol. 1, p. 698, 4th Ed. Londres.
“The situations where arsenic is met within largest quantity are the liver, the spleen, and the urine, but above all the liver.”—Curirison, on poison, p. 228—1845.”
The analyst should remember that the liver, spleen, and kidneys, are the organs best fitted for yielding arsenic under the circumstances.”— TAYLOR, p. 89.
Qu'il (arsenic) est absorbé porté dans le torrent de la circulation et dans tous les tissus de l’économie animale où sa présence est parfaitement décelée; qu'il devient indispensable de le chercher dans ces tissus et particulièrement dans l'estomac, le foie, la rate et les reins, quand on ne l'a pas trouvé dans le canal disgestif ou sur les autres parties sur lesquelles il avait été immédiatement appliqué, ou dans la matière des vomissements, et qu’un rapport médico-légal devra être déclaré incomplet et insuffisant par le seul fait, que, dans le cas indiqué, on aura omis de chercher l'acide arsénieux dans les visceres où il existe après avoir été absorbé, etc.” —OnRFiLA, Tox., t. 1, p. 347.
# L'expérience ayant appris que l’arsenic absorbé par un individu empoisonné, se consentrait principalement, ou résidait plus longtemps, dans le foie, la rate, le cœur, les reins et le cerveau que dans les autres parties, c'est évidemment sur ces organes qu'il faut agir de préférence, plutôt que de les traiter mélangés d'une quantité énorme de substance qui doit plutôt nuir qu'’ajouter au résultat.”—GuiBourT, Pharmacopée,
Les auteurs de médecine légale ont donc eu raison et doublement raison d’insister sur la nécessité de faire porter les analyses sur les diverses organes: le poison ayant été absorbé et porté dans tous les tissus où il a été retrouvé après ln mort, preuve évidente qu’il a été administré du vivant de l’individu. Au contraire, n'ayant pu retrouver dans les di-
| vers tissus le poison, on peut élever des l'effet immédiat, il existe, pour ainsi dire, incon- |
doutes s’il n’aurait pas été introduit dans
Ile corps de Pindividu après Ja mort!
Cette question est de la plus haute importance, savoir: si le poison a été administré ava’:t,ou introduit dans le corps de lindividu après la mort?
D’après le rapport du procès publié dans le Morning Chronicle, on ne voit pas que les différentes parties recueillies aient donné de larsenic par les analy-
ses ; il n’y a que le liquide contenu dans
l'estomac et la substance blanche qui aient fourni les caractères que donne
tents of the stomach and bowls, but also the sto- |l’arsenic par les procédés de Marsh et
de Reins analyses res recto ver dans foie : aloi mutivem Bisson ; 1 pas été se prono!
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de Reinsch. De deux choses l’une, si les | contenait encore des restes des matières analyses ont porté sur toutes les matiè-|vomies par le défunt Joseph Bisson. Si
res recueillies, l’arsenic devait se retrou- |1
’arsenic n’a pu être retrouvé dans les
ver dans ces matières et surtout dans le | tissus des organes recueillies parce qu’il foie : alors on pouvait se prononcer aflir-|avait été rejeté en partie de l’estomac mativement sur la cause de la mort de |par les vomissements, il devait donc se Bisson ; mais si toutes les matières n’ont | retrouver dans les matières vomies ; cepas été analysées, comment pouvait-on pendant ces matières n’en ont point se prononcer affirmativement sur les ré- | fourni.
sultats d’un examen incomplet ? Au contraire, si elles ont été analysées et qu’on |1
Le résultat des analyses chimiques, malgré ce qu’en ait dit le juge dans son
r’ait trouvé de l’arsenic que dans la par- |adresse aux jurés, ne nous fournit donc
tie fluide du contenu de l’estomac et :
point la plus évidente démonstration du
substance blanche déjà mentionnée, on | fait de l’empoisonnement par l’arsenic ; ne devait se prononcer qu'avec beau- |au contraire, il laisse le plus grand doute coup de réserve et doute sur le fait de |sur la cause de la mort de Bissun.
lempoisonnement. Car qui peut garantir que l’arsenic n’aurait pas été introduit accidentellement dans le liquide du contenu de l’estomac ; ou encore, qui peut dire que les produits chimiques qui ont été employés aux analyses n’aient point été cause d’erreur ?
On dira, peut-être, que si l’arsenic n’a pu être retrouvé dans les organes recueillis, c’est dû à son élimination des tissus par la voie des diverses sécrétions de lorganisme, ou que ce poison a été rejeté par les vomissements.
On cite plusieurs cas d’empoisonnement, surtout par l’arsenic, où 1l a été impossible de retrouver aucune trace du poison dans les tissus organiques, ni dans leur contenu, et que le poison avait été entièrement éliminé de l’organisme par les secrétions. (On peut voir Ortila, Flandin, Taylor, Christison, Stillé et autres sur cette question).
Si le poison a été rejeté en partie par les vomissements, il est bien possible d'en retrouver encore des restes dans l’estomac, et de n’en retrouver aucune trace dans les tissus crganiques ; mais, dans ce cas-ci, les matières vomies contiendront le poison ; tous les auteurs de médecine légale recommandent de recueillir avec le plus grand soin ces matières et de les analyser. Dans le cas de Bisson, les ma-
De l'examen des produits et des procédés
employés dans les analyses chimiques des expertises médico-légales.
Un rapport judiciaire doit toujours
être écrit ; les autorités doivent l’exiger, et le médecin expert ne peut se refuser
à donner par écrit son rapport: les paroles passent, mais les écrits restent.
“Le rapport doit toujours être écrit en totalité ou en grande partie sur le lieu même de la visite, etc. S'il est nécessaire de se transporter dans un laboratoire de chimie pour analyser les matières suspectes, on doit rédiger sur les lieux mêmes tout ce qui est le résultat de Fobservation, sauf à tirer plus tard les conséquences qui doivent terminer le rapport.” Orfila, Médecine Légale, tome ler, p. 25.
“ On doit tenir note de ce qu'on observe à mesure que l’on opère.” Orfila, Méd. Lég. t. 2, p. 55.
& One of the duties of the medical jurist is to draw up a report of the results of his examination : 1st. In regard to symptoms ; 2nd. In regard to the post-mortem appearances ; 3rd. In regard to the results of analysis.”—Taylor, Med. Jurisp. p. 67.
Le rapport constate de la manière la plus régulière l’authenticité des procédés de lexpertise médico-légale ; il doit comprendre l'examen des symptômes de la maladie, les circonsiances médicales qui ont précédé et suivi la mort.
Le rapport renferme aussi l’examen anatomique et pathologique du cadavre, et de toutes les parties suspectes recueillies
tières vomies qui ont été recueillies, et | et destinées aux analyses chimiques ; il analysées, n’ont fourni aucune trace | comprend encore l’examen des produits
d’arsenic quoiqu’on eût retrouvé dans l'estomac 20 grains de ce poison.
La tasse placée dans les mains du Dr.
Jackson, comme on l’a vu plus haut,
|chimiques,des vases à être employés dans | les analyses ; il doit faire mention, avec détail, des résultats de chaque procédé et des parties qui ont été réservées pour de
not D
nouvelles racherches, dans le cas où les autorités demanderaient une seconde et même ne troisième expertise médicolégale, comme la chose est arrivée souvent en Angleterre et en France (dernièrement l'affaire Palmer en Angleterre, et avant, l’afflaire Lafarge, en France). L’expert doit aussi garder les précip'tés dans des tubes fermés.
st Pour être présentés aux magistrats comme pièces de conviction, les précipités seront conservés dans des tubes fermés à la lampe.”’—FLan- DIN, Traité des poisons, vol. ler, p. 397.
Toute analyse faite sans s'être assuré préalablement de la pureté des produits chimiques, des vases et appareils employés dans une expertise médico-légale sera nulle aux yeux de la loi, parce que l’on pourrait. élever des doutes sur l’origine du poison.
4 On ne peut être trop sévère dans le choix des vases et appareils à employer en chimie légale. A plus forte raison, faut-il essayer avec le plus grand soin tous les réactifs dont on doit se servir, et au besoin être prêt à les purifier.” Flandin, Traité des Poisons, tome ler, pp. 401-402.
4 In all medico-egal inquiries it is necessary to perform a preliminary experiment with distil-
led water and the hydrochloric aeid used, lest |
the acid contain arsenic./—Christison, on poison p- 215.
Ces recommandations se retrouvent dans tous les auteurs de médecine légale dont l’autorité est aujourd’hui reconnue. En Angleterre, on a plusieurs exemples où l’on a trouvé de l’arsenic dans les matières recueillies et soumises aux analyses, et où l’accusé a été dé- <laré non coupable parce qu’on avait placé ces matières dans des vases qui n'avaient pas été suffisamment éprouvés ou analysés ; où dans d’autres circonstances, les vases qui conteraient les matières suspectes avaient été commis aux soins de personnes ignorantes. Toutes les autorités légales, comme le remarque M. Taylor, insistent rigoureusement sur la preuve de l'identité äes matières vomies et autres liquides du corps de la personne supposée morte empoisonnée, et il ajoute “ que pendant l’autopsie et l'examen cadavérique, l'estomac et les autres viscères qui sont déplacés ne doivent jamais être mis sur aucune surface ni aucun vase avant de s’être assuré que cette surface ou ce vase est
parfaitement net et exempt de toute trace d’arsenic.”
‘If this point be not attended to, it will be jn the power of counsel to raise a doubt in the minds of the jury, whether the poisonous substance might not have been accidentally present in the vessel used, &c., &c. Evidence af the presence of poison ia the contents of the stomaca was once rejected at a trial for murder, becarse they had been hastily thrown into a jar borrowed froma neighbouring grocer’s shop; and it could not be satisfactorily proved that the jar was clen: and entirely free from traces of poison (in which the grocer dealt) when used for this purpose. When the life of a human being is at stake, as in a char: ge of murder by poisoning, the slightest doubt is always very properly interpreted in favor of the accused.” Taylor, Med. Jurisp. pp. 55-56.
M. Taylor fait encore observer qu'il est non seulement indispensable de recevoir les liquides destinés aux analyses dans des vases nets, mais il faut aussi que le médecin prenne bien garde que l'identité de la substance soit préservée ; s’il en était autrement, l’analyse la plus correcte serait inadmissible comme preuve.
“ À few years ago, a case was tried on the Norfolk circuit, in whieh the analysis of the matters vomited by a person poisoned by arsenic, was not admitted as evidence against the prisoner, because the practitioner had left them
the keeping of two ignorante women; and these women had allowed the vessel containing the suspected liquid (which was proved to contain arsenic) to be exposed in a room open to the access of many persons. In another case tried at the Old Bailey sessions in 1835, the analysis of some suspected liquid”s was not allowed in evidence, because the prectitioner, who lived in the country, and was unwilling to take upon himself the responsability of analysing them, had sent them up to town by a carrier, to be examined by a London chimist, &c.” Taylor, p. 56.
Ces citations plus qu'aucun argument font voir la stricte exactitude qu’on apporte dans les examens des matières suspectes, dans les cas d’empoisonnement, avant de se prononcer sur les résultats des analyses chimiques.
Dans l’affuire d’Anaïs Toussaint, les procédés ont-ils été réguliers et les mêmes que ceux que l’on suit, en pareilles circonstances, en \agleterre et en France ?—Non.
En Angleterre et en France, les ra ports judiciaires sont écrits durant les o servations, ou sur des notes prises sur toutes les circonstances de l’expertise-
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sobe y sur tise-
int s’il y a eu un rapport écrit, et dé-
et les lois françaises ; nous sommes donc
en droit de dire qu’un tel rapport n’existe
int.
En Angleterre et en France, dans un cas d'empoisonnement, les matières suspectes, ainsi que les différents organes enlevés du coips sont placés dans des vases séparés ; mais ici, dans le cas de pisson, les matières recueillies et les organes enlevés du eorps sont mis dans un même vase—irrégularité. On a dit
ue ce vase était net, mais on n’a point dit qu’il avait été analysé et qu’il était exempt de toute trace d’arsenie.
De la seconde partie du Rapport.
Cette partie comprend l’examen des roduits chimiques employés, et des procédés suivis par l'expertise médico-légale dans la recherche de la substance véné-
drochlorique, le zinc et le cuivre sont les produits chimiques qui sont employés dans les procédés de Marsh et de Reinsch
à pour déceler la présence de l’arsenic, dans
un cas d’empoisonnement. Ces produits contiennent presque toujours de l’arsenic; il est donc indispensable de les
£ analyser préalablement. Dans le cas de
Bisson, ces produits ont-ils été analysés ?
Les médecins ne le disent point dans leurs témoignages,—on est donc en droit de conclure que ces produits n’ont point été analysés.
“In all medico-legal inquiries it is necessary te perform a preliminary experiment with des-
à tilled water and the hydrochloric acid used, lest
the acid contain arsenie.” son, p. 215.
“ Arsenic is sometimes contained as an impurity in zinc and sulphuric acid : hence the purity of the materials employed must be determined before any reliance can be placed on thexesults.” Taylor, med. jurisp. p. 84.
“In medico-legal analysis, unless the reagents used to be previously known to be free of arsenic, they ought invariably to be subjected in
Christison, on poi-
Mes
médico-légale. Dans l'affaire d’Anaïs|the sine and some of the sulphuric acid of com- Toussaint, les médecins ne nous disent | merce.” Kane’s Chemistry p. 383.
Les autorités sont donc d’accord, en
taillé, tel que voulu par les lois anglaises | Angleterre, sur les mesures qui doivent
précéder les analyses dans une expertise ; et, que toute analyse faite sans examen préliminaire des produits à être employés serait déclarée nulle malgré qu’on aurait trouvé de l’arsenic dans les matières suspectes.
En France, l’académie des sciences a établi certaines règles qui sont suivies dans les expertises médico-légales. Là, comme en Angleterre, les auteurs ont établi des procédés préliminaires pour toutes les analyses chimiques, et qui sont rigoureusement observés dans les cas où la loi reclame l'assistance du médecin. Ces procédés nous feront voir encore davantage tout ce qu’il y a eu d’irrégulier dans les analyses des matières extraites du corps de Bisson. Citons :
‘La commission de PAcadémie des sciences a
E neuse. L’acide sulfurique et l’acide hy-|fait une obligation à l'expert d’une contre-
épreuve à blanc de ses analyses, en lui recommandant d'employer tous les mêmes réactifs et en mêmes quantités que dans l'opération véritable.” Flandin, traité des poison. Vol. ler p. 636.