ES HOMMES ROMAINS
Domitien ; et cette satire, une des premières sinon la première qui soit sortie de sa plume, a dû être écrite, mais non publiée, bien entendu, du vivant même de Domitien; elle aura paru tout aussitôt après la mort du tyran.
Nous connaissons maintenant les hypocrites du temps', mais nous savons seulement d’une manière générale quelles sont leurs mœurs, leur vie privée. Il y a beaucoup d’art dans la transition à l’aide de laquelle l’écrivain passe à la seconde partie de son sujet. 11 suppose qu’un de ces bons stoïciens, qu’il vient de nous faire connaître, traverse une rue de Rome en s’écriant, avec des roulements d’yeux dignes de l’Imposteur peint par Molière : « Loi Julia, qui punis l’adultère, où estu? dors-tu?» Une femme est censée l’entendre. Aus-
' Apres Juvénal personne n'a mieux peint, démasqué et persiflé celte race d'hommes, philosophes si austères dans leur extérieur et si hideusement corrompus dans leur intérieur, que Lucien. Ce qu’ils avaient été au premier siècle de l’ère chrétienne, ils l'étaient encore au deuxième, époque où écrivait le satirique de Samosate. Qu’on en juge par le passage qui suit : « Il est une espèce d'hommes qui depuis peu monte comme une écume à la surface de la société, engeance paresseuse, querelleuse, vaniteuse, irascible, extravagante, bouflie d'orgueil et d’insolence, et selon l'expression d’Homère « de la terre inutile fardeau ». Ces hommes-là, formés en différents groupes, ont inventé je ne sais combien de dédales de raisonnements, se sont appelés stoïciens, académiciens, péripatéliciens... Grâce au nom respectable de la vertu dont ils se drapent, le sourcil haut, la barbe longue, ils s'en vont déguisant l’infamie de leurs mrrurs sous un dehors composé, semblables à ces acteurs de tragédie, dont le masque et la robe brodée d'or, une fois enlevés, laissent à nu un misérable personnage qui se loue sept drachmes pour la représentation... En face de leurs disciples ils vantent la tempérance et le courage, déprécient les richesses et les plaisirs; mais aussitôt qu’ils sont seuls et livrés à eux-memrs, qui pourrait dire jusqu’où va leur gourmandise, leur lubricité, leur empressement à lécher la crasse des oboles? » ( fearo* ménippe, 29.)