CHAPITRE XI
sa femme; laisser là toute dignité et toute susceptibilité pour se plier à ses moindres caprices; lui faire place à coups d’épaules dans la foule, l’écouter bouche béante, s’extasier sur tout ce qu’il dit. Notre vieillard sans enfants ou notre vieux garçon vient-il à trépasser? verser, si c’est possible, quelques larmes édifiantes, lui faire un beau service, lui élever un monument convenable, pour ne pas donner aux voisins le droit de gloser; mais surtout se montrer de facile, composition avec les cohéritiers
Tout cela, comme raillerie contenue et traits de caractère, est digne de Molière, de Théophraste, de la Bruyère. Qui, d’ailleurs, oserait soutenir que beaucoup de ces vilenies ne se pratiquent pas encore de nos jours? Sans doute les caplaleurs de testaments, comme on les appelait, formaient une classe à part dans une ville où le célibat avait pris des proportions si considérables qu’on dut promulguer des lois pour forcer les célibataires au mariage, Sous peine d’une amende ou de la confiscation des biens qui pourraient leur être légués ’. Mais notre moderne société a encore ses vieux garçons, ses vieilles filles ou ses ménages sans héritiers. Pourquoi n’aurait- elle pas ses pêcheurs d’héritages? Ceux-ci, je le veux bien, apportent dans leurs manœuvres un peu plus de réserve, de pudeur, de prudence peut-être. Ils exercent leur industrie à petit bruit, en cachette, dans l’ombre, mais pas assez cependant pour échapper toujours aux remarques du public ou du voisin ; et, chose triste à dire, de même qu’à Rome, ce ne sont pas toujours les plus besogneux qui se livrent à cette course aux successions ; ce sont souvent, il faut
’ Horal., Sat. II, v, passim.
1 Loi Julta, loi Pappia-Poppæa, Dion Cassius, XLIII, iir ; LVI, x.