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CHAPITRE PREMIER

De la Morale animale.

§ 1. — Ce litre surprendra le lecteur qui n'a pas lu la première partie de mon ouvrage. Mais s'il connaît les chapitres qui traitent de la <( Conduite en général » et de « l'Évolution de la Conduite », il saisira ce que j'entends par la Morale animale \

Dans ces chapitres, il est démontré que la Conduite dont traite la science de la Morale ne doit pas être séparée de la science de la Conduite en général, que la conduite la plus parfaite est celle qui assure la vie la plus longue, la plus

1 Voici quelques extraits des passages auxquels se réfère fauteur : « La définition de la conduite à laquelle nous aboutissons est celle-ci : ou l'ensemble des actes adaptés à une fiu, ou l'adaptation des actes à des fins... La Conduite, dans la pleine acception du mot, doit être prise comme embrassant toutes les adaptations d'actes à des fins, depuis les plus simples jusqu'aux plus complexes, quelle que soit leur nature spéciale, qu'on les considère d'ailleurs séparément ou dans leur totalité (page 3)... Nous avons été amenés à reconnaître que la Morale a pour sujet propre la forme que revêt la conduite universelle dans les dernières étapes de son évolution (page lii)... Nous voyons maintenant, en laissant de côté les autres fins, qu'on appelle bonne la conduite par laquelle cette conservation de soi est favorisée, et mauvaise la conduite qui tend à la destruction de l'individu (page 20), »

{Les Hases de la Morale évolulionniste , Ijibliothéque scientifique internationale.)

ample et la plus complète, et qu'il en résulte pour chaque espèce d'animaux ses règles de conduite propres, bonnes d'une bonté relative et agissant sur cette espèce delà même manière qu'agissent sur l'espèce humaine les règles de conduite morale qui ont obtenu Fassentiment unanime.

Bien des gens pensent que la Morale a pour objet l'étude de la Conduite au point de vue de Tapprobation ou de la désapprobation que nous y attachons. Mais son objet primordial, c'est la conduite envisagée objectivement en tant qu'elle produit de bons ou de mauvais résultats pour soi, pour autrui ou pour tous à la fois.

Même les personnes qui assignent à la Morale la mission unique de distribuer le blâme ou l'éloge, reconnaissent tacitement qu'il existe une morale à l'usage des animaux, car les actes de ces derniers excitent en elles la sympathie ou l'antipathie. Elles louent l'oiseau qui pourvoit de nourriture sa compagne retenue à couver dans son nid. Elles regardent avec aversion la poule qui refuse de couver, mais admirent celle qui défend bravement ses poussins.

Les actes égoïstes ou altruistes des animaux sont donc classés en actions bonnes ou mauvaises. On approuve et l'on trouve naturel qu'un écureuil fasse ses provisions d'hiver; on estime que celui qui a négligé ce soin et qui périt d'inanition, subit le juste châtiment de son imprévoyance. Nous appelons poltron, épithète de désapprobation, le chien qui abandonne sans combattre l'os qu'il était en train de ronger.

Il est donc clair que nous jugeons les actes des animaux selon qu'ils sont utiles ou nuisibles à la préservation de l'espèce ou de l'individu.

§ 2. — Ces deux exemples d'actes égoïstes et d'actes

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