CHAPITRE X
Le morceau dans son ensemble, je ne crains pas de l’affirmer, est un véritable petit chef-d’œuvre de grâce et de fine ironie; il n’est déparé que par un préambule déplacé, d’une longueur démesurée et d’un goût très-douteux. Ce préambule, nous n’hésitons pas à le considérer, avec le savant M. Ott. Ribbeck, comme une interpolation grossière et maladroite 1 * 3 ; nous le retrancherons donc de notre analyse et nous passerons sans autre transition à l’endroit môme où Juvénal entre réellement, carrémeut, en matière selon sa coutume, en invitant son ami Persicus au modeste repas dont nous avons parlé.
Le poète nous introduit tout de suite, avec son hôte Persicus, dans son intérieur, dans son intimité. Le terrible censeur des mœurs, dont nous n’avons jusqu’ici guère entendu que la voix vibrante et vengeresse, adoucit cette voix, se montre à nous en négligé, en déshabillé, en quelque sorte, au sein de sa vie privée. L’accusateur public fait place au maître de maison; écoutons-le :
« Ce soir même, Persicus pourra s’assurer si Juvénal mène, oui ou non, une vie conforme à ses principes, s’il est de ceux qui vantent fort le régime frugal et font bombance à huis clos, de ceux qui devant le monde demandent à leur esclave, tout haut, de la bouillie, et tout bas des friandises. » Tout ici sera simple, elle poète recevra Persicus comme Evandre reçut jadis Hercule et EnéeL Et à l’avance Juvénal donne à son hôte futur le menu du repas qui l’attend, menu dont le marché ne
1 Je renvoie le lecteur à l'argumentation si sensée et si serrée à
l’aide de laquelle le philologue de Kiel démontre la non-authenticité des 55 vers qui forment ce préambule. (Ribb., ouvr. cil., p. 84-96.)
Digiti
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