‹ Juvénal et ses satires [microform], études littéraires et moralesChapitre 15 sur 25 · LXIII, XIII · texte numérisé non relu

LXIII, XIII

» Voici le récit de Tacite : Ipse (Néron) per licila atquc tnlictla fœdalus. nihiljlagllii reliquerat, quo corrvptior ageret, nisi paticoi nost dies uni ex illo coniammalorum grege cui nomen Pythagoree fuit in modum solemnium conjugiorttm dennpsisset. IndKlum mveràtori flammenm; visi aiispices, dos et genialis torus et faces nuptiales : cuncta denlque spectata qux etiam in femina nox operit

On en est en quelque sorte honteux pour l'h.imai.ite, quand on songe que les abominations flétries ici par Tacite et Juvenal ont pu se perpétuer à travers les siècles et que des princes chrétiens ont souille le trône de France de quelques-unes des horreurs que Néron et quantité de ses contemporains avait imaginées dans le délire de la debauche. Je renvoie pour cela le lecteur aux Tragiques d Agr.ppa d'Aubigné, édition Lalanne, p. 102 et 103.

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prêtres mentionnes plus haut, fut le héros, quelques vers que je n ai pas le courage de traduire. Mais nulle part peut être ne perce plus qu'ici, à travers l'énergie du coloris et la licence de l'expression, la patriotique douleur de 1 écrivain forcé par son sujet à de si horribles révélations. Je n en veux pour preuves que sa soudaine et éloquente apostrophe à l'auteur de la race romaine, autrefois SI chaste, aujourd'hui si perverse ', suivie dé ce cri d indignation mêlé d'ironie : « Laissez faire un temps viendra où ces unions se feront au grand iôuril leur faudra une publicité officielle \ » Et surtout ce mouvement passionné qui termine la pièce : « Que devront penser les grandes ombres, les ombres de Cunus, des deux Scipions, celles de Fabricius, de Camille et de ces braves tombés à Crémère, et cette jeunesse que Cannes a moissonnée, victimes héroïques de tant de guerres; que devront elles penser chaque fois qu'elles verront paraître une ombre telle que toi? « Puri- « fions-nous! s'écrieront-elles, des torches! du soufre' « des rameaux de laurier trempés dans l'eau lustrale ' » Malheureux Romains ! c'est donc à ce degré d'opprobre qu'il nous a fallu descendre '! »

Voilà des accents sortis du cœur. Us rappellent Tacite et le Dante. Jean -Jacques Rousseau, dans sa v fameuse apostrophe à Fabricius, s'en est peut-être inspire. Qui donc, après le^ avoir entendus, oserait suspecter la sincérité de Juvénal? Sa grande âme de

. . . Liceat modo vivere; fient, '

Fient ista palam, cupient et in acta referri.

(V. 135etl3G.) ' V. 153-160.

vieux nomaîn, de Romain austère, n'y respire-t-elle pas tout entière *?

La deuxième satire nous peint, d'une manière générale, la dépravation des hommes du temps; et c est par groupes, en quelque sorte, et en public, après tout, fémoin les fêfes de la bonne déesse, - qu on les voit se livrer au vice infâme que l'on sait.

Juvénal, dans sa neuvième satire, qu on peut intituler Nœvolus, est revenu sur ce f .«^e \ujet Pre^e évidente de l'universalité du mal. Ici ^1 «ag^t plutô de faits isolés, individuels, se pratiquant dans 1 ombre de la vie privée ; mais quelle lumière ils jettent

M nihWk (lier echte md der mechte Juvenal, p. 104 et 05) tail M. Bibbcck {ver eauc ««« u vraUpinblable qu après la

remarquer avec raison combien ,1 f P7,y;*'25'77a?t eu place peinture pleine de verve etc^^r^,^^

««'^"'•«P»"'^'^^^'^^-i^"4îvcn^nrpouvaitpas avancer qu'un

àiateur dépassait en

Mars adonné à des v;ces «ffray^^J^^^^^^^^^ avec beau-

union contre nature. M R^beMex es e^^ ^,^ .^^^

coup de vraisemb ance que le p W « ^ ,^ ^^^.^.-^^^

mand, aurait donné lieu à cet insipide plagiat. » Sat. IX.

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encore sur les mœurs du temps ! et que d'esprit et d'art 1 ecnvam déploie dans la manière dont il décrit e présente des choses si hideuses en elles-mêmes! « Il « laut fermer les yeux, dit un commentateur allemand « de notre poëte, sur ce gui fait l'objet de cette satire, Ifî se préoccuper que de la manière dont le suie

« obscènes, et néanmoins, quelques traits exceptés, on « peut la lire avec moins de scrupules que maints nas- « sages d'Horace, de Martial, de CatuUe ou de îa Bi- « Die... Le poëte y prend tout simplement les choses « par leur côté risible et méprisable ». »

Cette remarque est très-juste. Il est certain que nulle partie satirique n'a déployé plus d'humour et de malicieuse ironie que dans cette pièce, soit qu'il donne la parole àNœvolus, soit qu'il lui réplique à sa façon ; car la satire tout entière est écrite sous forme de dialogue Ce Nœvolus est en effet le triste héros de la pièce • c'est un type honteux du temps. Aussi pauvre que dépourvu de sens moral, il fait du vice dont il s'agit sa profession, son gagne-pain. Il a ses clients, ou plutôt son client Par une apostrophe soudaine, pleine de vivacité et de traits mordants, Juvénal, qui est censé voir passer Nœvolus dans la rue et le connaître, l'arrête et le fait poser devant nous : D'où lui vient cet air soucieux et sombre^ Le voilà tout changé. Qu'est devenue sa gaieté d'autretois? pourquoi ce visage pâle, cet air négligé? Son Iront semble révéler les tourments secrets de son âme Et VOICI que notre homme choisit aussitôt son interlocuteur pour confident. Il le met au courant de ses misères, de sa détresse. Il y a là des révélations passa-

' Heinrich, Satïree Jîwenalis cnm commentar., t II n q^Q onnx, 1839). " ' ^* ^'^

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blement curieuses; c'est tout un chapitre à ajouter à rhSe des mœurs privées du temps. Na^volus env e na lent le sort d' an grand nombre de ses sembla^^) s^ à oui leur honnête métier a rapporté gros. Mais h Un, nuTlur n revient-il? De temps à autre quelque cap ïïos ïère, d'une laine épaisse, pour ménager sa toge, ou une^ è d'argent de bas aloi; les débauches a qm U a£ sont'tous des ladres, toujours F^J -aPpe- 1er à supputer leurs moindres dons, à economibcr sur'la p3n qui les ronge', oubliant trop facilement q^e £ perso'nne n'a précisément -n de comnnm In fait de beauté et de jeunesse avec ^^Ue de l echan <;nn des dieux. Donc, de compensation, il n y en a pas. Puis apr s quelques détails d'une crudité atroce, et S est impossible de citer, voire même d indiquer ^n a celte vhe et éloquente apostrophe à son riche et avare protecteur :

1 «:f ?. nu\ rp^prves-tu tant de coteaux, tant de . bolXs'ec U poix «mises a. côU pou, un «»■' l™m-/^

« ti m =»ssomme. a o acheter uu second escla\ e,

sr:oS'ri',s s,r,rd s,,™ .rne^

. . Jam nec morbo donare paraU.

(Sat. IX, 49.}

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ciïalë?f» "-''' '"^'-J^ ■• ^'''""''^ «' «««°dez le retour des

Quelque indigne que soit le personnage de Nœvolus on éprouve pour ce malheureux, à qui sonfriste métier ne rapporte même pas de quoi payer son loyer, une sone de pitie hésitante, comme celle qu'on ressen pour une certaine classe de femmes perdues; et, du protecteur et du protégé, le plus méprisable, c'e'st encore ?e p mier dont les penchants hideux ne sont égalés que paHa

temps de Juvenal, ces propriétaires d'immenses domaines, en terres, en vignobles, en prés, vivant dapsl'abondance et le li^e, mais refusant souvent le nécessaire à 1 objet de leurs détestables passions. Je ne voudrais pas affirmer que de nos jours, où ont à peu près disparu Dieu merci les mœurs que flétrit ici Juvénal, il ne se rencontre plus de ces vieillards opulents, lubriques et avares, prêts à marchander à la malheureuse que L fa.m aura jetée sur leur chemin et dont ils abusent les quelques ecus indispensables à l'extinction d'une dette criarde ou à l'entretien de l'unique servante qu'e le

nouvelle révélation de Nœvolus va nous l'indiquer La vie conjugale et de famille était tombée si bas que pour échapper aux rigueurs d'une certaine loi qui enl levait le droit d'hériter aux légataires privés de po.'ténte , on av-a.t recours à de honteux manèges. D'indignes maris fermaient les yeux sur les faits et gestes de

' La loi Pnppin-Popp^ra.

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ou . , .

certains amis de la maison, se fiant il la mystérieuse aSt? dTces derniers pour ne pas tomber sous le

T»tùV1o:rd"igno°ie Janus humain . double face ™ êhet son ingrat patron oe nouveau service lace, lepi . jj ^^yg les jours en-

flaffPlle cette nouvelle honte de son temps.

Il falh t s'en rapporter, chez nous, au roiTian coni^motS qui ala prétention d'être le miroir où se reflèteX mœSr et les vices de la société, les hideuses connTvencermaritales dont nous venons de parler n'aura.ent mlSTment disparu avec l'empire romau) A en KTauteur de la Comédie humaine, la peur de voi fréchanner la dot de sa femme dans le cas ou elle lindraTà mourir sans héritiers directs, aurait pousse ;ruX mari de nos jours descendant en drot, ^ de ceux dont nous parle Juvenal, a s assurer , c esi fdire à ^e créer, sans trop de scrupules et moyennant iTouabîe tolér'ance, une famille fact^, ^Usacnfie dp la sorte son honneur à sa cupidité, lialzac nous WtroduTt dans plus d'un intérieur où les choses se passnt à pu près de la même façon que dans le ménage oùLur nLvoIus. Et je ne sache pas de commentaire Is éloquent et plus triste à la fois du passage qui vient t nous occuperVe certains chapitres des Pet^tesM. sères conjugales, des Parents pauvres ou de la Physio logie du mariage. ^

;iuCe-rsne, dit-on.les paysans, pères de famille, appellent cela s'assurer.

Après son horrible confidence, qui est à elle seule tout un tableau de mœurs, Naevolus supplie son prétendu interlocuteur de lui garder le secret, par ce motif que si de telles révélations venaient jamais à l'oreille de son client, ou pour mieux dire de son patron, c'en serait fait de Nœvolus.

Cette crainte, qu'on explique encore longuement, ne se comprend que trop. Tenir en sa main le crime ou les turpitudes d'un homme puissant, lors même qu'on en est le complice, est toujours chose dangereuse, surtout pour un pauvre diable; c'est se trouver sous la menace continuelle d'une épée de Damoclès. Juvénal n'entend nullement s'engager à la discrétion. Il se moque de la naïveté et de la simplicité de Na^volus, qui a pu un instant s'imaginer que des horreurs comme celles dont il s'agit pouvaient rester cachées dans la maison d'un riche, où, selon le proverbe, les murs mômes ont des oreilles et des yeux. De là cette réponse dédaigneuse, ironique, pleine de vérité, comme aussi de curieux traits de mœurs :

(( O Cortjdon, Corydon! penses-tu qu'il puisse y avoir quelque chose de secret chez un riche ? Mettons que ses esclaves se taisent, ses chevaux, son chien, ses portes, ses murs de niarhre même prendraient la parole pour le dénoncer. Ferme portes et fenêtres, bouche toutes les fentes avec de la toile, éteins les lumières, renvoie tout le monde, qu'il n'ait même personne auprès de lui; néanmoins, ce qu'il faisait cette nuit, le coq n'aura pas chanté deux fois, que déjà le cabaretier du coin le saura bien avant le point du jour; il le saura avec toutes les broderies qu'y aurpnt ajoutées l'esclave copiste, les chefs de cuisine et les écuyers tranchants. Quels sont les crimes qu'ils se font faute d'attribuer à leur maître quand ils veulent se venger par des clabaudages des étrivières reçues? En plein carrefour même tu trouveras des ivrognes qui, d'une voix avinée, que tu le veuilles ou non, te fatigueront les oreilles de ce déplaisant récit. C'est à ces gens-là qu il faut demander le secret que tu me conjurais

de garder; c'est eux qu'il faut prier de se taire ; mais sois convaincu qu'ils trouvent plus de plaisir à trahir un secret qu'à boire du falerne volé, à en boire autant qu'en buvait Saufeia sacrifiant pour le peuple ^ »

Quelque puissant, quelque riche que Ton soit, on ne saurait dérober un acte quelconque de la vie privée à la malignité ni à Tindiscrétion des gens de la niaison, surtout si, comme dans le cas présent, cet acte est condamnable au premier chef. La valetaille a toujours été la même. L'ennemi, c'est le maître; se venger des étrivières reçues ou des humiliations supportées, sera toujours le plaisir le plus doux. Nos maîtres d'hôtel et nos valets de pied valent bien, sous le rapport de l'indiscrétion, les carptores et les archimagiri des Romains; et chez nous, l'esclave copiste ou le librarius est souvent remplacé avec avantage par Thomme d'affaires ou le secrétaire particulier de la maison, ou bien encore et surtout par quelque membre de rhonorablc corporation des portiers^ propagateurs actifs, comme chacun sait, de tous les biuits mystérieux, de tous les commérages du logis; ils les colportent charitablement comme les domestiques des grandes maisons romaines au temps de notre satirique et avec force enjolivements et commentaires chez le marchand de vin du coin, le caiipo de Juvénal; et il aura, lui aussi, la primeur de toutes les rumeurs malveillantes, vraies ou fausses. Tous ces gens-là, aujourd'hui encore, quel que soit leur faible pour telle dive bouteille de grand cru dérobée à leur maître, préféreront cent fois pourtant, à Tiustar de leurs aïeux du premier siècle de l'empire, le plaisir de savourer à petite gorgée quelque cancan bien compromettant pour l'honneur et la considération de

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celui qu'ils servent. Aussi rien de plus moral ni de plus sensé à la fois que la conclusion du poëte ; c'est une maxime de la vie pratique applicable en tout temps et en tout pays : a II faut vivre d'une manière irréprochable pour mille et mille raisons; mais surtout pour pouvoir mépriser les propos des domestiques. Le maître qui consent à dépendre de ceux qu'il nourrit de son pain et paye de son argent est encore plus misérable qu'eux \ ))

Nœvolus reconnaît ce qu'il y a de sage dans les paroles de son interlocuteur. Mais pour ce qui le regarde en particulier, et vu la triste situation où il est réduit, il aimerait mieux un conseil plus pratique; car enfin la vie passe vite et la vieillesse arrive sans que l'on y pense. Encore une fois que doit-il faire? quel parti prendre ?

Juvénal connaît trop notre homme pour essayer de le convertir. Il sent bien que Naevolus est trop enfoncé dans le bourbier du vice, que sa nature est trop dégradée pour qu'on puisse jamais songer à le corriger. Le satirique offre à Nœvolus des consolations dignes de Naevolus; il lui ouvre par conséquent des perspectives bien faites pour séduire un homme de cette espèce. Il

* V. 118, 119, 122 et 123. Je supprime ici, comme formant une insupportable tautologie, les vers 120 121, que Jahn avec raison a mis entre crochets :

Prœcipuc cave sis (ou encore camis) ut lingvas mancipiorum Contemncrs, narn lingiia mali pars pessima servi.

Mais c'est bien à tort, selon nous, que M. Ribbeck retranche encore comme étant interpolés les qualrederniers vers du morceau que nous venons de citer {Der echle und der unechte Juvenalj p. 112); cVst procéder d'une manière trop radicale, ns ne sont pas sans doute d'une latinité parfaite mais cela n'est pas une raison suftisanle pour conclure à leur non-authenticité.

est en effet des vices si ignobles qu'ils ne peuvent pas exciter l'indignation du moraliste; ils ont tout au plus droit à ses dédains et h ses railleries. De là cette réplique du poëte, quelque peu verte dans son expression et ses détails, mais d'un grand effet moral, selon nous; elle en dit plus long sur les mœurs déplorables que Ton flétrit ici que les tirades les plus étendues : c( Calme-toi, Nsevolus, les gens de ton espèce trouveront toujours des amis complaisants, tant que les sept collines seront debout. Rome est le rendez-vous où accourent de toutes parts en voiture et en bateau tous les efféminés qui se grattent la tête avec un seul doigt ^ Tes affaires iront mieux dans l'avenir. Tu n'as pour cela qu'à mâcher des herbes stimulantes ^ )>

Le dernier mot reste à Naevolus. L'avis qu'on lui donne ne lui sourit qu'à moitié ; s'abandonner au vice qui est son gagne-pain, il ne demande pas mieux ; mais à la condition pourtant que ce vice lui procurera V aisance; et le voici qui forme des vœux avec une naïve impertinence et rêve un intérieur et une sorte de train de maison qui serait le résultat de son honnête industrie. Pourquoi ne lui serait-il pas donné aussi bien qu'à tant d'autres de ses pareils de devenir l'heureux possesseur de vingt mille sesterces placés sur de bons gages, d'avoir deux vigoureux esclaves attachés au service de sa personne pour se faire porter en litière dans les rues de Rome? Il voudrait bien aussi de l'argenterie, des tableaux et autres objets d'art, que sais-je

encore ?

Les rentes, les hôtels, les équipages et les laquais de

4 Ce geste habituel à Jules César passait à Rome pour être un des signes caractéristiques des débauchés.

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nos héroïnes du demi-monde, quelque scandaleux que cela nous paraisse, et à bon droit, accusent pourtant une perversité moins grande dans les mœurs de nos jours qu'un Naevolus enrichi par son dégoûtant métier, qui donne, à lui seul, la mesure de la dépravation de Tépoque.

Hypocrites et infâmes, voilà donc, pour nous résumer, ce qu'étaient la plupart des hommes du temps. Tout en accordant qu'un des caractères de la satire soit de grossir les choses et de charger les couleurs, il est impossible de nier ce qu'il y a de vrai dans le fond des peintures de notre satirique. Les accusations contre son siècle, les historiens, les poètes et les littérateurs du temps les confirment pleinement^ unanimement.

Les femmes de la même époque valaient-elles mieux que les hommes ? C'est un point sur lequel Juvénal va nous édifier dans le chapitre qui suit.

lies femmes romaines '

Cette satire est la composition la plus vaste et aussi la plus piquante que nous ait laissée Juvénal. On chercherait en vain, tant chez les anciens que chez les modernes, dans le même genre de littérature, un morceau de poésie comparable à celui-ci pour la simplicité du plan la force du sarcasme, l'abondance et la varieto des détails. Sous prétexte de détourner du mariage son ami Posthumus , un vieux garçon passablement libertin * il lui dépeint les mœurs des femmes de son temps ; et il fait passer sous ses yeux toute une série de types tantôt plaisants et ridicules, tantôt odieux et effrayants. Ces types représentent, par conséquent, les uns de simples faiblesses ou de légers défauts, les autres des vices abominables et des crimes, ceux-ci particuliers aux Romains de l'époque, ceux-là inhérents à la nature de la femme en général, à quelque pays, a quelque nation qu'elle appartienne, - une distinction qu'il est important d'établir. De là des peintures a la fois morales et historiques qui dénotent chez le poêle autant de profondeur que de véracité. Tantôt, en effet, il se montre connaisseur et observateur sagace du cœur hu-

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