‹ Juvénal et ses satiresChapitre 57 sur 195 · chapitre: iv · texte numérisé non relu

chapitre: iv

mou : « Puisse la femme qui partage ta couche ue jamais posséder ce qui s’appelle le style, et ne pas savoir, dans son langage travaillé et sententieux, décocher le rapide enthymème! etc. »; ne croirait-on pas entendre le bonhomme Chrysale, outré de tout ce qui se passe autour de lui, et s’écriant avec son admirable bon sens bourgeois :

Il n'est pas bien honnête, et pour beaucoup de causes, Qu'une femme étudie et sache tant de choses.

Former aux bonnes mœurs l'esprit de ses enfants,

Faire aller son ménage, avoir l'œil sur ses gens Et régler la dépensé avec économie, •

Doit être son étude et sa philosophie.

ISos pères sur ce point étaient gens bien sensés,

Qui disaient qu'une femme en sait toujours assez.

Quand la capacité de son esprit se hausse A. connaître un pourpoint d'avec un haut de chausse '.

Et lorsque Juvénal, continuant sa satire, nous parle ensuite comme d’une peste de cette insupportable pédante qui ne manque jamais aux règles de la grammaire et rumine sans cesse son Palémon , notre esprit

' Act. Il, sc. vu. Il ne faudrait pas croire cependant que Molicre partageât entièrement cette opinion ; il la modifie avec beaucoup de convenance et de sagesse dans le rote de Clitandre, faisant, lui aussi, comme Juvénal, une distinction entre la pédante insupportable et la femme douée d'une instruction modeste, et qui par conséquent ne cherche pas à briller..

«Je consens qu'une femme ali des clartés de tout,

Mais Je ne lui veux point la passion choquante De sc rendre savante afin d’élre savante.

Et J'aime que souvent, aux questions qu'on fait,

Elle sache ignorer les choses qu'elle sait;

De son élude enfin Je veux qu'elle se cache El qu’elle ait du savoir sans vouloir qu'on le sache ,

Sans citer les auteurs, sans dire de grands mots.

Et clouer de l’esprit A ses moindres propos. «

(Acte I, sc. ni).

LES FEMMES ROMAINES

ne se reporte-t-il pas aussitôt à Philaminte, Armande et Bélise, inflexibles toutes les trois sur les lois du langage, sur la propriété des termes, la régularité des constructions, et ne jurant que par leur Palémon à elles, c’est-à-dire par Vaugelas?

Qui encore ressemble plus à la savante de Juvénal, prompte à reprendre dans les discours d’une campagnarde une faute que des hommes mômes ne remarqueraient pas? qui encore, si ce n’est la docte épouse de Chrvsale, mettant à la porte la servante Martine coupable du crime impardonnable d’avoir insulté ioreille de sa maîtresse

Par l’impropriété d’un mot sauvage et bas ' ?

Et lorsqu’enfin le satirique demande en finissant qu’il soit permis à un mari de faire impunément un solécisme, on se rappelle encore le pauvre Chrysale, privé, lui aussi, de cette liberté et qui en souffre si cruellement :

« Le moindre solécisme en secret vous irrite Mais vous en faites, vous, d'étranges en conduite 3 . »

Le type de la femme savante n’a, on le voit, que peu ou point varié depuis Juvénal \

Il en est à peu près de môme de la coquette.

' Acte U, scéue n.

1 Acte II, scène vu.

* Il y a pourtant une distinction à faire à ce sujet. La savante de Juvénal est une pédante qui ne s'occupe que de littérature; les savantes que Molière a mises en scène ont marché avec le temps; elles s'occupent de tout ce qui est du domaine de l'intelligence et de l’esprit : astronomie, philosophie, morale, politique, sciences physiques, tout les attire (voyez acte III, sc. n). On remarque le même progrès chez la savante que nous décrit Boileau ( Sot . x).

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