V. Ressuscitons des anciennes corporations ce
qui mérite vraiment de vivre, c'est-à-dire l'esprit fraternel et l esprit chrétien. L'organisation des anciennescorporations,onpout l'abandonner; c'est du relatif, du contingent, du variable ; mais la vie qui animait cet organisme, on ne peut en faire son deuil, car c'est de l'absolu, du nécessaire, de l'immuable. Et quelle est cette vie qui frémissait dans le passé et qui est indispensable dans le présent? C'est la fraternité et lareligion, double ferment des anciennes corporations.
Sofjons frères. Mille choses ici-bas menacent de nous diviser et de creuser des abîmes entre nous, si nous n'y prenons garde. Il y a surtout la dififé-rence des positions sociales et la différence de» opinions. Nous n'avons pas tous le même bienêtre ni la même manière de voir, de juger et de sentir. Et alors, si nous sommes personnels, jaloux et intolérants, il arrive que la société, au lieu de ressembler à une famille, ressemble à un champ de bataille sur lequel se croisent les antipathies, les haines, les injures, les coups. Petits et grands, pauvres et riches, patrons et ouvriers, prêtres et laïques, soyons frères, puisque nous avons la même origine et la même destinée. Et pour être frères rapprochons-nous. La première condition pour s'aimer, c'est de se connaître, et, pour se connaître, il faut se rapprocher. C'est du rapprochement que
jaillit l'étincelle. Qu'importent les difîcTences de position sociale? La môme terre a porté notre berceau et nous reposerons demain dans le même cimetière. Le môme Dieu nous a créés et le même Dieu nous jugera. Soyons frères. Et pour être frères :
Soyons chrétiens. Il n'y a pas de puissance au monde qui puisse mieux que la religion nous apprendre la charité fraternelle. La religion chrétienne n'a pas d'oracle plus retentissant que celui-là : (( Aimez-vous lesunsles autres ! » Sans cesse elle nous rappelle notre origine commune et notre commune destinée. Sans cesse, elle nous convoque dans ses temples pour nous unir comme les membres d'une seule et unique famille. Oh! chrétiens baptisés, si vous consentiez à vivre de la vie de votre baptême, si tous les hommes d'une même société, abjurant les distinctions qui naissent du nom, de la fortune et des opinions personnelles, consentaient seulement à prier le même Dieu, à se réunir au pied des mêmes autels, à entendre chaque dimanche le même enseignement catholique, à recevoir les mêmes sacrements, si nous étions chrétiens, comme nous serions unis, comme nous serions frères, comme nous serions forts ! Oui, que tous les hommes viennent seulement chaque dimanche retremper
ONT TOUJOURS EXISTE DANS L EGLISE fSl
leur âme dans la prière publique, et je réponds du règne de la véritable fraternité. C'est là, dans nos temples, sur ce terrain neutre et sacré, que peut s'opérer la grande réconciliation entre le riche et le pauvre, entre le patron et l'ouvrier, entre le prêtre et le laïque. Si nos ancêtres de l'ancien régime pouvaient se réveiller de leur tombe et venir nous parler, je ne sais pas s'ils nous diraient de reconstituer les corporations comme elles étaient autrefois pratiquées par eux, mais je suis bien sûr qu'ils nous diraient d'une seule voix : « Soyez chrétiens etvous serezfrcres! Soyez chrétiens et le reste vous sera donné par surcroît! »
JUSTICE ET CIIAKITK. — 0.