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INTRODUCTION
Et sur quoi est basée cette allég'ation, ou plutôt cette accusation? Tout simplement sur les deux arg*uments que voici :
Juvénal a été l’ami de Martial, et les lettres que lui adresse ce dernier prouvent que Juvénal n’était pas aussi roide dans son commerce qu’il l’était dans ses Ih^es ;
Au milieu de ses psissag*es les plus véhéments, il lui arrive de laisser échapper quelque trait déclamatoire ou moqueur qui g*lace tout à coup rindig*nation du lecteur, et partant trahit l’indifférence de Juvénal.
Un récent traducteur de Juvénal, M. E. Despois, réfute victorieusement cette arg-umentation. Il fait observer avec raison qu’on ne saurait rendre Juvénal responsable de l’amitié de Martial, à laquelle il n’a répondu en aucun endroit de ses satires; que nulle part il ne désig’ne ni ne nomme Martial, bien qu’il ait mentionné , et avec éloge , plusieurs écrivains contemporains; qu’au demeurant, un des plus rares honnêtes gens de cette époque; Pline le Jeune, a été aussi l’objet des éloges de Martial et qu’il y a même répondu , sans qu’il soit venu pour cela à l’idée de personne d’en blâmer Pline. De quel droit alors déclarer suspect Juvénal, qui n’a jamais répondu aux compliments de Martial que par le silence? Il n’y a pas de réputation qui puisse
INTRODUCTION. xxxvij
résister à un pareil système d’interprétation
D’autre part, élever des doutes sur la sincérité de Juvénal, parce que dans les passages les plus véhéments il s’arrête quelquefois brusquement pour lancer une saillie plus ou moins spirituelle, d’un contraste choquant et révélant chez lui plus de sang-froid qu’il n’en veut laisser paraître, ce n’est pas non plus raisonner avec justesse. Au point de vue littéraire la remarque peut être juste ; mais autrement non, car ce serait faire d’un trait de mauvais goût un motif de défiance contre la bonne foi de l’écrivain*. M. Despois, avec non moins de rai-
' M. E. Despois, les Satiriques latins, traduction nouvelle, notice sur Juvénal, p. 17 (Paris, 1864).— M. Alexandre Pierrcn fait, à ce sujet, à peu près les mêmes réflexions: « Que si Martial, son ami, lui adresse des vers qui n’out rien de chaste, qu’en peut-on conclure? J’en conclurais que Martial, en écrivant ces vers, s’est laissé aller à ses instincts, et non pas que les mœurs de Juvénal étaient mauvaises. Juvénal n’est pas le premier qui ait aimé un mauvais sujet, et laissé toute liberté devant lui aux spirituelles gaillardises d’un espiègle. » Histoire de la Uttérat. rom., p. 517. Paris, 1852.)
’ M. Gaston Boissier, dans sa remarquable leçon d’ouverture sur Juvénal, donnée au Collège de France, explique d’une manière fort ingénieuse, et en même temps avec beaucoup de vraisemblance, ces saillies spirituelles et ces traits moqueurs que Juvénal lance si souvent à la fin de ses plus graves tirades. Selou le jeune et habile professeur, cette particularité, qui frise le mauvais goût, tiendrait simplement à la crainte de Juvénal d’être pris trop au sérieux et de payer une seconde fois par l’exil certaines libertés. Les délateurs de Domilien étaient encore en crédit à la cour de Nerva et de Trajan : « Avec un peu plus de perspicacité, et les délateurs n’en manquaient
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INTRODUCTION
son et de bon sens, ce me semble, fait justice d’une autre critique commune et banale, et qui a été reproduite bien des fois ; elle porte sur certaines peintures effroyables de la corruption romaine qu’on trouve chez le satirique latin; qu’on nous permette de citer ici les propres paroles du plus récent interprète de Juvénal, qui est en même temps un homme de g*oût et un écrivain disting’ué : « On a cru voir, » dit M. Despois, « que Juvénal se complaisait « dans ces descriptions. On a dit qu’il les exa- « g’érait avec plaisir, comme si Martial, son « contemporain, qui approuve ce que blâme « Juvénal, n’était pas là pour constater la fîdé- « lité du tableau. Juvénal est parfois le méde- « cin qui décrit, avec trop de précision peut-
pas, la satire dea morts devenait celle des vivants; on pouvait facile* ment remplacer un nom par un autre, et faire avec de l'histoire ancienne de l’histoire contemporaine. Ainsi, même en prenant ces précautions, Juvénal n’était ni sans danger ni sans frayeur. Or il savait qu’on pardonne beaucoup plus facilement aux gens qui plai* sautent qu’aux gens qui sont sérieux. A la cour des despotes, il n’y a que les bouffons qui aient leur franc parler... C’est pour cela que Juvénal fait quelquefois semblant de rire au moment où il en a le moins envie. Je me le représente quand sa colère est la plus vive, quand il est sur le point de dire les vérités les plus fâcheuses... qui se souvient de l’Égypte, et aussitôt son invective se termine par un éclat de rire; rire forcé, grimaçant, où l’on voit que le poète n’est pas d’aussi bonne humeur qu’il veut le paraître, et qui nous attriste et nous effraye plus qu’il ne nous porte à la gaieté. » {Juvénal et son temps; Cours de M. Gast. Boissier, Beéue des cmlrs littérairest 10 mars 1S66.)
INTRODUCTION
« être, les attentats aux mœurs de la société « contemporaine; mais c’est aussi le moraliste « indig*né et le patriote navré, qui les flétrit. « On a pourtant sig*nalé comme un sig’ne de « dépravation véritable les obscénités cho- « quantes qui rendent quelques passag*es ab- « solument intraductibles. On a dit spiri- (( tuellement qu’il fait roug^ir la pudeur en « défendant la vertu. Malheureusement, si la « morale ne change pas, la pudeur a quelque « chose de plus variable. Les peintures hi- « deuses que l’on trouve chez notre poëte n’ont « rien de plus effronté que les sculptures qui (( décorent quelques-unes de nos plus célèbres « cathédrales. On n’a pas imaginé, je crois, « d’en faire un argument contre les mœurs « des naïfs artistes qui décoraient les monu- « ments du moyen âge; on a été, avec raison, « fort indulgent pour ces satires de pierre : <« pourquoi n’admet-on pas les mêmes excuses « pour les satires écrites ? Qu’on blâme et sur- <( tout qu’on se garde d’imiter cette crudité « choquante selon nos mœurs, rien n’est plus « naturel ; mais que là- encore on voie une « preuve du peu de sincérité de Juvénal, c’est « ce qui semble moins légitime. En tout cas « on pourrait ne pas se montrer plus rigoureux « pour la représentation du vice, telle qu’elle « se trouve chez Juvénal qui la flétrit, que pour
INTKOUUCTION,
« le vice lui-même, tel qu’il se montre chez « Horace, qui s’én vante. 11 n’en a pas été ainsi: « toutes les sévérités ont été pour Ju vénal, chez « qui cette peinture trop libre n’est après tout « qu’une invective; toutes les indulg’ences pour « Horace, chez qui cette peinture est une con- « fession, — une confession dont il ne roug*it « point*. »
' Lts Satiriques latins, nouvelle trad., notice sur Juvénal, p. xxiv, XXV et XXVI. — A son tour, Dussaulx, sans nier que Juvénal ait mérité de justes reproches, » pour avoir alarmé la pudeur dans plusieurs circonstances », avait fait observer cependant que Sénèque et Perse s’étaient permis, avant Juvénal, des détails de la dernière obscénité, et que les hommes les mieux intentionnés de ce temps, comme Pline le Jeune, par exemple, ne craignaient pas d’appeler les choses par leur nom; qu’au surplus, les obscénités de Juvénal, que Dussaulx n’a nullement le dessein de justifier, étaient exposées « de manière que le vice lui-méme ne saurait les envisager sans dégoût et sans horreur ». {Discours S2<r les satiriques latins.)
De son côté, Heinrich(ouvraÿectfé),danssa notice biographique sur Juvénal, fait sur le même sujet quelques observations qui nous paraissent aussi piquantes que justes. Nous les traduisons de l’allemand : « Lesanciens, lorsqu’ils sont amenés à parler deschosesqui sontdans la nature, ne font pas autant de façons à cet égard que les modernes, bien que ces derniers ne soient pas plus vertueux pour cela. Notre délicatesse morale pourrait se choquer de bien des choses chez les anciens dont ils ne se choquaient pas eux-mémes. » Et après avoir cité à ce sujet la Bible, les comiques grecs et latins, les orateurs comme Démosthène et Cicéron, puis Catulle et Martial, il ajoute : « Il faut que le lecteur en prenne son parti : pourvu que le poète soit chaste et moral, son vers n’a pas besoin de l’ètre[; le mieux est d’aborder tout cela avec un sentiment honnête, et tout le reste ne signifiera pas grand’chose. Tout ce qui touche à des vices anti-naturels, on le lit avec horreur, de même que Juvénal le traite avec horreur. Ou serait mal venu à mettre le moins du monde en doute sa
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On ne saurait mieux raisonner ni mieux dire.
Mais il est d’autres points sur lesquels Juvénal est moins facile à justifier et qu’il est de notre devoir de signaler. Ils constituent les défauts de Juvénal. Ces défauts tiennent à la fois, ce semble, au genre même qu’il a traité et illustré, et à certaines habitudes d’esprit du temps où il vécut.
En sa qualité de satirique, Juvénal est porté à assombrir les teintes, à exagérer le mauvais côté des choses. Contrairement à l’auteur du Dieu des bonnes gens, qui, en contemplant ce monde sublunaire, y voyait du mal, mais n’aimait que le bien, notre poète ferme un peu trop les yeux sur les bonnes actions et les traits de vertu, fort isolés, je le veux bien, dans son siècle, mais non cependant sans exemple, pour ne contempler que ce qui leur est entièrement opposé.
Il y a plus, et on l’a remarqué avec raison : entraîné par la fougue de son tempérament irascible et nerveux, le satirique romain se met en colère à tout propos. Les travers les plus légers, les plus minces ridicules, excitent son indignation autant que les vices les plus accentués, les crimes les plus odieux; sa fureur ne
moralité particulière, et, sous bien des rapports, il est peut-être peu de poètes dont la force morale soit plus fortement accusée qu’elle ne l’est chez Juvénal. » (Einleilung, t. II, p. 25 et 26.)
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INTRODUCTION
connaît point de degrés, et par conséquent elle manque de mesure *. De là une monotonie d emportement *, que rachètent, que varient souvent, je le veux bien, le tour piquant de la pensée, l’orig^inalité heureuse de l’expression ; mais il n’est pas moins vrai que cette monotonie, effet inévitable d’une colère s’attachant à toute chose, a l’inconvénient g*rave de mettre le lecteur superficiel en défiance contre cette animation perpétuelle, quelque honnête, quelque sincère, quelque convaincue qu’elle soit.
D’autre part, Juvénal, comme la plupart de ses contemporains et plus qu’eux encore, a été élevé dans les cris de l’école; il y a passé la moitié de sa vie puisque, ainsi que le constatent les diverses notices biog*raphiques , il s’était adonné par g*oùt, jusqu’à l’âg*e de quarante ans, à la déclamation; c’est-à-dire, que devant un auditoire de lettrés réunis chez lui, ou dans quelque salle de lectures publiques^ il s’était livré à cette éloquence factice, pleine de procédés connus, en vog’ue à Rome depuis l’extinction de la véritable éloquence, et où la bizarrerie du sujet le disputait à la subtilité de l’arg’umentation et à la recherche de l’expression. Ce n’étaient que
' M. Gast. Boissier, loc. cit.
’ L’expression est de M. Boissier.
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des causes imag*inaires où l’on se déchaînait, en s’échauffant à froid, contre des adversaires de fantaisie, et delà sorte on épuisait, en se laissant aller à de pures colères de tête, tout le vocabulaire des invectives hyperboliques ‘ . La manie des développements, l’abus du lieu commun, la recherche du paradoxe, les dig*ressions inutiles, faisaient partie intégrante de ces exercices oratoires roulant sur un genre faux ; de là des éclats de voix d’autant plus grands qu’ils étaient destinés à couvrir le vide des idées. Or de telles habitudes deviennent une maladie invétérée, dont le talent, le génie même quelquefois, ne peut plus se débarrasser ; et le jour où Juvénal prit la résolution de renoncer à l’éloquence des rhéteurs pour se livrer à la poésie, quand, tout entier à sa vocation de satirique, il se mit à faire des vers, il retomba plus d’une fois dans son péché de jeunesse, je veux dire la déclamation. Elle perçait à travers plus d’une inspiration poétique, malgré lui, à son insu; et, sous l’influence de cette mauvaise conseillère, il lui arriva souvent de grossir la voix, de charger ses peintures au-delà de ce qu’exigeait son sujet : l’ancien rhéteur fait tort
' Voyez l’excellent chapitre de M. D. Nisard, sur la Déclamation et les déclamateurs, ouvrage cité, 1. 11, p. 18 etsuiv. ; voyez encore le discours d’ouverture du cours de M. Gast. Boissier sur Juvénal ; nous lui avons empruntées plusieurs expressions.
INTRODUCTION
par moment au nouveau poëte. Mais est-ce une raison pour conclure de là, comme on l’a fait parfois de nos jours, que ces exag’érations de parole et de ton devaient nous mettre en g’arde contre le poëte? qu’il ne fallait accorder ni autorité ni confiance au témoig’nag’e d’un homme qui semblait contempler la société de son temps à travers des verres g*rossissants? que dès lors sa véracité devait être suspecte ? Gardons-nous bien de le penser. Au surplus, ces exag’érations de paroles et de couleur ne sont pas toujours l’effet des vieilles habitudes de l’école ; elles appartiennent, on ne l’a pas assez remarqué, croyons-nous, à la satire même. Aussi bien que le théâtre, la satire, si je puis ainsi parler, a ses lois de perspective, partant ses privilég’es, ses nécessités : une certaine exag’ération lui est permise. Gomme l’antique trag’édie, elle prend, elle aussi, parfois le masque d’airain et se hausse sur le cothurne afin de se faire mieux voir et mieux entendre. Pour frapper plus juste, elle vise par instant plus haut, et de la sorte atteint mieux son but. On ne saurait lui en faire un crime, pourvu que ses attaques, ses invectives, ses violences, ne soient point dirig*ées contre des fantômes. Or, qui oserait dire que Juvénal a médit de son siècle pour le seul plaisir de médire? Affaiblissez par la pensée quelques éclats de sa voix, adoucissez dans cer-
INTRODUCTION. xlv
tains de ses tableaux quelques couleurs trop charg’ées, et pour le fond des choses vous serez constamment dans le vrai. Juvénal n’est pas un satirique de fantaisie, ni un écrivain atrabilaire qui voit la corruption romaine à travers les nuag*es trompeurs d’un esprit mécontent et pessimiste; non, il n’invente rien, il ne ment pas, il ne calomnie pas; il parle de la dépravation de son temps absolument comme l’histoire en a parlé. Voilà ce qu’il importe de faire remarquer; aussi dans tout le cours de ces études nous sommes-nous attaché à confirmer, à corroborer les accusations de Juvénal contre son siècle par le témoig'iiag'e des écrivains contemporains : Tacite, Pline le Jeune, Pétrone, Martial, Lucien, Dion Gassius, Sénèque, Suétone, et beaucoup d’autres, viendront sans cesse donner raison à Juvénal; Juvénal est avant tout un poète historien.
Il est à reg*retter seulement, nous le répétons, que Juvénal ne s’arrête pas plus souvent qu'il ne le fait sur quelques-uns des beaux côtés de l’humanité. On voudrait le voir louer, et cela serait consolant, tel acte d’héroïsme, mettre en relief telle bonne action, tel exemple de vertu; car enfin, quelque corrompue que fût la Rome de son époque, il y aurait pu relever plus d’un trait de probité, d’abnég*ation, de g*randeur d’âme, —
xlvj INTRODUCTION.
l’humanité ne s’éclipse jamais complètement’ — , et (les esquisses de ce g*enre auraient fait ressortir davantage les tableaux du vice ; encore une fois il y a là une lacune au point de vue de l’art comme au point de vue de la morale: mais la satire, par sa nature même, s’attache au mal, comme la comédie au ridicule ; lui demander de faire la part du bien, ce serait peut-être lui demander ce qui n’est ni de son domaine ni de son essence ; la satire vit de scandales et de vices, et non de vertu.
Il nous reste à examiner dans Juvénal l’écrivain et le poète. Nous allons le faire aussi brièvement que possible.
Ainsi que le style de Tacite, le style de Juvénal n’est plus tout à fait celui de la littérature classique. Par endroits il est tourmenté, recherché, maniéré ; à force de courir après les figures, fait remarquer un célèbre critique d’outre- Rhin, et de broyer sur sa palette des couleurs inaccoutumées, Juvénal tombe dans l’obscurité^. D’après un autre critique, cette obscurité est due en grande partie aux allusions, aux anecdotes sans nombre que contiennent les diverses satires du recueil, et dont le sens et l’application
' Voyez Tacite, Histor., I, 3.
’ Bernbardy, ottvr, cité, p. 610.
INTRODUCTION
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nous échappent, comme aussi à quantité d’usag*es et de traits de mœurs par lui seul consig*nés et qui à cause de cela même nous sont inconnus*. Ce n’est pas tout : Juvénal, en sa qualité d’ancien disciple des rhéteurs, vise à l’effet, court après les ornements, s’efforce de faire impression sur le lecteur, s’attache au mot qui fait image, caresse les antithèses, se livre au jeu des ombres et des lumières, abuse du trait, tombe parfois dans le mauvais goût, toutes choses qui sentent la décadence de fart et les efforts qu’on fait pour le renouveler. En outre, et il faut bien en convenir, Juvénal dans sa diction est souvent violent , emporté, excessif ; il ne recule pas assez non plus devant le danger du mot propre, la crudité de l’expression, la vivacité du coloris, appelant trop souvent les choses par leur nom, renchérissant ainsi sur la hardiesse de la pensée par l’obscénité des termes : défaut grave qui a éloigné de lui, et cela ne se comprend que trop, quantité de lecteurs qui veulent être respectés. Toujours bouillant, toujours colère, il manque trop souvent de légèreté, de bonne humeur, de grâce, et par conséquent de variété dans le ton, cette variété dont Horace a le secret.
En revanche il possède des qualités écla-
» Vôlker, owrr, cité, p. ts.
Xlviij INTRODUCTION.
tantes, le g*énie de l’expression, le don du coup de pinceau , la richesse et les mag*nificences inhérentes à la poésie oratoire; il a de plus une énerg*ie, une verve, sans pareilles; son indig*nation, allumée au spectacle des vices et des turpitudes qui l’entourent de tous côtés, s’exhale en un lang’age d’une puissance, d’une force extraordinaire, et dont, avant lui , il n’y avait pas d’exemple dans la littérature latine. Il apparaît la plupart du temps comme armé d’une massue ; il est, selon l’heureuse expression d’un commentateur allemand, l’Hercule de la poésie, et ses beautés appartiennent au g*enre terrible ‘ ; et c’est avec raison qu’on a pu appeler ses satires des satires tragiques a La torche de la vérité à la main, il la passe sur les hontes et les infamies de son siècle, sans ég’ard pour les coupables, et, vu les ravages qu’exerce partout le mal, il l’attaque avec un glaive qui jette des éclairs L » Voilà qui explique son style de feu et sa forte originalité.
Tel est l’écrivain.
Gomme poète, je ne crains pas de le dire, Juvénal atteint à presque toutes les beautés, beautés littéraires, beautés dramatiques, beau-
' « Seine Schônheiten sind das Schrecklichschône » (Heinrich, oMor. cité. Einleitung, p. 22).
^ L’expression est deScaliger.
’ Vôlker, oti»r. cité, p. le.
INTRODUCTION. xlix
tés épiques , beautés oratoires , beautés oratoires surtout. Parfois il ég*ale Homère pour le gTandiose, Shakespeare pour la profondeur du coup d’œil, Cicéron ou Bossuet pour les mouvements d’éloquence, Dante pour le trait. Le lecteur trouvera plus d’un rapprocbement de ce genre dans la suite de ces éludes. De plus, il est incomparable comme coloriste; il fait passer sous nos yeux des tableaux qu’on n’oublie plus. Ils nous frappent et nous remuent; ils se burinent dans notre imagination. Tout le monde se rappelle ces peintures prodigieuses qui nous retracent les déportements de Messaline et de ses pareilles, les ravages du luxe romain, la décadence de la noblesse, la bassesse du sénat, la chute de Séjan, les excès du fanatisme religieux, les tourments d’une mauvaise, conscience, que sais -je encore? peintures où tout est grave, imposant.
Et dire que ce même poëte, avec une égale facilité, manie l’ironie, le sarcasme, la raillerie, le rire vengeur; ces armes redoutables à la main, il immole ses victimes autant par le mépris que par la colère; aussi lui arrive-t-il d’atteindre non moins souvent au comique qu’au tragique. Le croirait-on ? le grave, le terrible Juvénal côtoie souvent Plaute et Molière. Ni l’un ni l’autre de ces deux grands esprits ne désavoueraient telle peinture du satirique romain. Les tableaux
IMRODUCTIüN.
OÙ il fait passer sous nos yeux les stoïciens d’emprunt de son temps, véritables faux bons hommes du premier siècle de l’empire ; les Grecs intrig-ants, se faisant tout à tous pour arriver à la considération et surtout à la fortune ; les courtisans de Domitien, délibérant avec une g’ravité ridicule sur la manière dont il faut apprêter le turbot offert à leur maître; l’avocat Mathon, un faiseur de premier ordre, essayant de s’org*aniser une clientèle moyennant un luxe d’emprunt; les dames du g*rand monde romain, les unes, minaudant en grec et enquêtant quoique vieilles, d’autres trompant leurs maris tout en le prenant de haut avec eux, d’autres, enfin, rachetant leurs péchés mignons par une forte dose de dévotion qu’exploitent des prêtres avides et charlatans ; tout cela forme autant de scènes de haute comédie, pleines de sel, de malice et d’entrain.
Quelquefois aussi, quoique hien plus rarement, quand son sujet le laisse un instant respirer, lorsqu’au milieu de ses affreuses peintures il s’arrête un moment pour jeter un coup d’œil dérobé, soit dans le temps passé, soit par-dessus les murs de Rome, au sein de la campagne, ou dans l’intérieur de quelque fraîche et paisible villa, son front se déride et sa poésie de même. De là, au milieu de ses plus véhémentes invectives, quelques morceaux doux, qgréables, d’un
INTRODUCTION. Ij
grand charme, d’une harmonie ravissante, tout à fait digne d’Horace et de Virgile, dont il suit alors les traces et dont il égale les incomparables élégances de diction *.
Un mot encore sur la méthode et l’esprit de notre travail.
On a beaucoup écrit en Allemagne sur Juvénal; mais parmi tant de volumes, de brochures, de dissertations et de thèses, où Juvénal est considéré, tantôt sous un point de vue, tantôt sous un autre, on chercherait en vain, je crois, un livre où l’on ait étudié, d’une manière suivie et détaillée, complète en un mot, chacune des satires dont se compose l’œuvre du maître.
En France, même lacune sous ce rapport. On n’y compte d’ailleurs, du xvi* siècle jusqu’à la fin du premier tiers du xix% que quelques rares travaux sur Juvénal*. Parmi les plus récents, il
' Voy. Sal. 111, 223-232; Hat. VI, 1-21 : Sat. XI, passim.
* Ils consistent dans un pâle, court et insignifiant résumé de Bail • let, des jugements des savants sur Juvénal {Jugement! des savants sur les principaux ouvrages des auteurs, t. III, p. 265. Paris, 1685 en 1686), et quelques éditions estimables mais aujourd’hui complètement insuffisantes, et un grand nombre de traductions faibles et infidèles (on trouvera la liste exacte des unes et des autres dans la collect. de Lemaire, Juvénal, t. III, p. 651 et suiv., et dans la dernière édit, du Manuel du libraire de M. Ch. Brunet). Â la fin du dixhuitième siècle parut la traduction de Dussaulx (1770), bientôt suivie d’une autre édition (1782), accompagnée de notes et précédée d’un Discours sur les satiriques lutins, déjà souvent mentionné, qqi
INTRODUCTION
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en est deux, à notre connaissance, fort remarquables et à des titres divers, il faut en convenir, bien plus étendus aussi que tout ce qu’on avait eu chez nous jusque-là en ce g*enre ; mais Juvénal n’y est étudié, après tout, que d’une manière partielle, sous quelques aspects seulement, à vol d’oiseau, en quelque sorte
ne manque ni d’idccs ni d’élcvalion, mais dont le style solennel et déclamatoire rappelle trop le goût du temps. Ajoutez à cela un chapitre de La Harpe sur Juvénal, déjà c\iâ(Lycée) ; l'édition fort estimable et fort estimée de Juvénal, d’Achaintre, publiée en 1810; un jugement substantiel, mais purement littéraire, de Schœllsur notre auteur {Hist.de la littér. rom.., t. II, p. 329 etsuiv., 1815); une nouvelle édition de Juvénal dans la collection Lemaire (1823-1825), et vous aurez a peu près tout ce qui s’est publié sur Juvénal en France, jusqu’aux abords de 1834.
' Dans ce nombre il faut ranger: 1° les pages animées, souvent éloquentes, toujours spirituelles, mais trop systématiquement hostiles au satirique latin, que M. O. Nisard a consacrées à Juvénal, sous ce titre : Juvénal et la déclamation (ouvrage cité, t. II, p. 1-82); 2° un curieux et piquant chapitre, intitulé : la Société romaine, de M. C. Martha {les Moralistes sous l’empire romain, 1 vol. in-8°. Paris, 1865, p. 315-413). Dans ce chapitre qui, malgré son étendue relative, n'est pas sans lacunes, — pour la plupart elles sont voulues et tiennent au cadre même que s’est tracé l’auteur,— Juvénal est étudié rapidement, il est vrai, mais avec beaucoup d’impartialité, une rare finesse d'esprit, et dans un langage plein de charme. Nous avons lu ce travail avec plaisir et profit, apres avoir écrit le nôtre; nous avons pu constater de la sorte, et nous n’en avons pas été médiocrement flatté, que nous nous étions rencontré bien des fois avec M. Martha, tant pour certaines idées générales que pour un grand nombre de rapprochements. Après ces deux travaux, il faut citer encore, — longo intervallo, — et pour ne rien omettre, un jugement général sur notre poète, et dont l’auteur ne manque, selon nous, ni do verve, ni de vigueur, ni d’élévation même ; il relève et sent vive-
INTRODUCTION
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Quant à nous, et ce sera au lecteur de juger si nous avons eu tort ou raison en cela, nous nous sommes attaché, vu l’importance de la matière, à faire de chaque satire de Juvénal l’objet d’une étude particulière; nous avons voulu en faire ressortir le sujet, les idées, le style, les beautés, les défauts, la portée morale, l’intérêt historique, sans négliger, chemin faisant, les questions de texte. Chaque fois aussi que l’occasion s’en est présentée, nous avons tenu à rapprocher du satirique latin bon nombre de poètes, d’écrivains anciens ou modernes, avec lesquels il nous a paru en communion d’idées ou de génie.
• Mais il est un autre parallèle qui s’est présenté plus d’une fois, et de lui-même, à notre esprit, dans le coürs de nos études ; c’est la ressemblance souvent frappante qu’offre, avec un grand nombre de peintures de mœurs tirées de Juvénal, la société moderne etcontemporaine. Loin de nous la pensée que notre siècle ne vaille pas mieux que le siècle de Juvénal; ce serait nier le progrès , méconnaître les bienfaits d’une
ment les grandes qualités de Juvénal ; mais, malheureusement, il ne s’appuie pas assez sur la connaissance exacte des textes, tels que 1rs ont constitués les derniers travaux de la philologie. Ce jugement est de M. Dubois-Guchant. Autant ses considérations sur Tacite {Tacite et son siècle, t. II, p. 141-178. Paris, Didier, 1861 ) ont été hasardées, fausses, malheureuses, autant, je ne crains pas de l’avancer, les pages qu’il a consacrées à Juvénal me semblent, en général, piquantes et sensées.
liv INTRODUC'llON.
relig*ion et d’une civilisation incomparablement supérieures. Mais, à travers les mille chang-ements qu’opère le temps, il est cependant bien des choses qui demeurent immuables par la raison toute simple qu’elles sont dans la nature de l’homme. De là vient qu’à d’immenses intervalles de temps, on surprend les mêmes travers, les mêmes vices , les mêmes passions , les mêmes lâchetés, les mêmes hontes. Tout cela ne fait que chang’er d’aspect et de costume, en quelque sorte, selon l’époque ou la mode, et ne varie g'uère quant au fond. Aussi avons-nous dû sig’naler entre le siècle de Juvénal et le nôtre certaines analog*ies aussi curieuses qu’elles sont afflig’eantes pour le moraliste et le philosophe. Ces comparaisons , nous les avons faites , est-il besoin de le dire? sans parti pris, sans esprit de système, sans arrière-pensée d’aucune sorte, dans le seul but de constater la vérité.
Nous avons fait ressortir avec la même impartialité , et cela nous a été chaque fois une g’rande satisfaction, les nombreux côtés de supériorité morale par où notre époque l’emporte sur l’antiquité païenne, en g'énéral, et sur la société romaine de la fin du premier siècle, en particulier.
Pour tout ce qui touche au fond même des satires de Juvénal, nous avons mis à profit, en les citant chaque fois, les principaux travaux
INTRODUCTION. W
publiés en Allemag’ne sur le satirique latin , depuis le commencement de ce siècle jusque dans ces derniers temps , travaux formant d’utiles matériaux pour une étude d’ensemble comme celle que nous avons entreprise
Avec ce que l’on sait maintenant du plan et de l’esprit de ces études , on comprendra facilement que nous avons dû faire de fréquentes et long’ues citations ; nous avons tenu à les traduire toutes nous-même sur les textes , tout en nous servant beaucoup de la récente et remarquable version de M. E. Despois, qui serre de si près l’orig*inal, en rend si remarquablement l'esprit, le souffle , le trait , les ironies et les éloquents emportements.
Nous avons ég’alement consulté avec fruit les deux traductions de Juvénal, en vers allemands, parues il y a peu de temps , de MM. de Siebold et Alexandre Berg*. Elles nous ont aidé, ainsi que les introductions et les notes dont elles sont ac-
' Nous en indiquons ici les principaux ; ce sont : les Commentaires littéraires el philologiques de Heinrich, ceux de W. E. Weber, deDüntzer,dcDôllen, de Nàgelsbach; la belle el substantielle préface deC. F. Hermann, écrite en latin et placée à la tête de son excellente édition de Juvénal; les Grundrisse der rômischen Litteratur de Bernhardy ; le livre de M. Vôlker, intitulé : Juvénal, Ein Lebens-und Charakterbild ans der rômischen Kaiserzeit; les remarques sur quelques passages de Juvénal (/n aliquot locos Juven. animadversiones) de M. Kempf; les intéressantes Études sur les mœurs de la Rome impériale, de M. Ludwig Friedlânder; le Vrai et le faux Juvénal de M. Ribbeck, etc., etc., etc.
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compag’nées, à éclaircir en plus d’un endroit certaines difficultés de style et quelques obscurités de pensées dont Juvénal s’est rendu, volontairement ou non, coupable.
Pour toutes nos traductions , nous avons suivi le texte de l’excellente édition OttoJahn contrôlée à l’aide de l’édition Hermann Quant à l’édition Ribbeck,dont le lecteur connaît l’esprit et le système , malgré ce qu’elle offre souvent d’arbitraire, nous en avons néanmoins tiré parti. Plus d’une fois, nous l’avouons, nous avons cru devoir nous rendre aux raisons de M. Ribbeck; plus d’une fois aussi nous avons' résisté à son argumentation, toujours entraînante et dont il faut néanmoins se défier. Nous avons eu soin de donner chaque fois les motifs qui nous ont déterminé dans l’un ou l’autre sens. Aujourd’hui , une Étude sur un écrivain ancien n’est plus possible, si elle doit être sérieuse, qu’autant qu’elle s’appuie sur la connaissance approfondie de la langue et du texte de l’auteur « autrement,
' Berlin, 1851.
’ Leipzig, 1854.
3 Les Mélanges de M. Patin, ses Études sur les tragiques grecs, ses belles et savantes Études sur la poésie latine, tout récemment parues (2 vol.in*12. Paris, 18G8), la magnifique Étude de M. Sainte-Beuve, sur Virgile, sont des modèles en ce genre. S’il était permis de se citer soi-méme à côté de maîtres si éminents, je dirais que c’est également dans cet esprit que j’ai essayé, du moins, de composer, il y a quelques années, mes Études littéraires et morales sur Homère (Paris, Hachette, 1863, 2«édit.).
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dit avec raison, à ce sujet, un jeune et savant philolog’ue fort compétent en’cette matière , autrement ce n’est qu’un ouvrag*e de pure imag’ination , sans valeur scientifique. On risque de se tenir dans les g’énéralités, de prêter à son auteur des intentions qu’il n’a pas eues, de s’extasier sur des idées qui ne sont que des erreurs de sens , enfin de raisonner, en cherchant des sujets d’admiration, sur des passag*es tronqués ou interpolés *. »
Mais, pour embarrasser le moins possible notre étude par des discussions sur la lang’ue et le texte de Juvénal , nous les avons rejetées toutes dans les notes , ainsi que d’autres discussions nées de l’examen critique de certains travaux philolog’iques d’une importance réelle. Mais des questions de ce g’enre ne devaient pas, ne pouvaient pas, ce me semble, n’être pas agitées dans ce livre ; car il était de notre devoir de ne pas laisser ignorer à une classe particulière de lecteurs, à qui nous avons également à cœur de nous adresser, les recherches faites par la critique contemporaine sur l’œuvre de Juvénal, et les résultats obtenus par elle. Mais encore une fois, tous ces détails, toutes ces
' Ë. Benoist {les OEuvres de Virgile, édition publiée d’après les travaux les plus récents de la philologie. Introd., p. xi et xii. Paris, Hachette, 1867).
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discussions philolog*iques sont rolég’uées et traitées' dans nos notes. Notre but était d’appeler l’attention des lettrés et des g'ens du monde sur les mâles et immortelles beautés de Juvénal. Ils les trouveront exposées de la sorte avec ensemble et suite dans le texte proprement dit de l’ouvrag'e.
Afin d’arriver à une exposition plus méthodique et, si nous osons le dire, plus philosophique, nous nous sommes décidé à intervertir deux ou trois fois seulement la disposition ordinale de certaines satires. Ainsi, à la première satire, qui sert comme de préface à toutes les autres, nous avons fait succéder, dans notre exposition , non pas l’étude de la seconde, mais celle de la troisième, qui en forme l’éloquent commentaire. Vient ensuite notre examen de la deuxième pièce du recueil , consacrée par Juvénal à la peinture des mœurs dépravées des hommes ; cette peinture se trouvant complétée par la neuvième satire, nous l’avons analysée immédiatement après la seconde; elle en est la suite naturelle, et, des deux, nous avons fait un chapitre unique. Après les ardentes invectives de Juvénal contre la perversité des hommes , il nous a paru log’ique de faire aussitôt passer sous les yeux du lecteur son éloquent réquisitoire contre la dépravation des femmes. Voilà pourquoi l’examen critique
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de cette pièce , qui est ordinairement la sixième du recueil, vient, dans notre travail, aussitôt après celui de la seconde et de la neuvième. A part ces lég’ères transpositions , faites dans l’intérêt de la log’ique et de la clarté , nous avons suivi pour tout le reste, l’ordre habituel des recueils.
Je m’arrête, pour en finir avec ces préliminaires déjà trop long*s, et que le lecteur voudra bien me pardonner. Entrons, sans plus tarder, dans l’œuvre même de Juvénal, cette œuvre, si souvent citée, si médiocrement connue, et, en gfénéral, si peu sentie de nos jours; étudions-la avec l’intérêt , l’attention qu’elle mérite. Il est des époques de relâchement et de mollesse , où il peut être bon , utile, de se fortifier l’âme et le cœur par le commerce d’un poëte aussi profondément pénétré de la moralité et de la dig^nité humaine que l’était Juvénal, cet homme de g*énie doublé de l’homme de bien, dont je dirais volontiers qu’il a été le Tacite de la satire.