DE LA MORALE ANLMALE
altruistes nous font découvrir les deux principes cardinaux et opposés de l'éthique animale.
Durant Tenfancc des animaux, les avantages leur sont accordés en raison inverse de leur aptitude à s'aider euxmêmes. Dans le groupe familial, le membre le mieux partagé est celui qui mériterait le moins de l'être, si son mérite se mesurait à Téchelle des services rendus. Au contraire, à Tàge adulte, la part d'avantages est en raison directe du mérite, celui-ci étant déterminé par l'adaptation aux conditions de l'existence. Les uns souffrent des conséquences de leur adaptation défectueuse, les autres jouissent de celles de leur adaptation plus parfaite.
Telles sont les deux lois auxquelles une espèce doit se conformer pour durer. Chez les types animaux inférieurs, les parents ne s'occupent de leur progéniture que pour déposer à portée des germes de petites quantités d'aliments : aussi Fénormité de la fécondité y balance-t-elle l'énormité de la mortalité. Nous arrêtant donc aux types animaux supérieurs, il est certain que l'espèce disparaîtrait bientôt si les avantages accordés aux petits étaient proportionnés aux services rendus; si, d'autre part, les avantages étaient accordés aux adultes en raison de leur faiblesse, l'espèce dépérirait et s'éteindrait au bout de quelques générations. (Voir PtHncijjes de Sociologie, § 322.)
§ 3. — Comment, au point de vue de l'éthique, apprécierons-nous ces principes? En premier lieu, si ce n'est pour les espèces tout à fait inférieures, ce sont ces principes qui ont sauvegardé la vie animale. Rangeant à part les protozoaires^ parmi lesquels leur opération est à peine perceptible, on voit que sans les avantages assurés gratis aux rejetons et sans les avantages acquis aux seuls
efforts des adultes, la vie animale aurait cessé d'exister.
En second lieu, en vertu de ces mêmes principes, la vie a graduellement évolué vers des formes plus élevées. Par la sollicitude dont a été entourée la progéniture, sollicitude qui a grandi avec les progrès de l'organisation, par les survies des adultes les plus aptes à la concurrence, survies devenues plus fréquentes avec ces mêmes progrès de l'organisation, la supériorité a perpétuellement été favorisée et de nouveaux progrès ont sans cesse été assurés.
D'un autre côté, il faut avouer que cette sollicitude pour le bas-age, qui ne recule devant aucun sacrifice, et cette lutte pour l'existence parmi les adultes, ont semé le carnage et la mort par inanition, qui dès le début ont caractérisé l'évolution de la vie. Il est encore vrai que l'évolution progressive due à la prévalence de ces principes, est responsable de la génération de parasites cruels, dont le nombre dépasse celui de toutes les autres créatures connues.
La perception de ces principes ne peut qu'irriter le pessimiste qui se livre à l'étude de la vie animale. Mais l'homme qui envisage la vie prise en général au point de vue optimiste ou mélioriste, et qui accepte le postulat de l'hédonisme, y trouvera des sujets d'une satisfaction plus ou moins mélangée, et, se plaçant au point de vue de l'éthique, il applaudira à leur accomplissement.
Les croyances populaires considéreront ces principes comme étant l'expression de la volonté divine ; pour l'agnostique, ils révèlent le mode d'action du Pouvoir Inconnaissable qui régit l'Univers. Dans les deux cas, ils auront trouvé leur justification.
§ 4. — Nous ne nous engagerons pas pour le moment