‹ Justice et charitéChapitre 33 sur 50 · PAR L EGLISE DANS LE PASSE · texte numérisé non relu

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villages aux frais du clergé et des congrégations religieuses.

Les biens de l'Eglise étaient réputés biens des pauvres. Les peuples dans leurs donations confondaient l'Eglise et les pauvres. Donner à l'Eglise, c'étaitdonner aux pauvres. Cette assimilation était si complète que le patrimoine de la charité était sacré à tous les yeux. L'usurper et l'amoindrir était un sacrilège qui attirait la colère de Dieu et les foudres de l'Eglise sur les têtes coupables. Un tiers ou un quart du revenu des biens ecclésiastiques servait à l'entretien des pauvres. Aussi, quand on a dépouillé le clergé catholique en Angleterre, sous Henri VIU, et quand, ailleurs, on a laïcisé la charité, qu'est-il arrivé? Les pauvres sont devenus du même coup plus misérables et plus nombreux. Il devait en être ainsi, et il en sera toujours de même partout où on renouvellera cette expérience. L'Eglise a créé pour le pauvre un vrai patrimoine, et la progression ou la diminution de ce-patrimoine ont toujours suivi le progrès ou la décadence de l'idée chrétienne. Quand l'Eglise a été puissante, le patrimoine du pauvre s'est accru, et il a baissé quand l'Eglise a été battue en brèche et affaiblie.

II. Le pauvre ne possède rien : l'Eglise lui a créé un patrimoine. Le pauvre n'a pas d'abri : l'Eglise lui a créé des refuges. Avant elle, la fondation d'établissements publics de charité n'entra jamais dans le système de l'administration païenne. Les païens guérissaient la pauvreté par des moyens radicaux, par l'infanticide et l'esclavage. On se débarrassait par la violence des êtres dont la présence était gênante. Quand donc l'Eglise entra dans le monde, elle dut créer de toutes pièces un vaste système de bienfaisance publique. Il n'y avait pas de modèle à copier, et, de plus, le pouvoir civil, hostile ou impuissant, déchaînait ou laissait lutter contre elle toutes les cupidités et toutes les ambitions. Elle se met à l'œuvre sans tarder. Chaque chrétienté naissante érige dans son sein une diaconie, 011 viennent s'abriter les confesseurs de la foi qui ont été dépouillés de leur patrimoine, les orphelins et les veuves des martyrs, tous ceux, en un mot. qui sont dans le malheur. Tout de suite après les persécutions, l'Eglise a l'idée géniale de créer des hôpitaux. A Rome, Fabiola, de l'illustre famille de Fabius, élève le premier grand hôpital qu'ait eu cette ville fameuse. Elle parcourt les places et les carrefours afin de recueillir les infirmes et les pauvres. Plus d'une fois elle les emporte sur ses épaules à demi morts, nettoie de

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ses mains les plaies les plus infectes, se baisse jusqu'auprès des moribonds pour leur faire prendre une liqueur fortifiante. Ah ! si les Scipion, les Camille, les Fabius, les empereurs et tant d'illustres morts étaient sortis à ce moment-là de leur sépulcre, qu'auraient-ils dit en voyant leurs descendants dresser partout des monuments à la charité dans une capitale qui, jusque-là, n'avait dressé des monuments qu'à l'homicide, à la superstition, à l'ambition et à tous les crimes? La vieille Rome s'éclipsait et faisait place à une Rome nouvelle. En Orient, c'est le même élan et ce sont les mêmes créations. Saint Basile ouvre, près de Césarée, un hôpital pour les malades, hôpital si vaste qu'il avait l'aspect d'une ville. Saint Jean Ghrysostome ouvre des hôpitaux à Constantinople, et, (' quand il veut écrire sur le fronton de ces nouveaux palais érigés à la bienfaisance le nom de leur destination sublime, il est obligé de créer dans la langue grecque des mots nouveaux que les dictionnaires n'avaient jamais connus ». Témoin indigné de ces merveilles, Julien l'Apostat s'écrie : « Ne devons-nous pas rougir que les Galiléens, ces impies, après avoir nourri leurs pauvres, nourrissent encore les noires, laissés dans un dénûment absolu? » Partout les fondations hospitalières se multiplient. Chaque monastère qui se fonde,

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chaque cathédrale qui se bâtit, chaque corps de métier qui s'organise, voit en môme temps se fonder, se bâtir et s'organiser un hôpital, et le nombre des hôpitaux dans l'Eglise devient la mesure même de son extension et de son influence. Au moyen âge. ils sont innombrables. A Rome, ils revêtent une magnificence incomparable. Au xin^ siècle, la France possédait à elle seule vingt mille hôpitaux. Prenez ce chiffre comme base d'une appréciation générale pour les autres pays catholiques et vous trouverez plusieurs millions de malheureux secourus chaque jour par l'Eglise, et cela depuis dixneuf siècles.

III. Que dire maintenant des serviteurs et des servantes que l'Eglise a donnés aux pauvres? Dès l'origine, ce sont les diacres et les diaconesses. Ensuite ce sont des grands, des riches, des savants qui descendent des sommets de la société : les derniers petits-fils des Camille et des Gracques, les Paula, les Mélanie, les Eustochium formées par saint Jérôme à l'école de Bethléem. Comment énu mérer tous les anneaux de cette chaîne héroïque? Disons seulement qu'au spectacle de ces grands de la terre qui ont eu le respect, le culte et l'amour de la pauvreté, les malheureux consolés ont compris qu'on pouvait être pauvre sans perdre la di-

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gnité et la joie et ont regardé la douleur d'un œil plus ferme et moins révolté.

Auprès des lépreux, voici des chevaliers qui se font un devoir et un honneur de les servir. En présence du mal des ardents, voici les Antonins qui prennent soin des corps rongés par la fièvre. Auprès des captifs, voici Jean de Matha et les religieux Trinitaires qui se chargent de les racheter et de prendre leurs fers. Auprès des pèlerins des Lieux Saints, voici les ordres hospitaliers de Saint- Jean et du Temple. Auprès des pauvres chrétiens de la Baltique, voici les Porte-Glaives et les Chevaliers Teutons qui combattent avecFépée, convertissent avec la parole et civilisent avec l'aumône. Auprès de l'humanité souffrante et malheureuse, voici des légions entières d'âmes charitables, des religieux et des religieuses de tout nom et de tout costume : Frères de la Doctrine chrétienne, Frères de Saint-Jean de Dieu, Frères de la Merci, Chevaliers de Saint-Lazare, et tant d'autres dont la liste serait fastidieuse. L'Eglise dans tout son passé a donné aux pauvres des serviteurs et des servantes dévoués, délicats, gratuits, permanents, des serviteurs et des servantes qui ne se comptent pas et qui ne se ménagent pas. A quoi bon insister? Les œuvres de charité inspirées et organisées par l'Eglise sont la gloire de notre civilisation

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