CHAPITRE VI
LES ŒUVRES SOCIALES ONT TOUJOURS EXISTÉ DANS V ÉGLISE [Suite)
2" Les anciennes corporaLtions (suite)
Nous étudions les œuvres sociales autrefois établiespar TE^dise. Or, en étudiant le passé, nous sommes en pleine actualité. Car nos législateurs modernes ont emprunté aux communautés de l'ancien régime les Chambres de commerce, les Conseils de prud'hommes, les Sociétés de secours mutuels, les Syndicats. Toutes ces institutions modernes ne sont qu'une lésurrection timide des vieilles corporations.
Pour connaître les corporations, nous en avons étudié l'histoire et la structure. Cela ne suffit pas. Pour connaître l'homme, il ne suffit pas d'étudier son corps et sa vie extérieure, il faut étudier son àme et sa vie intime. Tachons donc aujourd'hui de discerner et de voir en quelque sorte palpiter sous nos yeux l'âme des corporations. L'àme des
corporations, c'était lareligion, c'était la foi, c'était l'esprit chrétien.
I. Les corporations sont nées d'une pensée chrétienne. Elles sont nées au xi" et au xii^ siècle à l'ombre des murs saints, au chant des cantiques, à la voix dés prêtres. Elles étaient d'abord des confréries pieuses ayant pour but la construction des églises. Quand les métiers reçurent leurs premiers statuts et toute leur organisation civile, la confrérie subsita et resta l'âme du métier. Confrérie et corporation, ces deux choses n'en font qu'une: c'est l'âme et le corps, la sève et l'écorce, le fond et la forme, la substance et les apparences. Voyons cela dans le détail.
II. Les corporations se groupent sous le patronage d'un saint t chaque métier a son patron, et la liste des patrons est complète dès lexi" siècle. Les charpentiers et tous ceux qui travaillent le bois choisissent saint Joseph. Les serruriers, les orfèvres, tous ceux qui sont penchés sur les métaux se mettent joyeusement en marche sous la bannière de saint Eloi. Saint Gosme et saint Damien, médecins, sont les modèles de tous ceux qui se proposent la guérison de nos corps. Saint Maurice et saint Georges sont les patrons de ceux qui
versont leurs sang pour la patrie terrestre, en attendant cette autre patrie qu'on doit conquérir, mais qu'on n'aura pas à défendre. Saint Luc estle modèle des écrivains enlumineurs et des peintres vitriers etverriers. Lescharrons choisissent sainte Catherine, parce que cotte vierge fut suppliciée sur une roue. Les ouvriers en laine, cardeurs et peigneurs, choisissent saint Biaise, parce que cet évoque arménien eut le corps déchiré par des peignes de fer. Les bouchers et les corroyeurs choisissent saint Barthélémy, parce qu'il fut écorché vif, etc. Assez souvent c'est une idée toute symbolique qui explique le choix du patron. Ainsi les parfumeurs, gantiers et merciers ont pris pour patronne sainte Marie -Madeleine, parce que la pécheresse répandit un vase de parfums sur les pieds du Sauveur; les vinaigriers, la Sainte Vierge, considérée dans un de ses mystères glorieux, parce que le vinaigre avait joué un rôle dans un des mystères souffrants de son divin Fils. Vous reconnaissez là le moyen âge dans son amour pour l'antithèse et le symbolisme. L'image du patron était peinte sur les bannières, et dans toutes les occasions solennelles de la vie nationale et religieuse ces bannières flottaient au vent.