‹ Juvénal et ses satiresChapitre 48 sur 195 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

C’est par le tableau des désordres d’Hippia et de Messaline que s’ouvre en quelque sorte la satire; c’en est le début éloquent. Le satirique se maintiendra à cette hauteur jusqu’au bout. Ce n’est pas lui qui manquera jamais d’haleine. Il va donc poursuivre son sujet, qu’il a si heureusement et si vigoureusement attaqué, et il nous fera faire connaissance avec tout un monde de femmes vicieuses et qui le sont à des titres divers. De là, dans tout ce qui suit, une grande variété

Sumere nocturnes meretrtx Augusta cucullos,

Linquebat, comité ar, cilla non amplius una,

Et nigrum Jlavo crinem abscandenle galcro,

Intravit calidum veteri centonc lupanar.

Et celtnm vacuum algue suam : lune nuda pupilles Constitll auratis, titulum mentita Lycitcæ;

Ostcnditque luum,generose Rrilannice, venlrem.

Moi, lenonc suasjam dimittente paellas,

Trislis abit ; et , guod patuit, tamen ultima cellam Clausit, adhuc ardens rigidx lentlgine vulvæ ;

Obscurisque genis turpis, famoque luccrnx Fœda, lupanaris tulit ad pulrinar odorem.

Je retranche avec Hermann et M. Rihbeck, comme étant évidemment interpolés, les vers lis, 126 et 130, à qui leur obscénité même a malheureusement donné une triste popularité.

On a traduit, imité bien des fois ce passage et souvent arec un incontestable talent. M. de Fontanes, entre autres, en a donné une traduction en vers français, qui a longtemps circulé sous le nom de l’académicien Thomas. Mais M. Sainte-Beuve constate (article Fontanes, Portraits littéraires) qu'elle est réellement de Fontanes. Nous la mettrons donc sous les yeux du lecteur r

Quand de Claude assoupi ta nuit ferme les yeux,

D'un obscur vêlement sa femme enveloppée.

Seule avec une esclave, cl dans l’ombre échappée,

Préfère à ce palais lout plein de scs aïeux Des plus viles Phrynés le repaire odieux.

Pour y mieux avilir le sang qu'elle profane Elle emprunte à dessein un nom de courtisane :

Son nom est Lycisca. Ces exécrables murs,

La lampe suspendue à leurs dômes obscurs,

LES FEMMES ROMAINES

de tons et de couleurs, le tout rehaussé d’un talent d’observation philosophique qui ne se démentira jamais.

Après avoir dit un mot seulement d’une certaine classe de femmes qui spéculent sur l'avarice de leurs maris pour en obtenir, moyennant une grosse dot, le droit de vivre comme elles l’entendent 1 , il passe immédiatement à la fantasque. Jeune et belle, elle est en général exclusivement aimée pour sa figure ; elle le sait et elle cherchera d’autant plus à tirer parti d’un pouvoir qui ne pourra être qu’éphémère ; car, une fois que les rides seront venues, on ne se fera pas scrupule de la délaisser. Mais en attendant elle dominera dans la maison et saura satisfaire tous ses caprices. Voyez : Bibula exige de son mari Sertorius le possible et l’impossible : il lui faut des moutons avec leurs pâtres, des vignes aux superbes raisins, et cela dans le cru de Falerne. Elle entend avoir également des bandes entières d’esclaves.

I)cs plus affreux plaisirs la place encor récente, llien ne peut réprimer l'ardeur qui la tourmente. Uii lit dur et grossier charme plus ses regards Que l’oreiller de pourpre où dorment les Césars. Tous ceux que dans cet antre appelle la nuit sombre, Son regard les invile et n'en craint pas le nombre : Son sein nu, haletant, que cache un réseau d’or,

Les défie, et triomphe, et les défie encor.

C'est U que, dévouée à d'infâmes caresses,

Des moletiers de Rome épuisant les lendresscs,

.Noble Britannicus, sur un lit effronté.

Elle étale k leurs yeux les flancs qui t’ont porté. L’aurore enfin parait, et sa main adultère Des faveurs de la nuit réclame le salaire.

Elle quitte à regret res immondes parvis ;

Ses sens sont fatigués, mais non pas assouvis.

Elle rentre au palais, hideuse, échevelée :

Elle rentre; et l’odeur autour d’elle exhalée Va sous le dais sacré du lit des empereurs Révéler de sa nuit les lubriques fureurs.

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