‹ Juvénal et ses satiresChapitre 146 sur 195 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

barques mêmes de Baïa seraient en sûreté. C’est là qu'à l'abri du danger, la tête rasée, les niatelots babillards se plaisent à raconter les périls auxquels ils vicunent d’échapper 1 . »

J’ai voulu citer en entier ce beau récit sans l’interrompre par aucune réflexion. Il forme un véritable petit drame plein d’intérêt et d’émotion pour aboutir cependant, après avoir tenu l'esprit du lecteur longtemps en suspens, à un dénoûment heureux. C’est avec un art singulier que le poète varie les incidents de sa tempête sans jamais perdre de vue son ami, qui en est le héros. Nous admirons le courage, le sangfroid , le désintéressement de Catulle, et bientôt nous nous intéressons, nous nous attachons à lui ; comme le poète son ami, nous aussi nous tremblons pour lui au moment où il est réduit, pour essayer une dernière chance de salut, à couper le mât de sou navire. Ainsi Homère, qu’on noüs permette ce rapprochement, a su exciter nos sympathies et nos alarmes en faveur d’Ulysse luttant au milieu d’une tempête épouvantable contre les éléments conjurés \ Disons-le encore : de même qu’Homère, JuvénaL, et je ne saurais trop L’en louer, s’est moins occupé des accidents matériels de l’orage que de son héros; ce qui nous touche surtout, c’est l’homme, ce sont les sentiments humains. De là aussi le singulier à-propos de cette apostrophe pleine d’une éloquente ironie adressée à l’homme en général dont la témérité à s’élancer sur la mer l’expose à tout instant à la mort la plus affreuse. On croirait entendre Horace maudissant l’audace de celui qui, le premier, sur un

• V. 30-83. La traduction de cc morceau ncst pas aisce, vu la corruption évidente de plusieurs endroits du texte. Nous nous eu sommes tenus à celui de U. Ott. Jalin.

• Odyssée, V, v. 291-468.

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