CHAPITRE IX
dans tous les carrefours de Rome, sont renversées et mises en morceaux. Les sénateurs poursuivirent jusqu’à sa mémoire, et quantité de citoyens furent enveloppés dans sa perte 1 * .
Voilà, certes, un exemple terrible des vicissitudes humaines. C’est ici que le poëte philosophe et moraliste nous attend; c’est cet exemple qu’il va choisir pour nous guérir à tout jamais de l’ambition et du désir des grandeurs humaines. De là un tableau admirable peint des .plus vives couleurs. Juvénal triomphe ici, à la façon de Bossuet, de la vanité de nos grandeurs. Il nous montre les statues équestres de Séjan brisées par le peuple en fureur et jetées ensuite dans des fournaises ardentes pour y être fondues; on entend craquer sous l’action du feu l’image de celui qui fut le grand Séjan, et a de cette tête, la seconde de l’univers entier, on fait des marmites, des pots, des poêles à frire et des ustensiles de ménage*. » Je ne sais si je me trompe, ces trivialités à la Shakspeare ne font que mettre plus encore en relief l’idée du poëte qui oppose à cette grandeur passée les misères du présent. Cela rappelle Hamlet, dans la scène du cimetière, jouant avec les crânes et philosophant sur les plus belles destinées « aboutissant à un peu de pourriture 3 ».
Cependant les portes des maisons sont décorées de lauriers; on court immoler un taureau blanc à Jupiter.
Mais voici le corps de Séjan. Du doigt, Juvénal nous désigne son cadavre traîné avec un croc, à la grande joie des Romains.
1 Dion Cass., Vlll, c. x-xix.
Deinde ex facie loto orbe secundo,
Fnmt urceoli, prives , sartago, mateUæ.
(V. 63 et 64.)
1 Hamlet, traduct. François. -Victor Hugo. t. I, se. x.
DE LA VANITÉ DE NOS DÉSIRS. H
Ici le poëte imagine un dialogue entre deux obscurs citoyens, un dialogue qui jette un jour bien vif sur les mœurs de l’époque, en même temps qu’il éclaire le cœur humain jusque dans ses dernières profondeurs.
• Quelle bouche, quelle tête il avait! jamais, tu peux m'en croire, je n'ai aimé cet homme-là. Mais de quoi i'accusait-on ? qui l’a dénoncé? par quelles preuves, par quels témoins a-t-on démontré son crime?
• — Il n’en a pas fallu tant. Une lettre longue et dilTuse est arrivée de Caprée.
« — C’est bien ; en voilà assez »
Ce dialogue commencé, Juvénal l’interrompt soudain par quelques réflexions personnelles comme celles-ci :
« Et que fait-elle, cette tourbe des enfants de Rémus? Ce qu’elle a toujours fait. Elle salue le succès et maudit la victime. Oh ! si A’ursia, qu’on adore en Toscane, eût favorisé son Toscan, si Séjan avait réussi à faire tomber le vieil empereur, ce même peuple, à cette heure môme, proclamerait Séjau et le nommerait Auguste. Depuis qu’on n’a plus de suffrages à vendre, ce peuple ne s’occupe plus de rieu, et lui qui jadis distribuait les commandements militaires, les faisceaux, les légions, il s’enferme aujourd’hui dans une honteuse oisiveté et ne se soucie plus que de deux choses : du pain et des jeux du cirque ’. »
Qua labru, guis illi
Vultus erat! Xunqunm, si quid mIAI credis, amavi Hune Iwminem sed quo cecidil sub crlmine P qulsnnm Delatof? quibus Indiciis, quo teste probavit?
NU horum : verbosa et grandis epistola venu
A Capreis. — Bene habet; nil plus interroge
> Sed quid
Turbo Ken tl? sequitur fortunam, ut semper, et odit
ta