‹ Juvénal et ses satiresChapitre 44 sur 195 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

le» femme* romaine*

Cette satire est la composition Ja plus vaste et aussi la plus piquante que nous ait laissée J u vénal. On chercherait en vain, tant chez les anciens que chez les modernes, dans le même genre de littérature, un morceau de poésie comparable à celui-ci pour la simplicité du plan , la force du sarcasme, l’abondance et la variété des détails. Sous prétexte de détourner du mariage son ami Posthumus, un vieux garçon passablement libertin *, il lui dépeint les mœurs des femmes de son temps ; et il fait passer sous ses yeux toute une série de types tantôt plaisants et ridicules, tantôt odieux et effrayants. Ces types représentent, par conséquent, les uns de simples faiblesses ou de légers défauts, les autres des vices abominables et des crimes, ceux-ci particuliers aux Romains de l'époque, ceux-là inhérents à la nature de la femme en général, à quelque pays, à quelque nation qu’elle appartienne, — une distinction qu’il est important d’établir. De là des peintures à la fois morales et historiques qui dénotent chez le poëte autant de profondeur que de véracité. Tantôt, en effet, il se montre connaisseur et observateur sagace du cœur hu-

• Sat. VI.

’ Voy. V. 42-45.

LES FEMMES ROMAINES

main, tantôt historien inexorable d’extravagances, de débordements sans nom, et toujours d’autant plus digne de foi que, malgré les tendances naturelles de la satire à charger les touches pour produire du relief, il n’avance rien, somme toute, nous ne saurions trop le répéter, que ne signalent et ne confirment aussi Tacite, Suétone, Martial, ces trois peintres véridiques de la corruption romaine.

Est- ce à dire que cette satire soit exempte de défauts? Loin de là. On est en droit d’adresser plus d’un reproche à son auteur. On rencontre dans cette curieuse et puissante composition beaucoup trop de passages, je ne dirai pas seulement hardis et licencieux, mais obscènes et qui font le triste pendant de maints endroits de la deuxième et de la neuvième satire. Ces crudités ne choquaient pas les anciens, nous l’avons déjà plus d’une fois constaté, et tout à l’heure nous • aurons occasion de revenir sur le même point, mais le lecteur moderne s’en alarme, lui, et à juste titre.

Quant au plan de la satire dont nous avons signalé et loué plus haut la simplicité, il laisse néanmoins à désirer; il manque d’art et n’a pas dû coûter beaucoup d’efforts au poète; car il consiste en une série de portraits de femmes vicieuses à divers titres, portraits se succédant les uns aux autres sans transition, sans choix, sans méthode, et qui se distinguent seulement, et c’est beaucoup sans doute, par la vigueur du trait et la vivacité des couleurs. Il semble qu’ils soient moins le fruit d’une étude péniblement élaborée que le résultat d’une brillante improvisation, une de ces improvisations de génie qui faisaient naître parfois des chefs-d’œuvre sous la plume de Molière ou de Shakspeare.

Ce n’est pas tout : la sixième satire donne lieu à une

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