‹ Juvénal et ses satiresChapitre 192 sur 195 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

autant de traits de mœurs, mis en opposition avec la justice prompte qu’obtiennent en tout temps les hommes d’armes devant les prétoires militaires, ne font que mieux ressortir le sujet même que traite le poète. Cette simple façon d’énoncer les choses renferme une critique indirecte etd’autaut plus amère contre les privilèges dont jouissait l’armée.

Voici maintenant un privilège d’un autre genre. Le poète l’énonce avec la même sécheresse, le même ton un peu prosaïque que les privilèges précédents. On dirait, et peut-être n’aurait-on pas tort, une ébauche en vers, une sorte de brouillon rhythmé, qu'un travail postérieur développera et polira en même temps.

« Autre avantage. Les soldats seuls ont le droit exclusif de tester du vivant de leur père, car nos lois ont statué que le produit des travaux de la guerre ne fait point partie du patrimoine dont le père de famille seul dispose à son gré. Ainsi voyez Coranus; il est encore sous nos drapeaux et reçoit la solde. Eh bien, son père, tout vieux et chancelant qu’il est, lui fait la cour en vue d’un testament. Une légitime faveur conduit Coranus à la fortune et lui assure magnifiquement le prix de son zèle. D’ailleurs il importe au général que les plus braves soient aussi les mieux récompensés, qu’ils soient distingués par des colliers et des bulles d’or *. »

la cause ; l'avocat à qui incombe ce soin la détend. Le juge demande les témoins. Dans l'intervalle... ipsus il minclum.... il rentre, dit qu'il est parfaitement au courant de l'affaire, sc fait présenter les pièces du procès, examine l'écriture, quoiqu'il puisse à peine ouvrir ses yeux avinés. La dessus on va délibérer : Que m'importe, dit-il à ses collègues, toutes ces niaiseries? Que n’allons-nous boire plutôt du vin miellé coupé avec du vin grec? « Quid mihi negotii est cum islis nugaàbus } quir. polius potamus mulsum mixlum vi no grxco, etc.? » (Salurn., III, 16.)

1 V. 5t ad fi n,

Voilà, il faut bien en convenir, une fin bien brusque, car c’est ainsi que le morceau se termine. Qu’est devenu chez le poëte cet art suprême de féconder uu sujet? Quel parti a-t-il tiré de cette situation d’un père amené, à la suite de la loi sur le peculium castrense, dont dispose librement le fils de famille, à jouer auprès de son propre fils le rôle déshonorant de captateur de testament? Il y avait là un trait de mœurs qui demandait à être bien autrement développé, ce me semble ; et le chapitre des décorations militaires devait également être traité avec plus de vigueur d’esprit. Somme toute, les dix derniers vers de la pièce sont d’une faiblesse extrême sous le rapport du fond et de la forme, et ils n’auront pas peu contribué, j’imagine, à faire rejeter le morceau comme indigne de Juvénal. Mais il ne faut pas perdre de vue non plus que nous n’avons évidemment qu’un fragment de la seizième satire; cela est incontestable. Le sujet annoncé est loin d’avoir été épuisé; et Weber l’a pour ainsi dire démontré 1 . Que d’avantages particuliers au métier des armes ne restait-il pas à énumérer ’! Il est donc permis de conclure que peut-être, soudain arrêté par la mort, Juvénal n’aura plus eu le temps ni de retoucher sa composition abandonnée ainsi, en certaines parties, à l’état d’ébauche, ni de l’achever en dévelop- [iant son thème jusqu’au bout. De là ce fragment. Voilà du moins comment, selon nous, on peut envisager les choses, pour expliquer à la fois la faiblesse de certains passages de cette satire, sa brusque interruption et son manque de conclusions. Quant au raisonnement de Ileinrich s , s’obstinant à ne pas recou-

1 Die Satiren J u venais . Erklxrung , p. 603 et 606.

3 Idem , ibid.

* Erklxrung, t. II, p. 544.

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