‹ Juvénal et ses satires; études littéraires et moralesChapitre 4 sur 194 · IV · texte numérisé non relu

IV

’ Vlll, 243-259.

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INTRODUCTION

que deux choses : « du pain et les jeux du cirque *. »

Quant à ses opinions philosophiques, Juvénal, à proprement parler, n’est ni épicurien comme Horace, ni stoïcien à la façon de Perse. 11 n’appartient pas davantag’e à l’école d’Antisthène; il le déclare lui-même *; mais nul doute que, s’il eût eu un choix à faire, il ne se fût prononcé pour la doctrine du Portique. Exempt, je le veux bien , du rig*orisme extérieur des stoïciens, il s’en approche maintes fois cependant par d’autres côtés ; il en a la hauteur de principes et l’élévation de la pensée , et surtout ces élans de cœur, ces délicatesses infinies de l’ame que nous surprenons chez Sénèque et chez Épictète, les deux plus brillants représentants du stoïcisme romain contemporain.

Pour ce qui est de sa relig’ion, il faut disting-uer, je crois. Gomme Tacite et comme Cicéron, Juvénal est souvent amené à parler de la relig’ion officielle; et il a beau faire alors, et en parler sur le ton le plus sérieux, son incrédulité perce quand même®; on sent qu’il n’est pas convaincu ; et les railleries, toutes fines qu’elles sont, qu’il

’ XIII, 121 et suiv.

> Voyez M. D. Nisard, ouvr. cité, t. II, p. 59 et 60, 3e édit.

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se permet parfois sur le compte des dieux , ôtent toute autorité aux passag*es où il a voulu, où il a cru être relig’ieux Mais, quand il parle de la divinité sérieusement, à part toute convenance mytholog*ique ou politico-sociale, il est pour le Dieu inconnu de Socrate, et l’on peut, en somme, le définir un déiste du pag*anisme, à la manière de Cicéron et de Tacite. Mais ce déiste avait une admirable morale : n’écouter que la voix du devoir et de la conscience, préférer la mort au déshonneur, mettre la vérité avant les convenances, laisser aux dieux seuls le soin de nous veng*er de nos ennemis, demeurer inaccessible à la colère et aux mauvaises passions, se respecter soi-même, ne donner à ses enfants que de bons exemples, se soumettre aux prescriptions des lois, s’abstenir de prévarications, ménager les biens des alliés du peuple romain, ne jamais vendre la justice à ses administrés, ne s’entourer jamais de malhonnêtes gens, veiller à la pureté des mœurs domestiques, ne pas convoiter le bien de son semblable, se persuader que la seule intention de mal faire est déjà un crime, ériger la sobriété en vertu et l’économie en règle de conduite, ne demeurer attaché au vice que le moins de temps possible, mettre les souffrances et les

' XIII,pa<5im.

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épreuves au-dessus d’une vie molle et efféminée, demander aux dieux un cœur ferme, envisager la mort sans crainte, ne suivre d’autre route pour arriver à une vie paisible que celle de la vertu; voilà la morale de Ju vénal, morale sublime, applicable en tout pays, en tout temps, et dont le souffle salutaire anime son œuvre entière.

Le cœur de Juvénal était à la hauteur de son âme. Il a des sympathies pour toutes les souffrances, des compassions pour toutes les misères. Au milieu de ses fulminantes diatribes et de ses âpres colères, il lui échappe des cris qui trahissent son bon naturel; il fait entendre sa voix en faveur de l’esclave « bâti du même limon que nous ‘ , il plaide la cause du pauvre*, plaint le poète en détresse réduit à subir les insolences des grands *, s’apitoie sur une certaine classe de malheureux, forcés de trafiquer de leur personne afin de pouvoir payer un loyer qui leur crie : « Demande*. » Il a chanté les larmes, « témoignage d’un cœur compatissant et le plus beau présent que la nature humaine ait fait à l’homme^ »•, il a tracé un tableau pa-

' Sat. XIV, V. 16 et 17.

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