McEURS. (Suite.) [F*353v
Grossièreté belge (même parmi les officiers) ^
Aménités de confrères, dans les journaux.
Ton de la critique et du journalisme belges.
Vanité belge blessée.
Vanité belge au Mexique.
Bassesse et domesticité.
Moralité belge. Monstruosité dans le crime.
Orphelins et vieillards en adjudication.
(Le parti flamand. Victor Joly. Ses accusations légitimes contre l'esprit de singerie, — - à placer ailleurs, peut-être.)"
Politesse [F' 6']
Bruxelloise.
[Coupure de journal.]
^ L'auteur de l'article se plaint de !'« absence de politesse qui se remarque chez quelques gens des classes inférieures» et dont les dames surtout ont à se plaindre. Les jeunes gens dans un concert ou un bal ne pensent pas à céder leur place; dans la rue, ils gardent insolemment le trottoir. ^
[Baudelaire a tiré un trait au crayon rouge le long d'une partie de ce texte et écrit, en face des premières lignes :]
Se fait remarquer aussi chez toutes les classes.
Variantes du sommaire : [F' 6o]
... (même parmi les o£iciers). [Ces trois mots soulignés.]
Aménités de confrères.
Ton de la...
... de singerie.) (à placer ailleurs).
Patriotisme Belge. [F' 62]
Espiègle, mai i86 5.
[Coupure de journal, avec passages soulignés à l'encre et au crayon roucrc:]
Théâtre de la Monnaie.
Le Captif, opéra -comique en un acte de M. Cormon, musique de M. Edouard Lassen.
Une grande foule se pressait Lundi à la première représentation du nouvel opéra. Succès complet et succès très mérité, voilà ce que nous enregistrons avec d'autant plus de plaisir que M. Edouard Lassen est belge. M. Cormon n'est pour rien dans le succès, croyez-le, car jamais vous ne vîtes plus insigniûant livret, et c'est miracle que M, Lassen y ait trouvé matière à une aussi charmante partition.
M. Cormon nous raconte en français telle quelle [sic] et en vers clopinants un épisode de la vie aventureuse de Miguel Cervantes.
Grossièreté universelle dans toutes les classes. [F' 63 ] Exploit de cinq ofp.ciers. Gazette belge, 3 nov[embre] 1865,
[Coupure de journal, relatant une agression dont le directeur du Nouvelliste de Gand, M. VerKuIst, a été l'objet, de la part de cinq officiers du y' régiment de ligne, à la suite d'un article que ceux-ci jugeaient diffamatoire. Voici la partie du texte que Baudelaire a encadrée d'un trait au crayon rouge : ]
«Je ne me bats donc pas , dit M, Verbulst, mais si vous avez une réfutation à faire , adressez-la moi; elle sera insérée aussitôt dans la feuille». Au même instant, le capitaine Suis lui lance un vigoureux coup de poing sur l'œil gauche , en s' écriant ; « Mettez ça dans votre journal ! » Tous répètent sa phrase et décochent des coups violents sur la tête de M. Verhulst.
L'un de ces coups fut porté au moyen d'une clef, il fendit le cuir chevelu sur une grande étendue. Le sang coula de l'œil et de la tête. M. Verhulst saisit son fauteuil, s'en sert comme d'un bouclier d'abord, puis le lance sur le groupe des assaillants. Il est désarmé et le lieutenant Grésillion le saisit par derrière, paralyse ses mouvements, l'entourant de ses bras et le serrant avec force contre sa poitrine ; et tandis qu'il le tenait ainsi, les quatre autres continuaient à frapper leur victime.
Enfin , à force de se démener, M, Verbulst parvient à se dégager le bras droit, à se rapprocher du cordon de la sonnette qui communique avec les ateliers; il le saisit en s' écriant : «Lâches, vous allez avoir à compter avec mes ouvriers ! »
A ces mots, les quatre o^ciers se sauvent jusque dans la rue; ils rentrent pour chercher le cinquième. Une femme de service, récurant au fond du corridor, accourt; elle est menacée à son tour et tous s'enfuient poursuivis jusque sur le seuil de la porte par M. Vérhulst, tout couvert de sanor.
Gazette belge, ^ novembre 1865. [F' 64]
[Coupure de journal donnant de mauvaises nouvelles arrivées la veille du Mexique.]
On [, . .] annonçait que M. le colonel Vandasmissen et tous les ojficiers du corps expéditionnaire belge avaient donné leur démission, qu'une vaste conspiration, dans le but d'annexer le Mexique aux Etats-Unis d'Amérique , venait d'être découverte à Mexico, que de hauts fonctionnaires faisaient partie du complot, que ^00 personnes avaient été arrêtées, et que l'empereur Maximilien avait été obligé de quitter sa capitale laissant à l'autorité française le soin de conjurer le danger. [•■'] Notre correspondant, sans confirmer les détails relatifs à la conspiration américaine et à la fuite de l'Empereur, parle cependant des démissions du corps d'officiers [. • .] Le bruit court même que celle du colonel est acceptée. On parle aussi de retourner en Belgique [.• •]
^ Le correspondant signale ensuite que le régiment belge ne se compose plus que de 800 hommes, la moitié de son effectif ayant été décimée par les maladies ou les combats, d'autres ayant déserté, — que trois hommes ont été fusillés et que le mécontentement règne dans la troupe, en raison du peu d'égards que lui montrent les officiers. ^|
[En marge :]
Les officiers donnant leur démission, il est clair que Maximilien n'a plus qu'à s'en aller. C'est de la logique Belcfe.
PAUVRE BELGIQUE. 4r9
Expédition du <Belgi...> Mexique. Vanité belge. [F' 65]
Gazette belge, ^ nov[embre] 1865.
[Coupure de journal, où un correspondant explique comme suit la désaffection des officiers belges servant au Mexique :]
Ils [nos hommes] ont été mal récompensés de leurs mines. Sur i^ officiers proposés pour la aoix , 6 seulement l'ont obtenue [•■■]• De ^0 médailles demandées pour nos hommes, i^ ont été reçues. Notre colonel, au lieu de rester gouverneur, a été replacé au rang de simple gouverneur de district [. . .]. Nous avons cru voir [. . .] dans tout cela [. . .] une atteinte à l'amour-propre du régiment qu'on plaçait sous les ordres d'un Mexicain, alors que les Français, et même les Allemands qui se font rosser de temps en temps, commandent aux Mexicains , quels que soient leurs grades. Nous avons donc offert nos démissions en masse [, . .], On a eu l'air de comparer notre succès à la ridicule affaire de Uaniqueo, où les Français seuls ont perdu i^ hommes alors qu'ils disaient en avoir tué ^00 à l'ennemi ! . . .
Conformité. [F' 66]
Bassesse.
Domesticité.
Sancbo, 21 août [i8]64.
[Coupure de journal.]
Serait-il habile, pour mériter les suffrages et l'appui de quelques rationalistes, [•..] de gouverner désormais contre les catholiques et de ne réserver les faveurs gouvernementales qu'à ceux qui pourront montrer une pancarte de franc-maçon ou de solidaire ? Allons-nous revenir à ces beaux jours du gouvernement hollandais , où les pétitionnaires mettaient en marge de leurs requêtes : «Le postulant a i'honneur d'appartenir à la religion réformée » ?
[En marge :]
Preuve que ce peuple a toujours eu un caractère de domestique , un caractère porté à la conformité,
Sentiments [F' 67]
de famille, pas d'âme.
Gazette belge, 23 sep[tembre] 1865.
[Coupure encadrée d'un trait au crayon rouge :]
On lit dans la Vérité , de Tournai 1
Il y a quelques semaines , un individu de la rue Haigne a vendu à un étranger, à un saltimbanque quelconque, deux de ses enfants, l'un âgé de huit ans , l'autre de quatre ans , pour la somme de ^2^ fr. , dont 25 Jr, en argent et le reste en marchandises.
Au moment de la livraison de ces petits malheureux , ceux-ci, qui avaient conscience de leur sort , criaient, pleuraient, se cramponnaient aux genoux de leur père dénaturé, le suppliant de ne pas les abandonner, lui promettant de remplir ses moindres volontés, pourvu qu'ils demeurassent à Tournai. L'autre, cruel jusqu'au bout, est demeuré impassible, et les enfants sont partis. Les voisins avaient peine à retenir leur indignation.
Notre individu a fait bombance depuis lors. H lui restait une petite file. Nous apprenons qu'il l'offre aux saltimbanques établis sur notre Joire , et que le marché se débat sur le prix de ^28 francs.
Nous ignorons si nos lois permettent et prévoient cette traite de blancs ; mais si le parquet parvenait à prendre en faute le coupable sur un point quelconque, nous l'en féliciterions au nom de la morale et des droits de la nature, qui se révolte à l'idée de ce scandaleux trafic. On doit courir sus à cet individu, comme à un être en dehors de l'humanité.
Sentiments de [F' 68]
famille.
Moralité.
(Ardennes) Echo de Bruxelles, ^ août 1864.
Chronicpie judiciaire.
La Cour d'assises des Ardennes vient de juger une affaire d'inceste et d'infanticide qui dénote chez les coupables une cruauté inouïe :
Jean-Baptiste Périn et sa sœur étaient accusés d'avoir donné la mort à un enfant nouveau-né. Après l'avoir étranglé, ils l'auraient Jait bouillir, puis en auraient donné la cbair à un porc, et jeté les os au Jeu, Cette affaire a eu un grand retentissement dans le département des Ardennes ; aussi un public nombreux se pressait-il dans l'auditoire.
Apres un résumé de M. le Président, le jury se retire dans la chambre de ses délibérations vers midi et demi. Il en sort trois quarts d'heure après avec un verdict d'acquittement en faveur de Léonie, et de culpabilité contre Périn, mais avec circonstances atténuantes. La Cour condamne Périn aux travaux forcés à perpétuité.
Bruxelles. [F' 69]
Morale.
Criminalité et <fér. . .> immoralité de la Belgique. Ici un crime est plus féroce, plus stupide qu'ailleurs. Viol d'un enfant de <douze> quatorze mois. Prodigieuse immoralité des curés. Les curés sont recrutés parmi la hideuse race des paysans.
[Ajouté au crayon :]
Chien mangé vivant pour 20 francs.
Belgique. [F' 70]
Mœurs.
Crimes.
Ivrognerie.
Caractère particulièrement sauvage et bestial de l'ivresse belge.
<observ...>
Un père est ivre. II châtre son fils.
Observez dans ce crime non seulement la férocité, mais le mode du crime.
Un Belge ne peut < plaisanter > badiner ou frapper que sur les organes sexuels. Véritable obsession.
Grossièreté. [F* yi]
Bestialité belge.
L'homme qui s'enrichit dans les foires en mangeant des chiens vivants.
Pubhc de femmes et d'enfants.
Immoralité belge. [P' 7^]
Les orphelins et les vieillards en adjudication.
[Coupure du Sancho, Journal du Dimanche. Revue des Hommes et des Choses, n° du 14. mai 1865. Un papillon l'accompagne, où on lit :]
Parti dit Flamand.
Patriotisme de Joly.
Accusations très légitimes contre l'esprit de Singerie belge.
[Ces mentions sont répétées sur la coupure, avec cette variante pour la dernière :]
Esprit d'imitation en Belgique.
[L'article a pour titre : La langue flamande hors la loi. Joly s'y élève contre le Conseil municipal de Bruxelles qui vient de « déclarer que la langue flamande est incapable de figurer sur un monument public de la capitale » et s'associe aux protestations qu'ont fait entendre à ce sujet, à la Chambre, plusieurs représentants et le Ministre de l'Intérieur.
i" partie de l'extrait : Baudelaire l'a encadrée presque tout entière au crayon rouge, à partir de : Nous avons signalé le péru... et y a souligné quelques passages, soit en noir, soit en rouge :]
Nous avons déjà signalé les nombreux dangers qui environnent la nationalité belge, laquelle semble n'exister que par un miracle permanent. Nous avons déjà montré le danger qu'il y a pour un pays, de voir le jlot de l'injluence étrangère couvrir chaque jour de son limon malfaisant, nos habitudes , nos mœurs, nos traditions nationales. Nous avons signalé le péril d'un pays où toutes les influences de la presse, du théâtre se trouvent aux mains des étrangers qui
daignent quelquefois nous féliciter des progrès que nous faisons dans la civilisation gauloise. Nous avons des gandins et des biches, nous avons eu une exhibition de Longchamps et des troupes de grues buvant du Champagne de lupanar aux yeux des badauds émerveillés. Nous attendons pour la coupe de nos idées et la forme de nos opinions philosophiques, morales et artistiques , le journal spécial français qui règle souverainement ces choses. Notre bourgeoisie va sourire aux vaudevilles parisiens écrits dans un patois spécial, qui devient une langue étrangère à Saint-Denis ou à Courbevoie ; nos ouvriers vont s'abrutir à écouter des drames où le bon sens, la logique et l'histoire reçoivent des horions pendant toute une longue soirée. Nos Rivarols de taverne émaillent leur langage hybride de ces charmantes formules qui sont, pendant quinze jours ou un mois, la quintessence de l'esprit parisien : — As-tu vu Lambert? — Et ta sœur? — Pourvu qu'elle soit heureuse, ô mon Dieu ! — Tu me le fais à l'oseille! — Du San ! — Ah ! zut alors ! — Et toutes les spirituelles plaisanteries, qui sont de l'hébreu pour les bourgeois de Rouen, de Lyon, de Nantes, de Toulouse, de Marseille, mais dont le Bruxellois affecte de comprendre les finesses et les mystères, aûn d'avoir le moins possible, l'air d'être de son pays et de sa province.
Dans cette œuvre de dénationalisation, les journaux , presque tous aux mains des étrangers, les théâtres, les casinos, les gravures de tailleurs et les romans à cinq centimes, avaient jusqu'ici fait seuls leur œuvre fatale et détruit, chaque jour, un linéament de notre physionomie nationale. Il ne nous manquait plus , pour bâter et précipiter ce travail, que de voir les conseils communaux travailler à franciser le pays , de telle sorte qu'un jour il ne restât plus rien à faire à ceux qui reprendront la pensée des frontières naturelles de la Gaule.
Lorsque nous voyons les provinces rhénanes et l'Allemagne se défendre par tous les moyens contre l'invasion des idées et des mœurs françaises, nous comprenons qu'il y a là une nationalité énergique et puissante qui , pressentant le péril, le repousse de toutes ses forces, par la langue, les habitudes , les mœurs , la littéiature. Aussi croyonsnous à la nationalité de l'Allemagne , comme nous croyons à celle de l'Angleterre, La Belgique , qui trouvait dans ses populations flamandes un rempart, si faible qu'il fût, contre l'envahissement des mœurs et des idées gauloises, rencontre des conseillers communaux qui, au lieu de favoriser, de développer et d'agrandir ces éléments de résistance nationale, s'occupent, au contraire, à les atténuer, à les briser, afin de rendre un jour la tâche des envahisseurs tellement facile , qu'il n'y
ait plus que le mot département à mettre à la place de celui de province, pour sceller la pierre qui couvrira la nationalité belge.
[2° partie de l'extrait : des passages soulignés au crayon rouge et, de plus, deux traits tracés en marge, également au crayon rouge et parallèles au texte depuis la ligne commençant par : publics... jusqu'à celle commençant par : qui nous débarrassèrent .. .'\
Nous avons déjà , il y a quelques années , protesté contre l'inconvenance et l'injure faite à nos populations flamandes par la suppression des noms flamands des rues de la capitale. La Belgique est le seul pays de l'Europe, qui emploie une langue étrangère à la majorité de sa population pour la nomenclature de ses rues. Il semblerait, en vérité, que nous ne voulions rien laisser à faire à ceux qui rêvent la rectiûcation des frontières naturelles de la Gaule. Lorsqu'uyie de ces impertinences gauloises nous arrive d'outre-Quiévrain , il s'élève un chœur de protestations indignées, puis, le lendemain, on n'y pense plus , et l'on s'occupe de Rigolo, de Tbérésa, du Pied qui r'mue, des ordures vomies , avec accompagnement d'orchestre , par les drôlesses des casinos ; on va applaudir des vaudevilles idiots et des drames gâteux , avec la dernière gravure des modes, et ion laisse des conseils communaux effacer de leur autorité privée les noms flamands de nos rues, et déclarer que la langue de nos pères est indigne de figurer à côté de celle de nos éternels ennemis , sur nos monuments nationaux.
Nous avons droit de nous étonner que M. Anspach , l'honorable bourgmestre de la capitale , aux sentiments si éminemment patriotiques duquel nous avons si souvent applaudi , n'ait pas protesté contre l'inconcevable avanie faite gratuitement à nos populations flamandes et n'ait pas compris combien on déblaye complaisamment la voie aux redresseurs de frontières , en employant leur langue dans nos actes publics, dans les débats de nos tribunaux, de nos chambres , dans nos théâtres, dans nos relations publiques et privées. Il n'en était pas ainsi lors des premières invasions françaises en Belgique, en iyç2 et en t/p^, où les sans-culottes de Dumouriez , ayant reçu des billets de logement pour la rue Paepen-Vesten (Rempart des Moines), demandaient naïvement, dans leurs souvenirs de Carmagnole , la rue du Pape^ en veste. Si la Belgique est condamnée , dans l'avenir, à une nouvelle invasion d'affranchisseurs , qui nous débarrassèrent avec notre nationalité, de nos écus, de nos cloches, de nos draps, de nos toiles, de nos
musées, de la ûeur de notre population mâle, en même temps qu'ils fusillaient, comme brigands, les patriotes qui protestaient, le fusil au poing, contre ces apôtres venant nous apporter le nouvel évangile politique, qui valut à la Belgique vingt-trois années de guerres, qui dépeuplèrent et ruinèrent le pays, et l'honneur fatal de voir se terminer, dans les champs de Waterloo, la sanglante épopée de l'empire ; si une calamité pareille devait se reproduire un jour, les envahisseurs n'auraient, grâce à nos tendances gauloises, rien à changer chez nous.
Orphelins en adjudication.
Immoralité belge.
<^Barbarie.
Grossièreté.
Sauvagerie. >
[Même feuillet, autre coupure du même journal à la même date :]
D'une nouvelle forme de la traite des blancs.
Nous avons, il y a quelques années, dénoncé à l'indignation publique, le scandale donné par ces administrations communales qui, à certaines époques, mettent en adjudication publique l'entretien des orphelins et des vieillards tombés à la charge des communes. Aujourd'hui le Journal de Bruges s'élève à son tour avec force contre cette indignité dont devrait rougir un peuple civilisé. La charité officielle, quoi qu'elle fasse , ne s'élèvera jamais à la hauteur de la charité inspirée par l'idée chrétienne et évangélique. La première n'a pas d'entrailles; la seconde, en secourant la vieillesse et l'enfance, accomplit un devoir commandé par le Christ.
[Autre paragraphe que borde tout entier un trait rouge, et en martre duquel on lit :] '^
Merveille qui ne peut avoir lieu que chez un peuple sans âme.
Férocité, stupidité, avarice, bestialité réunies.
C'est la bienfaisance officielle qui est ici la coupable, c'est elle qui se montre inhumaine. Dans un certain nombre de communes des
Flandres — nous ne savons pas si cette coutume existe dayis les provinces wallonnes — on met en adjudication l'entretien des orphelins et des vieillards. C'est au rabais que ce marché humain, cette traite des blancs a lieu, A un jour désigné, les malheureux sont exposés dans la salle des enchères. Les amateurs arrivent, ils examinent la marchandise , interrogent les forces naissantes de l'enfance et décroissantes du vieillard, afin d'apprécier quels services ils pourront rendre. Quand l'adjudication est faite, chacun ejnrnène son lot, et voilà les malheureux établis chez les étrangers, qui les ont pris pour le moindre prix et qui ne leur en donnent que pour leur argent. Enfin, il est possible que la vie en commun finisse par établir quelques liens affectueux entre les malheureux et la famille où ils sont entrés. La vieille femme s'attachera aux enfants qu'elle garde pendant que la mère est aux champs , l'orphelin finirait peut-être par regarder comme sien le toit où il aurait passé sa jeunesse. Mais le bail est de courte durée, et au bout d'un certain temps , enfant et vieillard sont ramenés au marché et remis en adjudication, afin de voir s'ils ne trouveront pas preneur h plus bas prix. Alors ils doivent renoncer à leurs habitudes et suivre de nouveaux maîtres.