CHAPITRE XIV
existe une vieille autipathie, une haine inextinguible, une plaie incurable. La cause de cette fureur mutuelle vient de ce que
située tout près d’ailleurs de Tentyra, et c’est là ce que confirme, — toujours au dire des mêmes éditeurs, — ce vers de Juvénal relatif, selon eux, au théâtre des événements,
Gesta super calidœ referemus tnœnia Copti.
Mais si le fait eut lieu à Coptos même, on force ici singulièrement, il faut en convenir, le sens de super, que M. Despois lui-méme, s’appuyant sur l’édition Lemaire, laquelle reproduisait en partie celle de Ruperti, est obligé de traduire, malgré qu’il en ait, par le mot dans (un fait qui vient de s’accomplir dans les murailles de la brûlante Coptos). Or, pour tout homme qui sait le latin, qui en connaît les nuances, et certes M. Despois est un latiniste excellent, super ne sera jamais un synonyme ni de sul> ni de in.
Nous dirons plus loin comment, selon nous, on devra interpréter le super tnœnia Copti.
Mais il est une autre difficulté dont les partisans de cette leçon : inter finitimos... (Coptos et Tentyra) auront grand’peine à se tirer. Heinrich, en effet, remarque avec raisou {Fün/zehnte Satire, Erklærung, p. 504, édit. 1839) que la forme Copti, Coptorum au pluriel, n’existe pas; que plus haut U y a tnœnia Copti et non pas Coptorum; que d’ailleurs, dans Strabon, cette ville s’appelle Kotitô; et non KoutoC, et qu’en supposant qu’il s’agisse ici de Coptos et que Juvénal eût adopté le nom grec même de la ville en question, il faudrait au moins que le texte d’un manuscrit quelconque portât Kotctov. Dès lors se trouvent bien infirmées les opinions de l’abbé Barthélemy, de Larcher {Satires de Juvénal, traduites par Dussaulx, notes, t. II, p. 469), de Paw (Recherches philosophiques sur les Égyptiens et les Chinois, t. II, p. 160), d’Achaintre (trad. Dussaulx, not. t. II, p. 461),qui, admettant tous une corruption de texte, lisent Copfoi pour Ombos. C’est donc avec raison que des éditeurs les plus éminents, tels que C. F. Hermann, M. Jahn et enfin M. Ribbeck, se basant autant sur leur connaissance profonde du latin que sur la leçon des meilleurs manuscrits (celui de Montpellier entre autres) et sur les meilleurs scholies, donnent Ombos dans leur texte, et pas autre chose.
Mais cette leçon, qui au surplus est la seule bonne, plaît tout naturellement à M. Ribbeck ; il triomphe ici ; car, fidèle à son impitoyable système d’élimination, qui lui fait voir partout ce qu’il
chacun de ces deux peuples exècre les divinités de l’autre et pense qu’on ne doit rendre hommage qu’à celles qui sont l’objet de son culte à lui. C’était fête à Ombos*. Les chefs et les
appelle le faussaire de Juvéual {Conf. der echte tind der unechle Juvenat), il se demande et nous demande, avec la satisfaction d’un homme sûr de son fait, comment il peut venir à l’idée de tout homme raisonnable d’attribuer à Juvénal, que Ton sait avoir séjourné en Égypte, une erreur géographique aussi grossière que celle qui consiste à appeler voisins les Tentyriens et les Ombites, que séparaient une si grande distance. Il s’appuie également sur certains autres passages de celte satire, dont les idées ni le style ne lui paraissent dignes de Juvénal, et il trouve là un argument iiréfutaÛe, selon lui, pour corroborer sa thèse et décider de la non-authenticité de cette satire. Nous avons essayé, quant à nous, dans le corps meme de notre étude sur cette quinzième satire, de montrer que certains défauts de ce morceau, dont M. Ribbeck, outre son objection contre la question de prétendu voisinage entre les Tentyriens et les Ombites, voudrait en vain tirer la conclusion que la pièce est apocryphe, nous avons montré, dis-je, que ces défauts-là sont ordinaires au génie de Juvénal et devaient naturellement se faire sentir davantage encore à mesure que le poète vieillissait. Revenons donc à la question essentielle, c’est-à-dire à la situation géographique des deux villes dont les peuples s’attaquèrent mutuellement, et voyons ce qu’il faut penser de celte expression finilimos, par laquelle le poète les a désignées.
Eh bieni nous pensons, nous, avec Tabbé Brotier, que Juvénal, lorsqu’il écrivait, a pu appeler les Tentyriens et les Ombites voisins, finilimi, parce qu’alors Ombos faisait partie du nome ou de la préfecture de Thèbes. On le voit clairement indiqué par Ptolémée (liv. IX, ch. v), et le père Sicard, qui a parcouru TÉgypte, les anciens auteurs à la main, a fixé exactement les limites du nome de Thèbes, qui comprenait Ombos, et de celui de Tentyie, immédiatement au-dessus d’Apollinopolis parva (voyez les notes sur les satires de Juvénal, traduites par Dussaulx, t. II, p. 447). En admettant ces données, le vers de Juvénal, sur le théâtre de l’événement,
Gesta super calidœ referemus mœnia Copti,
s'explique, ce me semble, assez bien, comme nous essayerons de le montrer plus loin, à propos d’une autre difficulté de texte qui demande à être discutée en son lieu et place.
‘ Rien de moins clair que le récit du poète sur celui des peuples qui fut attaqué par Tautre. Ileinrich, Weber, Ruperti, Âchaintre,