‹ Juvénal et ses satiresChapitre 34 sur 195 · CHAPITRE HL · texte numérisé non relu

CHAPITRE HL

niques et faux stoïciens épicuriens. Ces derniers, à qui le poète ne consacre que peu de lignes, il les accuse d’avoir toujours à la bouche les mots de justice et de liberté, tandis qu’ils donnent l’exemple de la plus honteuse mollesse. Au forum, soit comme avocats, soit comme juges, ils fulminent contre la dépravation des mœurs tout en portant des costumes scandaleux pour des Romains, des toges diaphanes, laissant voir toutes les formes et toutes les parties du corps, et dont rougiraient de se revêtir même les femmes dépravées contre lesquelles ils viennent requérir : « Mieux vaudrait plaider tout nu, ce serait plus fou, mais moins indécent 1 . »

Voilà qui, chez Juvénal, sent le vieux Romain, ami de la gravité, de la décence, et ennemi déclaré de toutes les innovations capables de l’altérer ou de la compromettre. On croirait entendre Caton l’Ancien faisant la guerre aux mœurs corrompues du jour dans son fameux discours contre l’abrogation de la loi Oppia, par exemple. Quelle vivacité aussi dans les réflexions qui suivent, empruntées au même ordre d’idées et formant un admirable contraste :

» Oh ! que j’3urais voulu te voir jadis et sous un tel vêtement parler de lois et de justice devant ces vieux Romains revenant vainqueurs et couverts de blessures encore saignantes, devant ces montagnards, abandonnant leurs charrues pour accourir au Forum ! - »

Mais c’est aux faux stoïciens cyniques qu’il réserve ses traits et ses âpres colères ; c’est à ces pharisiens du Portique, à ces autres sépulcres blanchis, qu’il arrache

Nudus ajas : minus est i mania turpis.

LES HOMMES ROMAINS

SS

leur masque; ce sont ces Tartufes du paganisme dont pullule la Rome de Domitien , qu’il accable de ses coups de fouet et de ses sanglantes ironies.

• Il me prend envie de quitter Rome et de me sauver au pays des Sarmates et de l’Océan glacé quand j'entends parler morale à des gens qui font les Curius, et dont la vie est une perpétuelle bacchanale... Méüez-vous de leur front trompeur. Quel quartier ne regorge de ces austères débauchés? Oses-tu bien sévir contre les vices du temps, toi l’égout le plus signalé de la bande qui affecte la sagesse d'un Socrate ? Ta peau velue, tes membres hérissés de soies de sanglier promettent une âme indomptable. Mais tu fais rire ton médecin 1 .... Ces gens parlent peu : ils ont la passion du silence ; ils portent leurs cheveux plus courts que leurs sourcils. J’aime encore bien mieux Péribomius, quant à moi ; celui-là au moins est franc et naïf dans son immoralité :je ne l’impute qu'à la fatalité. Son visage, sa démarche, tout le confesse. Cette candeur dans la débauche excite ma pitié. Cette fureur du vice en est l’excuse. Combien plus dépraves sontils, ces fourbes qui, pour flétrir le mal, tonnent comme Hercule contre la volupté, et au sortir d'un discours sur la vertu, se vautrent dans le vice 2 ! Ignoble Sextus, s’écrie l'infâme Varillus, tu veux que je te respecte? Vaux-tu donc mieux que moi ? Qui veut se moquer des cagneux doit avoir la jambe droite ; il faut avoir la peau blanche pour se railler du nègre. Qui pourrait supporter les Gracques déclamant contre l'esprit de sédition ? N’est-ce pas le monde renversé que de voir Verrès se choquer d'un vol, Milon fulminer contre l’homicide, Clodius se scandaliser d'un adultère, Catilina dénoncer Céthégus, et les triumvirs, disciples de Sylla, déclamer contre les proscriptions?

■ Tel était encore ce misérable qui, naguère, souillé d’un adultère mêlé à de tragiques événements, osait faire revivre des lois effrayantes pouvant atteindre Mars et Vénus, tandis que sa nièce Julie, trop souvent féconde, rejetait de ses flancs, par des avor-

' Sed podice levi

Cœduntur lumid.r, medico ridente, mariseic.

(V. 12 et 13.)

1 V. 21. La traduction littérale du commencement de ce vers est impossible.

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