‹ Justice et LibertéChapitre 23 sur 27 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Que faut-il de plus ?

Le moraliste doit-il prévoir explicitement et suivre dans leur infinie variété toutes les situations de la vie, et formuler d'avance la réponse à toutes les questions ? Non. Sans parler du danger de faire de la morale un art compliqué et confus, où les sophismes du vice trouveraient plus de ténèbres pour se cacher que la conscience de lumière pour se conduire, le moraliste ne doit pas s'ériger en autorité, traiter les hommes comme s'ils ne pensaient point et penser à leur place, oublier qu'ils ont une raison et leur prêter la sienne. Que penser de l'homme qui, se trouvant embarrassé, rencontrant un de ces cas où, selon le mot de Guizot, « il est plus difficile de connaître son devoir que de l'accomplir », au lieu de réfléchir par lui-même, ouvrirait un livre pour y chercher, non pas les principes, mais les détails de sa conduite ? On conçoit qu'il

demande conseil à quelque personne éclairée, mai* qu'il cherche une règle écrite, comme un juge cherche un article de loi dans son code I La complexité du code est fort explicable ; comme le juge ne doit jamais prononcer un jugement ?ans l'appuyer sur un texte, il faut bien qu'il ait derrière lui un arsenal richement garni d'articles de loi. Et remarquez que le code ne s'occupe pas de la conduite des hommes tout entière, mais seulement de cette partie de la conduite que Tordre social oblige à réglementer. Que serait-ce, s'il fallait codifier toute la morale? Quelques principes généraux, nettement formulés et solidement établis, suffiraient à assurer la paix sociale, si les hommes étaient assez maîtres d'eux-mêmes pour les observer. J'ai voulu montrer, contrairement à l'opinion commune, que plusieurs des grandes querelles qui les passionnent ne touchent pas à ces principes. Y a-t-il une question qui ait plus souvent et plus âprement armé les hommes les uns contre les autres, que celle du libre arbitre et du déterminisme? Aujourd'hui, le débat ne met aux prises, semble-t-il, que quelques philosophes; mais songez que cette question est celle de la grâce^ dont l'histoire de l'Église, c'est-à-dire du monde chrétien, apparaît sans cesse agitée. Et pourtant, quelque parti que vous preniez, le devoir est le même, puisque la justice divine n'est pas

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